A THÉODORE DE BANVILLE
AissANT pour la douce paresse Sa porte ouverte à deux battants.
Il aimait surtout la jeunesse Et les effluves du printemps. Sa gaîté rêveuse, attendrie, Nous racontait bien des douleurs.
Car il égrena de la vie Non les sourires, mais les pleurs.
Il gardait mainte épave chère :
Reliques disant du passé
L'illusion trop éphémère,
L'amour — éternel — effacé.
Puis, quand ces débris pleins de charme
Évoquaient un songe enivrant,
Sur sa main tombait une larme
Qu'il essuyait en soupirant.
Le soir, dans l'ombre vaporeuse, Il croyait entendre la voix D'une belle et folle amoureuse L'appelant, tout comme autrefois.
Son cœur alors battait plus vite :
Musette écoutait sa chanson.
Que commentaient la marguerite Et le rossignol du buisson.
Mimi penchait sur son épaule Son doux visage rose et blond; Ou bien, assise au pied d'un saule.
Sur ses genoux posait son front.
OubHànt les longs jours d'orage.
Les froids hivers — où l'on eut faim ! Il retrouvait, dans un mirage.
Ses vingt ans, perdus en chemin.
Vingt ans ! — Jusqu'à la dernière heure, Son cœur eut cet âge béni! Sous l'humble toit de sa demeure L'hirondelle avait fait son nid...
Mais pourquoi pleurer le poète, Puisque son nom toujours vivra?
Dés Avril, à Rose, à Ninette, L'écho des bois le redira.
Paris, 1861.
(Extrait d'une lettre adressée à l'auteur, le 20 Février 1861.)
« ... Ils sont heureusement nés, ces vers, et bien naturels; ils sont dignes de celui que vous regrette^, — que nous regrettons tous, et quoique je ne l'eusse jamais connu personnellement yii rencontré, j'aimais à me le représenter comme vous le faites; je me suis fait bien souvent chanter son joli chant de la Tonnelle. — Hélas! de loin nous ne voyons que le riant de cette vie, et des amis qui l'ont partagée m'en ont dit souvent aussi les côtés tristes et amers. Mais le souvenir arrange tout cela : on regrette Musette quand on ne l'a plus.
L'amour — éternel — effacé,
est im charmant vers.
» Sainte-Beuve. »