‹ Jadis et aujourd'huiChapitre 16 sur 26 · A LA MEMOIRE · texte numérisé non relu

A LA MEMOIRE

d^ DESBORDEAUX (Jules-Denis) insUtuteur à Pasly

de POULETTE (Louis-Théophile)

instituteur à Vauprezis Fusillés par les Prussiens pour avoir défendu leur pays

et de

LEROY (Jules-Athanase)

instituteur à Vendières

victime d'une inique condamnation de la part de l'ennemi

LE CONSEIL GÉNÉRAL DE L*AISNE a élevé ce monument.

Jules Desbordeaux, sergent-major et commandant de la garde nationale de Pasly, avait dirigé une tentative de résistance contre les Prussiens, construisant un pont de bateaux sur la rivière d'Aisne. Poulette, comme secrétaire de mairie, avait dressé la liste des gardes nationaux. Les Prussiens revenus les firent prisonniers, les con-

damnèrent à mort et les fusillèrent. A Vendières, des francs-tireurs, qui s'y étaient établis, avaient surpris et enlevé deux cantiniers et deux cantinières de Tarmée allemande; puis, ne sachant que faire d'eux, ils les avaient relâchés. Conduite par les cantiniers, une colonne prussienne revint sur le village, prit des otages qui furent conduits à Châlons. Là, quatre de ces malheureux, dont Leroy, l'instituteur, furent condamnés à la peine de .mort comme « coupables d'actes de trahison et d'hostilité à main armée contre des personnes attachées à la suite de l'armée allemande » et furent immédiatement fusillés. De tous, celui qui semblait l'objet principal de l'exaspération prussienne, c'était l'instituteur. « Combien as-^tu d'élèves ! lui dit à ' Dormans, le commandant de place. — Soixante. — Soixante brigands ! soixante canailles! » Puis, lui tirant violemment la barbe : « Voilà un instituteur de cette grande nation! Voilà un instituteur de cette nation la plus civilisée de l'Europe! » Et pour lui prouver combien l'Allemagne était mieux cultivée, il lui cracha au visage.

Lorsque Henri Martin présida à Laon à l'inauguration du monument élevé à ces héros obscurs, il dit aux instituteurs de son pays :

« Il y a des gens qui font la guerre à cette grande idée de la patrie. Il y a des gens qui vous diront que la patrie n'est qu'un vieux préjugé ; que cela a fait son temps ; qu'il n'y a que l'humanité. Ils suppriment le citoyen sous prétexte de faire

rhomme ; ils suppriment la pairie sous prétexte de servir. le genre humaia.

« Ce sont là des doctrines qui précipitent les peuples dans la mort et dans le néant. •

« A vous, instituteurs, de combattre ces faux prophètes au riom de la religion de la patrie. »

Et après avoir exposé dans des termes où vibrait son âme celtique, où passait le lumineux courant de cette histoire nationale dont il n'a pas été un des moins notoires, serviteurs, ce qu'est la patrie « instituée par Dieu comme la famille », Henri Martin ajoutait : « Soyez donc les apôtres de cette religion de la patrie. Continuez à préparer à la France" des citoyens, des citoyens soldats. C'est là le but ; Taceroissement des connaissances n'est que le moyen. »

Cela se passe dans TAisne. Sur la Loire, c'est, de la part des Prussiens la môme haine contre l'instituteur patriote, ou réputé tel. Le 11 octobre 1870, le village de Brécy, à seize kilomètres d'Orléans, est envahi par une colonne prussienne ; aucune résistance : les fusils envoyés de la préfecture sont cachés dans une cave dont l'entrée a été murée; les soixante ou quatre-vingts paysans qui forment la population valide n'ont aucune idée de combattre une armée. Tous pourtant sont arrêtés : un, Gilbert, dit Blondin, qui avait porté dans une

haie une vieille carabine, est fusillé; mais c'est à l'instituteur, coupable d'avoir excité le patriotisme de ses concitoyens et de s'être exercé atvec eux au tir à la cible et au maniement d'armes, qu'on paraît en vouloir davantage : « Ah! vous êtes maître d'école, lui dit en français un officier de haut grade. Eh bien ! vous mourrez avec ces paysans, en avant de nos hgnes, mitraillés par vos propres canons. Gela vous apprendra à mieux initier vos compatriotes aux choses de la guerre. »

