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UN TYPE DISPARU

LE PERE LÉCUREUX

Ly a environ deux ans, un brave homme qui fut, durant plus d'un demi-siècle, l'humble providence des bibliophiles et des bibliomanes, est mort, à Paris^ dans l'isolement et dans la gêne. Au retour d'un voyage, nous avons appris la triste fin de ce pauvre vieillard. Bien peu de personnes, hélas ! ont suivi son modeste convoi ; aucun ami des livres ne lui a dit le suprême adieu; aucun journal n'a daigné annoncer, même par une simple ligne, sa disparition de ce monde !

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Qu'il nous soit permis de réparer aujourd'hui cet oubli regrettable. Le père Lécureux nous a donné naguère plus d'une joie; il serait vraiment injuste et ingrat de ne point lui consacrer quelques pages sincères. Et^ d'ailleurs, une rapide esquisse de cette originale et honnête figure aura peut-être la bonne fortune d'intéresser, un moment, nos lecteurs (i).

Au numéro 20 de la rue des Grands-Augustins, tout au fond d'une cour silencieuse, se trouvait le vaste et poudreux magasin du digne bouquiniste. Sans cérémonie et à toute heure du jour, on pouvait pénétrer dans le temple, situé au rez-de-chaussée, en tournant le bouton d'une porte vitrée dont les carreaux étaient constamment couverts d'une J

vénérable poussière. Une marche à descendre, cinq H

ou six pas à faire dans une demi-obscurité^ et le visiteur apercevait, ou plutôt devinait soudain le

(i) M. Lécureux (Achille-Louis), né à Paris, en 1795, y est mort le 18 Novembre 1875, après huit jours de maladie. Un bouquiniste du voisinage (son ancien commis) lui a fermé les yeux. Le sympathique libraire a constamment travaillé; une heure à peine avant de s'éteindre, il signait encore, d'une main défaillante, plusieurs lettres d'affaires, et faisait avec lucidité ses dernières recommandations. A. P.

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père Lécureux, assis gravement devant un petit bureau de sapin noirci, placé près d'une fenêtre ayant vue sur une seconde cour, où s'étiolaient de compagnie quelques lilas et un platane, au centre d'une maigre pelouse. Le bureau vermoulu était surchargé de registres écornés et de liasses de papiers jaunis, du milieu desquels émergeait la tête chenue du bonhomme. Dans deux grandes pièces contiguës et peu élevées, l'œil rencontrait partout de nombreux rayons pliant sous le poids de volumes brochés ou reHés, et ficelés soigneusement par séries, avec de larges étiquettes sur chaque paquet. A terre, près du seuil, des pyramides de bouquins; sous les tables boiteuses, sur les chaises branlantes, encore des livres empilés; dans les encoignures tapissées de toiles d'araignées, devant les fenêtres aux vitres verdâtres, tout le long des salles lézardées, toujours des livres et des brochures! De la médecine et du droit, de la théologie et de l'algèbre, de la poésie et de l'histoire, de l'italien, de l'anglais et du grec, du chinois, du latin et de l'allemand, de la musique et de la géométrie, des romans et des contes bleus, de la philosophie et de la critique, des tragédies et des vaudevilles..., on trouvait tout (ou du moins des échantillons de tout) dans ce capharnaûm, où il semblait, par exemple, terriblement difficile de circuler. De petits sentiers sinueux y étaient ménagés cependant, mais il fallait,

pour s'y reconnaître, avoir une certaine habitude du logis.

Eh bien, ce désordre apparent cachait un ordre parfait. Le père Lécureux, qui, depuis plus de soixante années (il est mort âgé de quatre-vingts ans), vivait au milieu du papier imprimé, possédait une méthode sûre et fort ingénieuse pour s'éviter le moindre embarras. Les diverses éditions d'un même ouvrage étaient réunies chez lui, par ordre de dates, au fur et à mesure de ses trouvailles. Il avait disposé, en outre, dans deux boîtes sans couvertures, d'innombrables fiches en carton, — chargées de chiffres à l'encre noire et à l'encre rouge, de caractères menus, de ratures et de signes hiéroglyphiques, — à l'aide desquelles il savait immédiatement si un auteur quelconque, ancien ou moderne, demandé à l'improviste, dormait dans son obscur magasin, et à quel endroit exact il devait, armé d'une chandelle à la lueur vacillante, aller le réveiller pour satisfaire le caprice d'un cHent.

