SEULE
vJ UATRE-viNGTS ans bientôt. — Grande, sèche, ridée; Le nez mince, allongé; le menton très saillant : Sa figure ascétique, à l'œil cave et brillant. D'un ivoire jauni donne la juste idée.
Elle a beaucoup souffert, sans se plaindre jamais D'avoir subi jadis une terrible épreuve; Et, depuis quarante ans, silencieuse veuve, Ses fidèles amis sont d'anciens portraits.
Le tricot bien roulé, posé sur une chaise. Sera vite repris : dans l'antique maison. Un travail assidu succède à l'oraison. — Au fond du noir foyer rougit un peu de braise.
Ce corps d'octogénaire est comme desséché, Mais il contient une âme innocente et sublime, Du vulgaire ignorée, et que toujours anime L'amour des malheureux et l'horreur du péché.
Quand Dieu va l'appeler, cette obscure martyre. Depuis si longtemps prête à partir pour le Ciel, Le suprême moment n'aura rien de cruel : La Mort, au lieu d'effroi, verra naître un sourire.
A violette éclose, Le frais bouton de rose, L'oiseau qui fait son nid; Dans la jeune ramure La brise qui murmure Auprès d'un toit béni...
Tout dit : « Aimer, c'est vivre! » Avril vient d'accourir :
Plus de neige, de givre ; Les lilas vont fleurir.
L'insecte qui bourdonne, En passant, nous fredonne Un tendre et gai refrain.
Naguère, à ton oreille, Ce joyeux chant d'abeille N'était pas dit en vain.
La froide indifférence Hélas ! fait tant souffrir !
Tout parle d'espérance :
Les lilas vont fleurir.
Qu'il est loin, ô perfide !
Ce doux soir — trop rapide —
OÙ, SOUS d'ombreux lilas,
Nous jurâmes ensemble...
— J'y songe — et ma voix tremble !
Ne t'en souviens-tu pas ?
Tu dois m'aimer encore ;
Ramassons les débris
De mon cœur... Je t'implore!
Les lilas sont fleuris.
Oh ! rien qu'une parole, Un regard qui console ?
Cela coûte si peu !
Et, pourtant, oublieuse, Ma douleur anxieuse Pour toi n'est plus qu'un jeu.
Adieu!... Je vous pardonne. ■ Des beaux rêves glanés Efieuillons la couronne...
Les lilas sont fanés.