L'instituteur de Brécy a, dans un/ des livres les plus émouvants qu'on puisse lire, De la Loire à rOder, raconté ce qu'ont souffert dans leur terrible voyage jusqu'à Stettin et dans leur captivité ces paysans de France dont dix-huit ont succombé, sans qu'on leur ait jamais dit de quoi ils étaient accusés ; s'oubliant lui-même pour ne dire que les souffrances de ses compagnons de misèr^^ il évoque à la dernière page de son livre l'idéal patriotique pour qui il a témoigné et dont, sans cesse, depuis trente-sept ans, il a continué à se faire l'apôtre. Mais aussi lui attribue-t-on les postes les plus modestes, et les décorations qu'on prodigue sont pour d'autres que lui.

Au lendemain du congrès de Clermont-Ferrand il est juste d'évoquer ces morts et d'attester ce vivant. Il est encore d'autres témoins : voix muettes et d'autant plus éloquentes. Ils ont, dans le rang des soldats, dans l'égaillement des francstireurs, à leur poste d'instituteurs et de secrétaires

(le mairie, donné leur vie, souffert la captivité ou ]a mort. Il faut les saluer avec Victor Duruy écrivant à l'Empereur le 10 janvier 1866 : « Ah ! sire, quels braves gens ! Votre armée de la paix vaut l'autre. »

Ceux-là sont les morts et voici les vivants. Il faut les laisser parler, les entendre parler : point de phrases, seulement le compte rendu, par un d'eux, dans un journal qu'ils semblent priser, de l'épisode caractéristique du congrès : « Avant de donner la parole au camarade Glay, conseiller départemental de la Seine, le président Montjotin lit un ordre du jour déposé par M. Comte, instituteur patriote, dans lequel l'auteur demande au congrès dencoyer im souvenir ému aux marins et officiers français morts à Casablanca pour servir la cause de la patrie et de la civilisation.

« La lecture de cette élucubration n'est pas terminée que, de tous côtés de la s^lle, des huées formidables éclatent à l'adresse de Comte. Un congressiste crie : « Ils n allaient soutenir que les intérêts des capitalistes dont l'Etat est le complice. »

« Comte a l'air de braver l'assistance.

« Le vacarme devient assourdissant surtout au moment où Bocquillon vient serrer la main de son co-ligueur patriotard. Des délégués escaladent la

tribune et conseillent énergiquement à Comte de partir. De tous côtés, on crie :

« — Enlevez-le ! A la porte ! Il est payé pour cette besogne î

<( On siffle, on crie; tous les assistants sont debout, le poing tendu vers Comte.

' (( Le président agite vainement sa sonnette; il ne parvient pas à arrêter la furieuse indignation de la salle,

« Enfin, une dame offre son bras à Comte, qui n'ose le refuser, et le descend de U tribune aux applaudissements de l'assistance. La tribune est enfin épurée. On va pouvoir continuer. »

' Ce n'est point une minorité bruyante qui, au congrès de Clermond-Ferrand, a ainsi manifesté son antipatriotisme. M. Comte, a-t-onsoin de dire, avait posé officiellement sa candidature au bureau. « Il n'a obtenu que quarante-cinq voix sur quatre cent cinquante votants. Lorsqu'on a proclamé ce chiffre, il a été accueilli par des huées énergiquement répétées. II n'y a pas de doute : Le patriotisme haineux pi^ôché par les énergumènes de la patrie est bien mort chez les instituteurs. L'échec de M. Comte le prouve. »

C'est à ce congrès, où les théories syndicalistes furent adoptées et acclamées « à la presque unanimité », compris le rattachement à la Confédéra-