Nous avons donné une idée du sanctuaire ; voici maintenant le profil du grand-prêtre. Sec, courbé, de moyenne taille, la figure parcheminée et sillonnée de rides profondes, les pommettes saillantes, les cheveux blancs et assez rares, les yeux vifs der-

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rière ses lunettes rondes, le nez long et légèrement busqué, barbouillé de tabac; la bouche fine, et souvent souriante d'un bon sourire bien franc, tel était le père Lécureux, vêtu dès l'aube, l'hiver aussi bien que l'été, d'une redingote noire lustrée par l'usage, et dont les manches étroites étaient protégées par des fourreaux en percaline, tachés d'encre et passablement fatigués. D'une poche de cette redingote, d'une coupe démodée depuis longtemps, s'échappait à demi un ample mouchoir à carreaux ; un gilet noir étriqué, un vieux pantalon de même couleur, une cravate en soie très mûre entourant un col de chemise en toile rousse, et des pantoufles de lisière fanées, complétaient ce costume — sans prétention, on le voit de reste! Le père Lécureux, en effet, ne songeait point du tout à s'habiller ; absorbé par ses recherches et ses classements incessants, il voulait simplement se couvrir à la hâte et tant bien que mal, pour se mettre en règle vis-à-vis de la société.

En considérant ce vieillard comme un bouquiniste vulgaire, on aurait commis à coup sûr une grave erreur. Il avait au contraire une curieuse et fort utile spécialité ; il était unique en son genre, et c'est pour cela surtout qu'il a droit à notre souve-

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nir, disons mieux, à nos regrets. On ne le remplacera pas. Le père Lécureux achetait dans les ventes et en toute occasion favorable, sans se lasser jamais, des livres dépareillés, 11 ne recherchait guère que ceux-là, et c'est par milliers qu'on les voyait entassés dans sa modeste boutique.

Les tomes dépareillés, voilà donc ses enfants de prédilection ! Il les adoptait, il les choyait, pansant au besoin leurs blessures, les cataloguant avec minutie et les rangeant avec amour.

Ce bonhomme infatigable accueillait avec le même entrain dans son bizarre intérieur : Laclos et Massillon, Coquillart et Mirabeau, Horace et le chevalier de Boufflers, Virgile et Fontenelle, Laharpe et Laplace, Santeuil et Vadé, Restif de la Bretonne et Lamartine, YAlcoran, de Du Ryer, et Madame Bovary, Y Encyclopédie et Y Histoire des peintres, le Nobiliaire universel et la Vie des Saints, Confucius et Pigault- Lebrun, Voltaire et Fénelon, Brantôme et Pascal, Cyrano de Bergerac et Crébillon. Sterne et Diderot, l'abbé DeHUe et l'Arioste, Anne Radcliffe et M"''' Deshouhères, Plutarque et Vaugelas, Homère et Palissot, Chateaubriand et Paul de Kock, la Princesse de Clèves et Manon Lescaut, le Moyen de parvenir et Y Art d'aimer... Toutes les langues, toutes les époques, tous les genres, tous les systèmes, toutes les études, tous les rêves.

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toutes les folies, toutes les audaces, tous les ridicules, toutes les gloires se pressaient, se confondaient sans cesse en ce lieu singulier, sous la protection du père Lécureux, qui arrachait cqs débris si divers, ces épaves de la science et de la littérature, aux marchands de la Halle, à l'épicier du coin, et au pilon inexorable !

