‹ Jadis et aujourd'hui (volume 2)Chapitre 6 sur 8 · II · texte numérisé non relu

II

vait, ce jour-là même, être traîné au supplice... La place de l'Étappe était encombrée, on voulait le voir encore une fois, lui dire un éternel adieu !... La compagnie de Richelieu, et les arquebusiers de Javanues, avaient peine à contenir la multitude. Les gendarmes attendaient le roi sur la place du Martroy; les arbalétriers écossais formaient la haie jusqu'à la porte de la ville.

Devant la demeure royale, Antoine de Bourbon, à la tête iXnne suite d'abord peu nombreuse, mais qui grossissait insensiblement, observait, morne et pensif, ce qui se passait autour de lui. L'amiral de Coîigny et un bon nombre de gentilshommes, venant de la Normandie, afOuèrent en ce moment sur la place.

La cloche des Jacobins annonçait que

les vêpres allaient commencer. — Voilà le roi ! Un murmure sourd et prolongé répondit à ce cri qui partait de la maison Groslot. François, donnant la main à sa jeune épouse, s'avançait; il refusa de monter le cheval que son écuyer lui présenta, et continua, les yeux cloués en terre , à marcher vers l'église.

— Grâce! grâce! pour noire bailli, criait îa multitude, no se laissant point effrayer par les soldats, qui cherchaient vainement à îa disperser. Le roi promena autour de lui un regard sombi'e et menaçant; et, sans répondre au salui de l'amiral, il précipita ses pas...

— Va , va donc ! chéiif eîif::nt de malheur ! s'écria une vie;lle femme assise sur une borne, va dans ton Eglise , et puissestu n'en plus sortir vivant !

Un hallcbardier la renversa d'asi coup (le son arme. Le roi était entre.

Au second coup de la cloche , la garde qui veillait aux portes de la maison Lamollie se rangea en bataille, et le bourreau monta sur réchafaud. Tous les bras étaient levés vers le ciel implorant sa mir séricorde. Cependant Groslot s'avançait d'un pas ferme ; il était arrivé aux pieds de i'échafaud , la cloche des Jacobins sonna le glas de la mort, à ce lugubre tintement, les soldats mirent un genou en terre pour faire leur prière, elle fut presque aussitôt interrompue par un bruit extraordinaire qui parlait de l'ialérieur de l'Eglise. Les portes en furent ouvertes avec fracas, on emportait ie roi sans connaissance. A travers la foule silencieuse, Marie qui suivait, dit deux mois à l'oreille du mare"

clial de la Vieiile-Viile , et disparut avec sa suite.

— Que l'on remmène ie prisonnier , dit le maréchal au capitaine Randeau , c'est l'ordre de la Picine que je vous transmets... Obéissez !

Groslot fut reconduit; le peuple qui avait vu d'un œil sec passer le roi mourant, éclata en transports d'allégresse, et reconduisit son bien-aimé bailli jusques aux portes de sa prison.

— Bonne nouvelle! s'écriait Laraotlie, se précipitant dans la chambre , où il trouva sa pauvre Anna en prière , le roi est tombé subitement malade, l'exécution est différée, espérons!... Anna !... ton père vit encore, espérons qu'il ne mourra pas...

ais Anna, tu ne m'entends donc pas!...

— Je t'ai bien enlondii , cher ami ! mais le ciel avait déjà exaucé ma prière, je le remerciais d'avoir sauvé mon père.

— Ne te laisses pas bercer par cette lueur d'espérance, ma bonne Anna, il n'y a encore rien de certain.

Une lueur d'espérance, dis-tu! Va, mes pressentimens ne me trompent jamais.

Lorsque je te vis pour la première fois, tu traversais la place, et je tenais l'enfant de notre voisine sur mes genoux; une voix intérieure me dit alors : Voilà r homme de ton choix! Hier, mes yeux s'étaient à peine fermés sur ma couche trempée de larmes , que mon père m'ap- \\2œ\\i, dors mon enfant, ms dit-il, repose en paix , ton père te sera rendu. Je dormis et ne me réveillai qu'au grand jour.

— Et tu crois à ces vains rêves , d'une imagination maladive?... Tu crois...

— Je crois que nul être vivant ne saurait échapper à sa destinée, si Gérôme Groslot doit mourir dans les bras de ses enfans, aucune puissance humaine ne pourra lui faire terminer sa carrière sur l'échafaud.