INSTITUTEUaS D'illEU ET D'AUJ0U1U)'11UI 2â9

tion générale du Travail, que le délégué du ministre de l'Instruction publique, M. Gasquet, commandeur de la Légion d'honneur, directeur de renseignement primaire, est venu porter ses conseils et Texpression de sa* sympathie. Lorsqu'il a tenté d'y mêler quelques avertissements, lorsqu'il a dit : « Il faut que vous soyez capables de répudier hautement toutes les doctrines néfastes, sacrilèges, qui ne mèneraient rien moins qu'à la dissolution de l'Etat », ses paroles ont été accueillies par des murmures de protestation, et, lorsqu'il a ajouté : « Mais j'ai confiance en vous, vous ne vous laisserez pas hypnotiser par les quelques agités mal équilibrés qui occupent le devant de la scène », d'énergiques protestations ont éclaté. On crie : « Assez ! Assez î Soyez poli ! »

Il serait d'un intérêt majeur de constater quelles ont été les revendications de ce congrès : de dire, par exemple, comment les instituteurs, employés dans une école à plusieurs classes, refusent d'obéir au directeur et entendent conquérir leur indépendance absolue,* quant à l'enseignement et la discipline; comment ils demandent la, suppression des délégués cantonaux, si peu gênants que soient ceux-'ci, en sorte que l'école échappe à toute surveillance, puisque c'est à peine si le maire a conservé le droit de pénétrer dans les locaux scolaires. Un jour prochain, si cela n'est fait déjà, on exigera la suppression de Tinspection primaire, qui, sans doute, présente quelques garanties au point de vue

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de renseignement, mais n'en offre aucune quant à réducation des enfants, la moralité et la conduite des éducateurs.

Maîtres de Técole, d'où vient de sortir cette génération qui marque son entrée dans la vie par une recrudescence de la criminalité qu'on essaie vainement de dissimuler, tant par l'indulgence des lois que par la non répression des crimes, les instituteurs, qui se proclamaient eux-mêmes, à Clermont-Ferrand, « le prolétariat administratif», ontils droit à ce nom de prolétaires ? En vérité, plus d'un bourgeois voudrait être rente comme eux.

Pour la plupart, le traitement de TÉtat n'est qu'un des éléments et des moindres de leur budget.

S'ils débutent, comme stagiaires, au traitement lie 4 100 francs par an payé par l'État, c'est avec un supplémen t de traitement fait par les communes et qui n'est pas, dans les plus petites d'un certain département pris comme exemple, rAnmiaire de r Enseignement primaire en main, moindre de 200 francs, et ils sont logés, chauffés et éclairés. En cinquième classe, ils touchent 1 200 francs de l'État et les traitements montent de classe en classe jusqu'à 2200. Les suppléments suivent la même progression : ils atteignent facilement 500 francs : pour dix communes prises au hasard et à la suite

INSTITUTEURS D'HIEU ET D'AUJOUnD'll UI 231

^utV Annuaire, les suppléments communaux attribuéaaux instituteurs sont de 300, 200, 700, 810, 700, 800, 600, 700 et 500 et ce ne sont pas là les chiffres les plus hauts. L'instituteur titulaire est, de plus, dans la plupart, sinon dans toutes les communes qui ne sont pas chefs-lieux de canton, secrétaire de mairie ; comme tel, il touche, sur les fonds communaux, un traitement qui s'élève, dans certaines communes à 1 600 francs, ne descend guère audessous de 500. Qu'on passe les profits, les gratifi? cations, les agréments de toutes sortes, les voyages gratuits, les cours supplémentaires payants, les répétitions payantes; qu'on omette la jouissance d'un logement, généralement de cinq pièces, souvent de sept (exemple, sur dix communes :

5, 5, 7, 5, 5, 7, 8, 5, 5, 4), la jouissance du jardin oîi les élèves se forment à « l'agronomie » en cultivant des légumes variés; qu'on suppose les conditions les moins bonnes, celles où l'instituteur marié et père de famille n'a point épousé une institutrice recevant elle aussi un traitement et un supplément de traitement de l'État et de la commune, n'a point une de ses filles comme adjointe avec traitement et supplément de traitement — le cas n'est point rare et les exemples ne manqueraient pas — il arrive k cumuler, au moyen de tous ces éléments ostensibles, un traitement total qu4 varie entre trois et quatre mille francs, logement, éclairage, chauffage, jardin et tous les profits d'usage non compris. Cela fait de l'instituteur, non

pas un prolétaire, mais un bourgeois — le bourgeois campagnard, le véritable seigneur du village.