Représentons-nous les cruelles émotions d'un amateur passionné qui a perdu un tome de son cher Montaigne de 1659, ou de son Rabelais de 1741 ; ou bien (chose plus affreuse encore) un volume du Décaméron de Jean Boccace, édition de Londres, de 1757, ou du MoHère, publié par Denys Thierry, en 1682. Voilà donc l'exemplaire incomplet, c'est-à-dire devenu tout à coup presque sans intérêt et sans valeur! A quel saint se vouer? Où chercher, où courir? Quelles perplexités toujours croissantes!... Hélas! la perte sera bien difficile, sinon impossible à réparer, — car le père Lécureux n'est plus là, avenant et alerte malgré les hivers, pour consulter ses fameuses fiches, si riches en révélations — et en consolations !

Combien l'excellent fureteur triomphait naguère, lorsqu'il trouvait, au milieu d'un paquet poudreux, le tome tant souhaité ! Il le livrait sans trop exiger

en échange, se souvenant à propos d'avoir acheté à vil prix, dans un lot, à la salle Sylvestre, dans une vente après décès, ou même tout simplement, un matin, sur les quais, ce volume si précieux pour l'amateur rasséréné.

De Paris, de la province et de l'étranger, on venait frapper à l'huis du vieux bouquiniste, avec empressement, avec confiance, et rarement on s'en retournait les mains vides. Que d'inquiétudes, de regrets profonds il a fait disparaître; que de pures et durables joies lui sont dues! Que de bons livres, spirituels compagnons des veillées paisibles, il a sauvés ainsi de l'oubli éternel! Combien de bijoux littéraires, imprimés en caractères antiques, sur papier de Hollande, enrichis de frontispices élégants et ingénieux, de portraits finement gravés ou ai ex- //^m intéressants, il a préservés, ce brave homme, de l'horrible pilon aveugle et brutal, toujours prêt à détruire indifféremment l'esprit et la sottise, la science et l'erreur, la grâce et la vulgarité ! Et, avec cette pâte nouvelle, que de papier on aurait fabriqué, pour le couvrir ensuite, le plus souvent, d'inepties ou d'insanités !

Oui, certes, il est juste de rendre hommage à cet humble collectionneur, plein d'expérience et d'obligeance, suffisamment instruit et sincèrement honnête, qui, après avoir rendu tant de services

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aux amoureux du livre, est mort pauvre et presque abandonné.

Le savant, l'amateur, l'écrivain, le professeur, l'écolier, tous les âges, toutes les bourses, toutes les classes de lecteurs, ont été à même de reconnaître la grande utilité du commerce bizarre du père Lécureux. Nous pouvons louer hautement sa politesse, sa patience et son zèle : personne ne lui contestera ces qualités !

Il avait vu, dans sa vieille maison, plus d'une notoriété littéraire, et même plus d'une gloire! M. Villemain, M. Patin, et l'éminent bibliophile M. Brunet, le consultaient à l'occasion. Le fabuliste-académicien Viennet venait parfois causer dans le magasin du bonhomme. M. de Chateaubriand le fit appeler à deux reprises ! M. Dupaty, M. Casimir Bonjour et M. de Jouy (YHermite de la Chausséô'd'Antin) lui témoignaient un vif intérêt ; Guilbert de Pixérécourt, Charles Nodier, Victor Cousin et M. Paul Lacroix ne l'estimaient pas moins. Tout enfant, il avait eu pour voisin le célèbre Latude, qui, chaque matin alors, pour gagner de l'appétit, était heureux de se dégourdir les jambes sur le Pont-Neuf, après « trente-cinq ans de captivité! »

Le père Lécureux aimait à *parler de sa jeunesse aventureuse, passée en partie au Mexique (il s'occupait déjà de librairie); il racontait aussi, volontiers, avec beaucoup de verve et d'originalité, à ses clients les plus fidèles, des anecdotes inédites sur les écrivains et les amateurs du siècle. Nous nous souvenons de l'avoir écouté avec profit et grand plaisir.

Vers la fin de sa vie, le digne homme était un peu sombre : il avait perdu la foi en l'avenir de son métier.