Lamolhe écoutait Anna avec surprise et douleur, jamais leurs opinions n'avaient tant difiéré; mais il se rappela les paroles de Groslot: — O ! mon Dieu se dit-il, lu as pitié de tous ceux qui croient en toi ! A moi aussi pardonne , si je suis dans l'erreur, puis conduisant Anna à la fenêtre , tu vois d'ici celte croix sur la coupole do la cathédrale, éclairée par les derniers rayons du soleil , tu peux même entendre d'ici les chants religieux qui s'y

élèvent au ciel, c'est vers ce sanctuaire consacré à notre culte que mon âme se sent entraînée , tandis que tu porteras tes pas vers ce temple modeste, dépouillé de tout ornement superflu, nous y prierons Dieu chacun à notre manière, suis la roule que ta conscience te trace, laisse-moi aller à la mienne, et par des sentiers divers nous arriverons au même but ; ton père l'a dit, et je ne cesserai de le répéter: Que nos croyances ne séparent jamais deux cœurs créés pour s'aimer.,.. Dieu sera ton juge et le mien: je te quitte, ma chère Anna, pour aller recueillir de nouvelles informations.

Le tumulte avait cessé , les rues étaient désertes et silencieuses ; retiré chez soi , chacun se livrait en secret aux plus consolâmes espérances, la garde avait été dou-

blée à la demeure royale et à la prison du prince , les pas retentissans des patrouilles qui se succédaient, étaient le seul bruit qui se fît entendre , le farouche Riclielieu venait de dissiper le dernier attroupement d'une foule que la curiosité avait rassemblée.

Appuyé contre l'échafaud, Lamothc parcourait de l'œil la façade de la maison Groslot, où le malin encore les courtisans se pavanaient aux fenêtres , maintenant tout y était morne et solitaire ; à tout cet éclat, à toute cette splendeur, à tous ces accens joyeux avait succédé le silence de la mort. C'est Dieu lui-même qui a jugé , murmurait le prévôt, et non pas vous, faibles créatures que le moindre souffle peut faire disparaître. Oui , Dieu a jugé!.... Et l'hérétique a trouvé grâce devant lui....

Il frémit involontairement en prononçant ces dernières paroles , ses yeux se reportèrent sur l echafaud , puis se retournant vers la maison Groslot, il aperçut à une fenêtre qu'il connaissait bien , c'était celle de la chambre d'Anna, il y aperçut une couronne de îière , et devant celte couronne, dans un vase, une rose épanouie, chose rare dans celte saison, amour fidèle! secria-t-il en s'oubîiant, constance à toute épreuve !

— Resterez- vous encore long- temps ici, à vous parler à vous-même, lui demanda un soldat, en le tirant par son manteau?

Lamolhe , surpris, le regardait sans répondre.

— Relirez- vous, ou je vous conduitsau corps-de-garde !

— Depuis quand ne m est-il plus permis de m'arrêter devant ma maison? demanda Lamolhe au capitaine Richelieu attiré par le bruit.

— Votre maison ! qui êtes-vous?

— Lamothe , prévôt d'Orléans.

— Vous arrivez tout à propos pour m'éviter la peine d'aller vous chercher, je vous arrête!

— M'arrêter, par quel motif?

— Cela ne me regarde pas, j'ai mes ordres, sufîit.

Lamolhe porta la main h la garde de son épée.

— Allez vous faire l'enfant ! à moi soldats!... empoignez-moi cet homme, qu'on le conduise à la Tour.

Toute résistance devenait inutile.

Lorsque le roi sortit de son long évanouissement, sa première question fut: — Si l'éxecution du bailli avait eu lieu? Sur la réponse négative, on s'attendait à le voir s'emporter, il n'en fut rien ; il ne donna

aucun signe ni d'approbalion, ni tVimprobation. — îl prit son bréviaire qu'il referma presque aussitôt, en se plaignant de douleurs aiguës à la tète ; ii eut un redoublement de fièvre : la jeune reine ne quitta pas sa chambre. — Le lendemain, les médecins déclarèrent que le roi était en danger.

Cette déclaration unanime fit une vive sensation, sa mort changeait nécessairement la hce des choses. — Charles d'Orléans, son frère, un enfant de dix ans, était son successeur. — On ne savait pas lequel, ou de la reine-mère, ou du roi de Navarre, comme preaiiei^ prince du sang , aurait la régence. — Les Guises perdaient leur influence; les Bourbons , et avec; eux les Montmorency, se relrouvaienl au timon de l'État.

