‹ Jadis et aujourd'hui (volume 2)Chapitre 7 sur 8 · II · texte numérisé non relu

II

à ces beaux messieurs. — Vous savez où nous nous relrouverons !

lî dit, et saisissant les rênes de la hacquenée, ii remonta sur son palefroi, et s'enfonça dans la forêt. — Anna pâle et tremblante croyait rêver.

Sainte-Croix, Pokrot, et leurs gens, restèrent une heure ciuière prisonniers sur la grande route. — Puis, le chef de la troupe les saluant, par dérision, de son épée, leur donna, en éclatant de rire, la permission de s'éloigner.

Cependant, Anna et son conducteur s'enfonçaient de plus en pliîs dans la forêt, — Le chevalier lui ayant dit qu'elle n'était entourée que des amis de son père, la pauvre enfimt était déjà moins tremblante. — mais||ur toutes les autres ques-

lions qu'elle se hasarda de lui faire, le chevalier garda le silence.

On s'arrêta devant la cabane d'un bûcheron, où tout parut avoir été disposé d'avance; mais ce qui fit le plus de plaisir à Anna, fut la présence d'une jeune fille, d'une figure agréable et prévenante chargée de la servir. — Sur ces entrefaites, ceux commis à la garde des gens aux couleurs des Guises, étaient revenus. — On ne tarda pas à se remettre en route; Anna, qui ne se trouvait plus seule au milieu de ces hommes armés, recouvrait insensiblement toute son assurance.

A i heure de midi, on fit une nouvelle halte; la forêt commençait i\ s'éclaircir, et après quelques heures de marche, on se trouva en i;ase ca.nî pagne sur les bords d'une petite rivière; celte contrée était en-

tièrement inconnue à la fille de Groslot, qui lout récemment de retour de la Rochelle, n'était presque pas sortie de la maison paternelle, et jamais des murs d'Orléans. — Elle n'osait plus faire de questions à son conducteur. — A la nuit lombîmlc la troupe s'arrêta devant une maison isolée. — Une vieille femme en ouvrit la porte. — Elle fil une profonde révérence à Anna, lui baisa respectueusement la main, et la conduisit dans une chambre préparée pour la recevoir. — Anna était restée seule avec sa jeune et gentille suivante; son escorte s'était dispersée; quelques hommes seulement avaient pris poste dans un bâtiment extérieur.

La bonne vieille était très-affable, trcscauseuse, Anna espérait en tirer quelques

rcnseigQemens, surtoiit| apprendre d'elle le nom de son libérateur. — Elle fat en' core une fois trompée dans son attente.

— Rassurez-vous, mademoiselle, lui répondit-elle, vous êtes en bonne main; c'est tout ce que je puis dire. Puis prenant son livre de cantiques. — Nous allons, sous votre bon plaisir, faire notre prière du soir, il est temps de vous reposer; car avant la fin de la nuit, il faudra repartir.

— Et 011 allons-nous? demanda Anna.

— Au lieu de votre destination, répondit la vieille, en se redressant avec gravité.

Anna suivit le conseil qui venait de lui être donné, et ne tarda pas à s'endormir. — - Mais son sommeil fut de courte durée. — Sa petite suivante vint la réveiller, et

lorsqu'elle eût achevée sa toilette, son libérateur se fil annoncer.

— Mademoiselle, lui dit-il, après un salut respectueux, je dois, avant départir, vous faire faire une promesse solennelle...

— Laquelle ? demanda Anna effrayée.

— Celle de ne pas vous faire reconnaître; et, quoiqu'il puisse arriver, de ne jamais convenir que vous êtes la fille du bailli d'Orléans. — Un pareil aveu serait votre perte et la nôîre. — De ce moment vous êtes sensée faire partie de la suite de madame la maréchale de la Vieille-Ville, dont nous portons momentanément les couleurs. — Nous allons traverser une ville qui se trouve au pouvoir de nos ennemis. — Il faut de toute nécessité que vous me fassiez cette promesse...

Anna -01 sans hésiter ce que le chevalier exigeait d'elle, et monta avec sa suivante dans i;ne voilure qui n'était rien moins que commode; elle ressemblait à ces fourgons qui servaient à charger les batteries de cuisine, eî autres gros bagages, que ies grands seigneurs en ce temps là faisaient traînera leur suite. — Elles passèrent le pont de la petite rivière, n'ayant que six hommes pour î^s escorter.

— Où sont donc restés tous les autres? demanda Anna à sa comr'ai^ne.

— Ils ne sont pas Soin, tous orêts à vo" 1er à notre défense en cas de besoin. Ne craignez rien , à moins d'une heure nous serons arrivées.

La nuit était devenue très obscure; le ciel, couvert de nuages, menaçait de pieu.

voir; on avançait lentement sur un cIiC' min raboteux et plein d'ornières ; enfin la voiture arrêta , une troupe de gens armés vint à sa rencontre. La pauvre Anna était glacée d'effroi; le chevalier s'approcha de la portière.

— Au revoir, mademoiselle ! daignerezvous m'octroyer un gage de souvenance?

— Je n'ose, répondit Anna ; une fiancée ne peut se le permettre; mais si nous nous retrouvons , comme je l'espère un jour, à Orléans, mon futur époux m'en donnera la permission.