« Ah! monsieur, » nous disait-il amèrement un jour, « on ne complète plus , on réimprime! » Et il levait les bras au ciel, comme pour le prendre à témoin de l'injustice du sort, de la folie humaine et de sa légitime douleur. En effet, les réimpressions d'ouvrages anciens étant devenues très fréquentes, très nombreuses, et cotées à des prix fort abordables, à cause de la concurrence, le travailleur et le lecteur frivole sont maintenant d'accord pour délaisser les exemplaires incomplets des éditions d'autrefois. On rencontre, çà et là, d'aventure, quelques-uns de ces malheureux tomes, exposés, tantôt à la neige, au vent ou à la pluie, et tantôt à l'indiscrète ardeur du soleil, dans les humbles boîtes en sapin, mélancoliquement alignées sur les quais, depuis le Pont-Royal jusqu'au Pont-Saint-Michel; — mais, si, tenté de relire un vieil auteur, le pas-

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sant s'arrête, d'ordinaire il écarte avec dédain l'invalide au costume délabré, pour sourire à la « nouvelle édition », en un seul volume marqué 3 francs, et qu'on lui cédera volontiers à moitié prix, pimpant encore dans sa légère robe bleue, gris perle ou jonquille, — quoique déjà familiarisé, sans doute, avec les façons, parfois un peu cavalières, du couteau de buis ou d'ivoire.

Le bibliophile et le bibliomane demeurent, eux aussi, très indifférents en présence des débris centenaires dont nous venons d'esquisser les infortunes. Excepté dans les grandes circonstances, où l'on ne veut négliger absolument rien pour compléter un ouvrage d'une rareté exceptionnelle, la persévérance nécessaire fait généralement défaut aujourd'hui.

La collection si curieuse, que le père Lécureux estimait au minimum 30,000 francs, n'a pu être vendue de son vivant, même moyennant une somme infiniment plus modeste. Les libraires de Paris et de la province, pour satisfliire leurs clients, à bref délai, avaient souvent eu recours au bonhomme; mais, lorsqu'il voulut enfin se reposer, aucun d'eux ne consentit à acquérir son fonds. (( C'est trop encombrant ! » s'écriaient-ils à l'unisson. — Les pénibles préoccupations que lui donnait une vente, sans cesse rêvée et toujours impos-

sible, contribuèrent certainement à la mort du pauvre vieillard, qui n'encaissait, depuis longtemps, que de maigres recettes, — insuffisantes, dans la dernière année surtout, pour payer un loyer de 1,500 francs.

Aussitôt après le décès de l'humble chercheur, tous ses volumes, vêtus, pour la plupart, de parchemin, de veau fauve ou de veau racine, ont été livrés en bloc à un marchand de vieux papier, à raison de dix centimes le kilo. Revendus en paquets non déficelés, ils ont servi de lest à un bâtiment allant au Havre !

Les vénérables bouquins avaient perdu leur ami, leur fidèle protecteur, et ils ne pouvaient, hélas! lui survivre.

Amateurs sincères, bibliophiles fervents, croyeznous, plus que jamais prêtez à bon escient vos chers livres, car si, par malheur, des vides venaient à se produire dans leurs rangs, nul ne saurait, comme le père Lécureux, remplacer à propos les tomes disparus !

Paris, 1878.

ANS mon pays natal, au temps heureux de l'adolescence insoucieuse et confiante, je passais souvent mes matinées d'hiver au coin du feu d'un vieux savant, — juge au tribunal de la viile de C***, — plein d'une cordialité brusque et de curieuses bizarreries, célèbres à vingt lieues à la ronde.

Ce vieillard, étrange et sympathique, qui me tenait en grande amitié, conserva toujours une véritable passion pour les Contes de Fées. Il possédait dans sa bibliothèque (un fouillis poudreux et immense), à côté des ouvrages les plus estimés des esprits sérieux, à peu près toutes les éditions con-

nues des contes de Perrault. — « Je l'avouerai, » me disait-il parfois, avec un rire bruyant qui lui était familier, « je l'avouerai jusqu'à ma dernière » heure : les contes de fées m'ont donné plus de » joies sincères et épanouies que tous les autres » livres que j'ai lus... Et Dieu sait si j'en ai » feuilleté en ma vie!