On vit alors le cardinal de Lorraine, qui d'ordinaire tremblait au moindre danger, conserver toute sa présence d'esprit, et mettre en œuvre, avec un sang-froid qu'on ne lui soupçonnait pns, toutes les ressources qui restaient à sa disposition; il savait que la reine njcre n'était rien moins que portée en sa faveur , et cependant, ce fut par elle qu'il essaya d'atteindre le but qu'il se proposait. — 11 sollicita et obtint une audience particulière, et avec ce ton d'une intime conviction, dont il savait toujours à [)i'opos faire usage, il lui représenta que si, à la mort du roi , la régence tombait aux mains du roi de Navarre, ni lui , ni les Boni bons ne pardonneraient jamais la sentence prononcée contre le prince de Condé, ni toutes les vexations qu'on leur avait fait éprouver pend;ii:t le régne du roi acluei; qu'elle-même serait In viclim^

do la hniiiû de François contre les Bourbons, lors même qu'elle ne l'aurait pas partagée , qu'on ne lui tiendrait aucun compte de ce qu'elle aurait fait pour la délivrance du prince, qu'en un mot, les Bourbons brûlant de se venger, ne manqueraient pas de le faire aussitôt qu'ils en auraient le pouvoir; qu'il ne restait qu'un moyen de salut, — exécuter sur l'heure la sentence de Condé , arrêter le roi de Navarre , et profiter des derniers instans du roi pour lui faire également son procès. — Les Guises, ajouta-t-il, sont à vous, et leur entier dévoiimont vous prouvera qu'ils sauraient répandre pour vous jusqu'à la dernière goutte de leur sang.

Callierine ne savait à quel parti s'arrêter. Le mideciu du roi venait de lui déclarer en conlldencc, <]ue le trépan deve-

naît indispensable , et que probablement le malade n'aurait pas la force de supporter cette douloureuse opération. — Elle craignait les Guises, leur influence, et le grand nombre de leurs partisans; d'un autre côté , elle ne pouvait trop accorder sa confiance aux Bourbons, au connétable surtout , que depuis quelque temps elle avait totalement négligé. — Elle s'était, il est vrai , ouvertement opposée à l'exécution de la sentence contre Condé et Groslot, et avait menacé de sa disgrâce quiconque oserait, avant l'entier rétablissement du roi, en renouvellerla proposition; mais le secret motif de cette conduite était aussi bien connu des Bourbons que delle-

même Pourrait-il, d'après cela, y avoir

jamais une réconciliation sincère entre elle et eux?... N'osant encore se décider, elle fit au cardinal une réponse vague, in-

signifiante, et demanda jusqu'au lendemain pour faire ses réflexions.

A peine le cardinal setait-il éloigné, qu'elle fit appeler le chancelier de L'Hôpital, et lui ouvrit son cœur sans réserve. — Ce fut une heureuse pensée. — 11 frémit d'indignation en apprenant l'atroce proposition du cardinal. — Ce serait, ditil, la plus révoltante injustice que de sévir delà sorte contre un prince auquel l'on n'a d'autre reproche à faire que d'avoir un frère qui, lui-même peut-être, est plus malheureux que coupable. Votre devoir , autant que votre intérêt personnel, doit décider votre Majesté à proléger le sang de nos rois, et à ne pas le sacrifier à l'étranger. — La guerre civil© deviendrait inévitable. La France entière tient en cet instant les yeux fixés sur la mère du roi

mourant; elle nous est connue par sa tendresse pour sesenfrins, et la haute sagesse des conseils qu'elle a su leur donner. Sa gloire doit consister à ne pas tromper nos espérances et à conserver à la patrie ses véritables défenseurs... Oui , madame, il faut que vous sachiez mépriser toutes ces basses intrigues de cour; il faut que vous prouviez à tout le monde, par vos propres actions, que nous n'avons tous ({u'un seul maître, et que k plus scrupuleuse exactitude à remplir nos devoirs envers son auguste personne , est le seul moyen d'obtenir voire bienveillance.

La duchesse de Monlpensier qui survint, appuya les sages remontrances du chancelier ; elle sut, mieux que îui encore, toucher l'endroit sensible. — Antoine de Bourbon, dit-elle, le plus indolent, le plus

apathique des hommes renoncera bien volontiers en votre faveur à h régence du royaume , pourvu que sa supériorité sur les Guises lui soit assurée.