— Oui, Louis de Lamothe-Vclay vous le permettra. Et il remit son cheval au galop.

— Maintenant, mademoiselle, lui dit la

suivante, vous devez vous armer de tout votre cournge ; rappelez-vous surtout la promesse que vous avez faite au chevalier.

On venait de frapper à la porte de la ville.

— Qui vive I demanda une voix dans l'intérieur.

— De la suite de madame la maiécliale de la Vieille-Ville, répondit un cavalier.

— Combien êtes- vous ?

— Six cavaliers et deux femmes dans le fourgon,

— Aurez-vous bientôt fini, avec toutes vos questions ? cria une voix glapissante. Madame la maréchale attend ses femmes avec impatience. Allons, ouvrez, et que l'on se dépêche !

— Un instant, donc! ma consigne est sévère ! répondit la voix qui avait fjiit la première question. L'officier de garde se présenta, son esponton à la main, et, suivi d'un arquebusier qui portait une lanterne: — Un, deux, trois, quatre, cinq, six ; c'est juste. Puis, prenant la lanterne, il s'approcha du fourgon et éclaira dans l'intérieur. — Celle qui se tapit là-bas dans le coin... tiens , je crois la reconnaître. Eh oui ! je l'ai vue quelque part...

— Dépéchez -vous donc! il fait froid, dit un des cavaliers, et l'on ne paraît pas fort curieux de renouveler connaissance avec vous.

— Qui êtes-vous? demanda le curieux.

— Je me nomme Jacqueline Brunet, répondit la petite suivante.

— Ce n'est pas à vous, c'est à voire camarade que je m'adresse.

— Je ,suis Marie Beaupré, répondit Anna avec assurance, et j'ose espérer que vous cesserez enfin de nous arrêter.

— Je l'espère aussi, reprit la voix glapissante. Si vous ne faites ouvrir sur-lechamp, je vais porter plainte à M. le maréchal, et vous savez qu'il ne plaisante pas.

— Doucement, monsieur le valet de chambre ; ne nous échauffons pasl

La porte s'ouvrit, et le fourgon passa sous une voûte longue et sinueuse. — C'est singulier, dit Anna; on dirait que nous entrons à Orléans par la porte Saint-Jean !

La suivante ne répondit pas, et bientôt le fourgon s'arrcla.

— Ayez la complaisance de descendre au plus vite ! C'était encore la voix de son chevalier qu'Anna croyait bien loin. Anna accepta son bras; la suivante et deux hommes marchaient derrière eux.

Après avoir parcouru plusieurs petites ruelles, ils s'arrêtèrent à une porte pratiquée dans un mur trèâ élevé. L'homme à la voix criarde les y reçut; le chevalier prit congé. Anna tut obligée de donner la main à son nouveau conducteur, tant l'obscurité était grande. Après avoir marché quelque temps, il siffla. — Prenez garde , dit-il , il y a deux marches à monter. Une seconde porte s'était ouverte; le petit homme tira une lanterne sourde

de dessous son manteau, alluma deux bougies placées sur une table , salua et disparut.

Anna promena autour d'elle im regard étonné ; la cbarabre dans laquelle elle se trouvait transportée comme par encbantement, était meublée avec élégance; mais les fenêtres, garnies d'épais volets, étaient fermées avec des cadenas. En un instant, Jacqueline eut rassemblé tout ce qu'il fallait pour faire couclier sa jeune maîtresse : cette fdle était là comme chez elle...

Pendaiil que la lille du bniili courait ainsi les aventures, tout était en mouvement dans Orléans ; la maladie du roi acquérait chaque jour plus de giavilé. Catherine avait lait sa paix avec le roi de

Navarre; déjà la tourbe des baladins et boufioiis de cour s'éloignait insensiblement des Guises, et le connétable s'approchait à petites journées. Groslot, dont le stoïcisme avait été ébranlé aux approches de l'échafimd, était tombé malade; Catherine, qui déjà exerçait une pleine autorité, permit qu'il fut transporté chez son beau-père, où il devait cependant toujours encore rester prisonnier. Comme le cœur battait au vénérable bailli, lorsque les porteurs s'arrêtèrent devant la maison de Sévin !

Sévin, ce vieillard otogénaire, le reçut aux pieds de l'escalier, mais sans proférer une seule parole, et les yeux tristement fixés en terre. Groslot monta dans la chambre de son épouse; de son lit, elle lui tendit la main, en disant: «Ah! Je. rômc ! où est notre fiile? »

— Depuis hier elle a disparu, continua Sévin ; personne ne sait oii elle est allée ; la porte de la maison s'est trouvée ouverte; celle de sa chambre l'était aussi.

— Et Lamolhe! où est- il? demanda Groslot.

— En prison dans la Tour... Il s'était, dit-on, pris de querelle avec Richelieu, qui Ta fait arrêter.

— Il se machine, je le vois, encore quelque nouvelle trame, dit Groslot. Anna aurait-cilc été à la cour? Y a-t-elle parlé à quelqu'un ?

— Elle y est ailée se jeter aux pieds des deux reines... répondit Sévin.

— N'a-t-elle nommé aucune des per-

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