)) Lorsque je suis triste, ennuyé ou désœuvré, » j'ouvre au hasard un de mes volumes favoris, et » les préoccupations terribles du Petit Poucet, ou » les aventures surprenantes de la Belle au Bois i) dormant et de Riquet à la Houppe, m'amènent )) bientôt à oublier soucis et lassitude morale... » Je redeviens enfant, j'ai six ans, les joues rondes » et colorées comme une pomme d'api, l'œil vif » et pétillant de malice et de curiosité naïve, les » cheveux blonds et bouclés, les dents blanches, et » les lèvres rouges ainsi qu'une cerise mûre... Je » retrouve ma bonne grand' mère, toute courbée, » passant et repassant son aiguille à tricoter le long » de ses tempes amaigries, dans une chevelure )) argentée par l'âge, — et dont quelques mèches » débordent de sa coiffe en moussehne, à larges » ailes plissées... Je la revois, assise dans un fau- » teuil de tapisserie aux couleurs disparues, lais- » sant, le soir, son rouet un instant inactif, pour » m' attirer auprès d'elle, au bord de l'âtre, avec » ses mains ridées, si caressantes! Je l'entends me

» raconter, de sa voix chevrotante et claire, une de » ces sombres légendes qu'elle savait dire si bien, » et qu'elle recommençait si souvent ! . . . Alors mes » yeux se mouillent de douces larmes, mon cœur » bat plus vite, et, radieux, enivré, ressuscitant tout » ce passé béni, je remonte, avec l'aide de la fée )) du souvenir, le chemin inondé .de soleil des » riantes années de la jeunesse, retrouvant peu à » peu, pas à pas, mes plus saintes illusions et mes » plus chères espérances... — en réalité si tôt » enfuies! »

Mon vieil ami le bibliophile « prêchait un converti, » je le déclare avec franchise. J'ai toujours eu, moi aussi, un goût très marqué pour les odyssées merveilleuses, et fréquemment j'ai pensé, avec le bonhomme La Fontaine, que :

« Si Peau d'Ane m'était conté, J'y prendrais un plaisir extrême. »

Combien de fois, quand j'étais enfant, presque constamment souffreteux, ma pauvre mère, assise au chevet de mon lit, a-t-elle dit, en tenant mes mains dans les siennes, et pour appeler sur moi le sommeil réparateur, — de fantastiques histoires

qu'elle construisait à mesure, avec cette imagination féconde, avec cette simplicité attractive et tendre dont le bon Dieu a doué les mères !

O les ravissantes soirées! Le tyran insatiable, oublieux de sa fièvre, murmurait, l'œil étincelant : « Encore ! encore !» — Et son ange gardien ne se lassait jamais.

Hélas! aujourd'hui, personne ne me conte plus de fabuleux et séduisants récits.

De loin en loin, dans mon nid solitaire, je relis, en tisonnant, les chefs-d'œuvre de la Bibliothèque bleue... Mais où sont les contes d'antan?

Depuis assez longtemps déjà, les fées étrangères ont fait invasion en France. — Victor Hugo n'y a pas peu contribué en écrivant le Beau Pécopin; M. Edouard Laboulaye, à son tour, nous a fait connaître des fées de presque tous les pays, et, particulièrement, celles de l'Arabie. L'élan étant donné, nous en verrons surgir sans doute beaucoup d'autres ! . . . Puissent-elles, — ces enchanteresses, — posséder autant de grâce et de bonté que les fées du sol natal, dont nos aïeules et nos nourrices nous narraient jadis les émouvantes histoires, au coin d'un feu clair et pétillant, tandis que tombait

la neige à flocons pressés, et que la bise de Décembre gémissait au dehors !

J'aime à me représenter une bande de joyeux enfants, devenus tout à coup silencieux, écoutant, étonnés et ravis, quelque interminable légende ; — et je me dis alors :

Pays bleu, pays du rêve et de la poésie ! qui donc refuserait de t' aimer?

O jeunesse triomphante! qui donc serait assez fou pour oser méconnaître ton adorable prestige?

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