De ce moment, la résolution de Catherine fut irrévocablement prise, — résolution qui sauva la vie des Bourbons, et calma les esprits; mais qui devint en même temps la source de toutes les calamités qui conduisirent plus tard la France à deux doigts de sa perte.

Catherine sïtait décidée à prendre en main les rênes de TÉtat, — la réconciliation des factions ne devait cependant être qu'apparente. — Elle se réservait un jeu de bascule, au moyen duquel elle les primait l'une et l'autre. — Elle sacrifia, par suite de son système, à son insatiable am-

bilion le repos de îa France , le bonheur de ses enfans , et alluma un incendie qu'elle-même n'eût plus été capable d'éteindre.

Cependant i.i pauvre Anna attendait avec une anxiété toujours croissante le retour de Lamoîhe. — Vingt-quatre heures s'étaient écoulées dans cette pénible alteole; sa mère partageait ses vives in-

quiétudes; le vénérable Sévin, triste et pensif, était incapable de leur offrir des motifs de rassurance et de consolation.

Poltrot, ce même genlilliomine poitevin, qui avait accompngné Anna et le prévôt dans le souterrain , vint enfin la trouver. Elle était eu ce moment seule dans la chambre commune. — Armez- vous de tout votre courage, lui dil-iî, car j'ai une mauvaise nouvelle à vous apprendre. Le cardinal a fait arrêter le prévôt , et Ton ignore encore par quel motif. — Une rixe avec Richelieu en estie prétexte. — Il est retenu prisonnier dans sa propre maison,.. Je viens maintenant vous demander si vous reconnaîtriez encore les localités, le chemin que Lamolhe vous a fait parcourir pour arriver jusqu'à votre père? J'ai lieu de croire que sa prison n'est pas éloignée de la sienne.

— Oui, dit Anna, j'ose espérer que ma mémoire me sera fidèle. — Il faut tout tenter pour le sauver.

— En ce cas, tenez-vous prèle. — Lorsque minuit aura sonné à l'horloge des Jacobins, je serai à votre porte; mais gardez le secret le plus profond sur notre périlleuse entreprise; surtout, n'en parlez pas ni à votre mère, ni à M. Sevin.

Anna le promit. — A l'heure fixée, elle jeta son manteau sur ses épaules, et se glissa hors de la maison. — Pollrot était déjà à son poste. Us ne tardèrent pas à arriver dans le jardin de Lamothe. Ils s'arrêtèrent, comme la première fois, devant l'érable. La nuit était belle, le ciel sans nuages, la lune dans tout son éclat.

— Dépêchons-nous, dit Anna, levez la dalle!

— Un momont! laissez-moi d'abord m'assurer que nous n'avons rien à craindre; nous ne pouvons prendre trop de précautions... — Il se glissa le long du mur, observant de tous côtés; bientôt il disparut aux yeux de la tremblante Anna. L'instant d'après, elle le vit revenir: — Fuyons! fuyons! lui dit-il en l'entraînant, nous sommes trahis ! — Au moment où il ouvrait la petite porte , des hommes armés les entourèrent. Anna, couverte d'un voile épais, la bouche fermée par un mouchoir fortement lié , lut soulevée et emportée. — Ce ne fut qu'après une course longue et pénible qu'on la remit sur ses pieds. Elle entendait que l'on se parlait tout bas; un bruit de chaînes et de verroux lui fit comprendre que c'était une des portes de la vilie qu'on ouvrait, lis avaient à peine fait quelques pas , qu'elle fut sou-

levée de nouveau, et placée dans une voiture qui partit avec la plus grande rapidité. Alors on détacha le mouchoir, on lui laissa rejeter le voile en arrière. La lune avait disparu , l'obscurité était devenue plus profonde; Anna fit quelques questions, personne ne lui répondit. Une fois seulement , elle crut avoir entendu l'homme , assis à ses côtés , lui dire : Prenez courage ! — En vain elle cherchait à s'orienter. Quelques cavaliers escortaient la voiture; les chemins étaient mauvais, la pluie les avait rendus presque impraticables; on avançait lentement. Enfin le crépuscule d'une matinée froide et humide lui laissa voir qu'ils traversaient une épaisse foret. Ses premiers regards se porlèrcîît ensuite sur son voisin, — c'était PoUrot! et vis-à-vis, une figure hideuse, infernale, qui, avec un affreux sourire,

fixait sur elle un œil louche et terne, l'autre était couvert d'un bandeau noir.

