HA UTE VILLE-HO USE
E génie a laissé sa marque glorieuse Dans la vaste maison, pleine de souvenirs. Où l'Exilé, fidèle à d'austères loisirs, Créait, grave et puissant, mainte œuvre merveilleuse.
En son ombreux jardin, près de la scabieuse Et de l'iris, au front couronné de saphirs. Le vert laurier m'a dit les sublimes désirs Que donne à ses élus la Muse radieuse.
Sans trêve, à l'horizon, roule l'immensité. — Des poèmes sont nés, pour la postérité, Sur ce roc de granit que la vague dentelle!
Le Maître, infatigable, a défié les ans;
L'Idéal est son hôte, — il chérit les enfants :
Ce double amour au cœur met la flamme immortelle!
LE PREMIER VOYAGE
LE PREMIER VOYAGE
cRoauis
AGUÈRE, ô mon lecteur! je vous racontais de mon mieux le spectacle de la plage, les voiles blanches à Thorizon, les robes roses et lilas se croisant sur le sable; je vous disais l'animation séduisante de ce Trouville qui est devenu — ô miracle! — une succursale du boulevard des Italiens. Aujourd'hui, de ma fenêtre, je vois les rives de la Seine, couvertes de joncs et de massifs fleuris; partout le calme, interrompu de loin en loin par le coup de fusil d'un chasseur « diligent » , qui massacre les pierrots, sans nul souci des lois en vigueur. — Quels beaux ombrages autour de moi ! Ces tilleuls
odorants, ces ormes centenaires réjouissent le regard, et dans cette paix profonde et riante, il fait bon vivre.
Au moment même où j'allais rouvrir un volume préféré, quel tapage inattendu! Qu'est-ce donc? Un bruit d'ailes, de légers cris joyeux... toute une scène champêtre! Ma foi, je suis sous le charme, et je tiens à vous faire partager ma douce émotion.
Une hirondelle vient de chercher un asile verdoyant, pour ses petits qui vont débuter dans la vie en plein ciel. Son nid est là, presque à portée de ma main, à côté de la persienne. Cette mère, attentive et prudente, a donné le signal, et les enfants, guidés par elle, se sont élancés soudain, non sans un peu d'inquiétude, hors du nid qui les abritait si bien. Ce premier voyage sera court !... Les voilà déjà installés sur la maîtresse branche d'un marronnier, situé en face de leur domicile accoutumé . On a eu peur, assurément^ pendant ce trajet aérien; on a eu de la joie aussi, car l'inconnu offre tant de plaisir ! Et, maintenant, au milieu des feuilles protectrices, on s'agite, on gazouille, on finit sa toilette ; et, sans perdre de temps, l'hirondelle ma voisine est allée à la provende. Ce n'est pas le tout, en effet, de se promener, d'essayer ses ailes luisantes, il faut déjeuner! On déjeune, — et
LE PREMIER VOYAGE 303
gaiement, je vous le jure. La mère, heureuse et infatigable, a recommandé aux jeunes voyageurs de l'attendre, et, à chaque instant, elle tournoie, elle voltige, elle revient, apportant un insecte qui se débat vainement. Les petits becs s'ouvrent à son approche; et, ne se trompant jamais, elle sert son monde tour à tour, se hâtant chaque fois d'aller à la provision, afin de contenter ces quatre estomacs impatients. — Ils sont tous rangés sur la branche choisie... Tranquille à leur égard, pour ce matin du moins, je ferme ma parenthèse, et je reprends ma lecture...
Seine-Port.
Comme contraste, j'emprunte à mon deuxième volume de poésies (Hier) les strophes suivantes :