Dans neuf cents communes sur mille, rinstituteur est la municipalité, quand il n'est pas en même temps le conseil municipal; il dresse le budget et les comptes, prend les arrêtés, correspond avec la préfecture, est en rapports directs avec les administrés, qui le consultent et qu'il dirige. Sous la Révolution — la première — le secrétaire greffier a joué, dans les administrations des municipalités et des districts, le rôle majeur. L'instituteur d'aujourd'hui est bien plus omnipotent. Qu'il soit affilié à la Confédération générale du Travail, qu'il fasse partie du Syndicat des Instituteurs, qu'il en reçoive les instructions et en partage l'esprit, du jour au lendemain, il mettra le pouvoir central en échec et, en appliquant ce qu'il enseigne, il accomplira la révolution sociale, paralysera la défense nationale, abolira, comme on dit, « la société capitaliste ».

C'est pour cela sans doute que le citoyen Briand lui a envoyé son salut amical.

Les braves gens qui entendent se rassurer affirment, comme M. Gasquet, qu'il n'y a là que « quelques agiles mal équilibrés qui occupent le devant de la scène ». Les chiffres de Clermont-

Ferrand leur répondent éloquemment : 450 internationalistes contre 45 « patriotards ». Ces 450 internationalistes ne sont point des isolés ; ils sont les délégués et les représentants de quatre cent cinquante amicales-. Ces amicales sont fédérées ; la commission permanente de la Fédération des Amicales, élue à Clermont-Ferrand, est composée uniquement d'éléments syndicalistes. Pour certains départements où les instituteurs ont eu à manifester leurs opinions par des élections au conseil départemental, il n'est point permis de douter que, comme dans le département de la Seine, rimmense majorité ne soit acquise aux idées exposées par « le camarade Glay, conseiller départemental de la Seine ». Ce n'est point à dire qu'il n'y ait des exceptions : mais, là comme ailleurs, les minorités opprimées disparaissent. Aussi bien, à qui vont les faveurs gouvernementales, palmes, médailles, primes et avancements? Ce n'est pas assez du snobisme, de la peur, du goût de passer pour libéré, de « Y Homaisisme » natif, ça rapporte — et gros! Et les instituteurs avisés quoiqu'ils déclarent le ministre « leur ennemi par principe », savent fort bien qu'ils ne risquent rien avec lui et que, dans leur antipatriotisme, dans leur antimilitarisme, ils demeurent tabou pour le primaire ambitieux qui leur a donné l'exemple des attentats contre la société et la patrie.

Cependant, c'est à de tels hommes qu'est confiée réducation nationale ; c'est à eux que les pères de

famille, sous peine d'avertissement et d'amende, sont contraints par la loi de remettre leurs enfants et c'est cela qu'ils enseignent, qu'on appelle dans les programmes : l'Instruction morale et civique.

LE TSAR ALEXAxNDHE 1«'

MOINE EN SIBËIUE

Depuis le temps où un mage aux oreilles coupées, se donnant pour Smerdis, frère du roi Cambyse, usurpa le trône de Perse, Ton aurait quelque mal à dénombrer les imposteurs qui ont tenté de se substituer à des princes morts d'une façon mystérieuse ou violente. Il ne s'agit point toujours qu'il y ait du myslëre : Le décès aura beat! avoir été constaté officiellement; les témoignages auront beau abonder ; ie doute aura beau sembler impossible, il suffira qu'il y ait eu, au sujet de la disparition d'un prince, une émotion populaire pour qu'on y ait tendance à l'incrédulité. Ce qu^on dit en de tels cas : « Ce n'est pas possible ! ce n'est pas vrai ! » la simple parole de dénégation affligée qui échappe devant la mort imprévue, brisant les espérances d'une nation ou d'un parti, se cristallise dans le cerveau d'individus qui attendent avec ferveur le retour du disparu, ou qui, plus audacieux, imaginent de se substituer à lui. Certains même, par une suggestion continue, arrivent sincèrement à l'incarner. Le phénomène

n'est point rare dans les maisons de fous et, pour peu qu'on ne se dise pas Dieu le Père, Napoléon ou le duc de Berry, Ton a des chances pour rencontrer des âmes crédules, 'et en même temps obligeantes.