— Vous ici, dit Anna, en jetant sur Pol- Irol un regard de mépris! Vous, revêtu des couleurs de la livrée des Guises? — Poltrot ne répondit pas; il avait tourné la tcte vers le soleil levant. — Où rae conduisez-vous, traître? — Toujours môme silence.

— Au nom de cet ami qui reçut vos sormens dans cette nuit mémorable, je vous adjure de m'apprendre où vous prétendez me conduire? — Poltrot devint inquiet, dans un instant où son compagnon avait mis la tête à la portière, il fît un signe à Anna, qu elle ne comprit pas.

— Que veut dire ceci ! s'écrie l'homme au bandeau, Poltrot! Une troupe d'hom-

mes armés s'avance de ce côte. Tout en parlant, il s'était élancé de la voilure, et demandait son cheval.

— Ce seront de nos gens', répondit Poltrot, en descendant également, et se tournant rapidement vers Anna, il lui dit: je tiendrai mon serment,

La voilure s'était arrêtée. Les cavaliers avançaient toujours, et l'instant d'après d'autres hommes armés sortirent par derrière de la forêt, et se rangèrent sur le chemin.

— Monsieur de Sainte-Croix, cria Pol* trot, vous devez reconnaître la couleur ?

— Non ; je croîs même qu'ils n'en portent aucune.

— Voilà qui est étrange; la troupe qui

vient à notre rencontre, s'est arrêtée. — Ceux qui arrivent par derrière, s'avancent au grand trot de leurs chevaux...

— Ils portent des écharpes noires. A qui peuvGDt-iis apparlenir? dit Sainte- Croix.

—Dans tous les cas; il faut réunir notre monde; et si l'on nous attaque, faire bonne défense. — Vous, Sainte-Croix, prendrez les six hommes de la compagnie de Sausais, pour faire face aux arrivans ; tandis que je vais avec ces fidèles serviteurs de monseigneur, au-devant de l'autre troupe.

— Vous plaisantez, dit Sainte-Croix, nous sommes à peine une vingtaine. — Ils sont trois fois phis.forls que nous, sans compter les arquebusiers.

Plutôt mourir! secriePoUrot, avecem-

phase, que de leur abandonner la dame qui nous est confiée !...

La troupe arrêtée se remettait en mouvement.

— Pcrclinaux, dit Poltrot à l'un des siens, es-tu décidé à te défendre jusqu'à la dernii^re goutte de ton sang?

— Contre tout ce moiide ? non parbleu! répondit lo vaîct de chambre de son émincnce; dix contre un ! Pas si fou !

—Eh bien donc, à la giirde de Dieu, en avant!... Que nous sert d'attendre ici? si ce sont des ennemis, nous ne pouvons leur éch;q)per et c'est vous, monsieur de Sainte-Croix, et tous ces lâches, que j'en rends responsable.

Aussitôt que la voilure se remit en

marche, la troupe sortie de la forêt reprit le trot. — Il était clair qu'elle s'entendait avec l'autre. — La voiture une fois cernée, le commandant s'approcha, et pria Anna de descendre.

— De quel droit, dit Poltrot, venezvous inviter la dame que nous avons l'honneur d'escorter, de quitter sa voiture ?

— D'un meilleur droit que le vôtre, qui l'avez contrainte d'y monter. — Puis, il ajouta en riant. — Oh! messieurs de Guise, vous nous la baillez belle!... Ou vous nous céderez de bon gré la dame, ou les armes vont décider à qui elle doit appartenir...

— Qui êtes-vous donc? demanda Sainte- Croix, cherchant à prendre un ton imposant; qui ctcs-vous, pour oser faire sur la

grande route pareille insulte aux respectables couleurs que nous portons?

— Les respecte qui voudra. — Nous sommes des chevaliers errans, et en cette qualité nous devons appui et protection aux dames. — Puis , descendant de son cheval, et pendant que ses cavaliers mettaient leurs lances en arrêt, et que les arquebusiers secouaient leurs mèches , il ouvrit la portière, aida Anna à descendre et à monter sur une liacquenée , amenée sans doute à dessein. — Sainte-Croix, écumait de rage, Poltrot en faisait le semblant. — Mais il n'y avait aucune résistance à opposer.

— Chevalier de Mort joyeuse! cria le commandant, au chef de l'autre troupe; je vous laisse soixante hommes; tenez enencore pendant quelque tupips compagnie

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