En France, on a vu par dizaines éclore les faux Louis XVII. Leurs aventures étaient assez semblables pour être confondues, surtout pour qu'ils fissent, en reprenant à leur compte celles de leurs devanciers, des économies d'imagination. Il en est, en effet, qui se sont renfermés dans le célibat, ce qui fut discret, et dont les histoires — surtout celles écrites par M. L. Esp. J. V. Clavarali del Curso — se trouvent disponibles. Il en est, par contre, qui firent souche et dont les descendants continuent à revendiquer le trône de France. Mais cela est un terrain brûlant, car ils ont des partisans âpres et convaincus qui aspirent à la polémique.

Plus même que la France, la Russie a été comme le théâtre d'élection pour les imposteurs. Crédulité tlu peuple, mystère entourant des exécutions sanglantes ou des morts prématurées, aspiration résultant de la misère générale vers un sauveur, mysticisme naturel, peu importent les causes : elles paraissent contredire celles qui, en France, ont produit des effets analogues. On s'explique pourtant le faux Dimitri I", le faux Dimitri II, Nazine, Pougatcheff; leur apparition correspond à l'assassinat du Tsarévitch Dimitri, à l'exécution

LE TSAll ALEXANDRE 1" 237

(l'Alexis Pétrovitch, au meurtre de Pierre III. D'ailleurs, c'est dans le but de s'emparer de Tautorité et d'en jouir que ces personnages divers se sont présentés comme les héritiers légitimes du trône. Leurs partisans ont trouvé un intérêt à les servir et les populations mêmes qu'ils entraînaient ont placé sur eux leurs espérances. Mais on a vu récemment se former en Russie, à propos d'un prince dont la mort n'avait rien de tragique ni de mystérieux, .une légende surprenante, qui sort entièrement des précédents connus, où n'apparaît nul des mobiles qu'on a pu relever dans les autres cas, et qui est simplement une manifestation de l'esprit impérialiste — toutefois, dans certains détails de la mise en œuvre, l'on pourra, non sans raison, trouver/ au moins au début, une tentative caractérisée d'escroquerie, plus audacieuse encore que celle qu'on vit récemment en France se dénouer en cour d'assises et demeurée non poursuivie.

Le 20 janvier 18G4, mourait à Tomsk, en Sibérie, à 4 700 kilomètres de Pétersbourg, un moine qui se faisait appeler Fédor Kosmitch, Depuis l'année 1837, on l'avait vu, dans divers lieux de la Sibérie, vivant en ermite et jouissant d'une réputation de sainteté. En 1859, il était venu s'installer à Tomsk, chez un marchand nommé Simon Khromoff, qui lui avait offert l'hospitalité, et il occupait dans la

maison Kliromoff une modeste cellule. OnTenlerra àTomsk, dans le cloître Alexéewsky, et sa tombe, très modeste, ornée simplement d'une croix, devint très vite un lieu de pèlerinage, d'abord pour les habitants des alentours, puis pour les voyageurs. On cite parmi ceux qui la visitèrent l'empereur Nicolas 11, alors grand-duc héritier, le grand-duc Alexis Alexandrovitch et quantité de personnages de marque. L'un d'eux, membre du Conseil de l'Empire, lit construire, au-dessus de la tombe, une sorte de chapelle. Ce qui attirait les dévots, ce n'était pas l'inscription : <c Cit-gît le grand et saint moine Fédor Kosmitch », mais la légende qui commençait à se former autour du mort.

Son hôte, le marchand Khromoff, était en effet venu à Pétersbourg, en 1866, pour apporter à Tempereur Alexandre II des papiers qui renfermaient, disait- on, un terrible secret d'Etat. Urevint au début du règne de l'empereur Alexandre III et présenta une * nouvelle supplique. Déjà le bruit s'était répandu que le moine Fédor Kosmitch n'avait été autre que Tempereur Alexandre P^ lequel, comme on sait, passait pour être mort à Taganrog, le 19 novembre 1825, et Khromoff semblait venir réclamer, en échange de l'hospitalité qu'il avait donnée au moine, une impériale récompense.

L'on ne saurait nier que la mort de l'empereur Alexandre eût profondément ému le peuple russe. Les plus étranges bruits avaient couru alors : que l'Empereur avait été tué, découpé en mille mor-

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