LE TSAR ALEXANDRE
Topinion de Schilder apparaissait suflîsamment pour exalter jusqu'au triomphe les partisans de la survivance. Déjà Ton avait publié, tant en Russie qu'en Sibérie, diverses brocliures sur le moine sibérien : ce fut, désormais, jusqu'en 1901, le sujet d'une quantité presque innombrables de livres et de pamphlets. Le fait passa pour acquis et les pèlerinages à Tomsk s'en nmltiplièrent, de façon sans doute aussi agréable qu'utile pour le- marchand Khromoff.
Le grand-duc Nicolas-Mikhaïlovitch, dont on connaît en France les remarquables travaux d'histoire sur les Stroganov et les Dolgorowki, l'admirable publication documentaire sur les rapports diplomatiques entre la France et la Russie de 1807 à -1812, et la colossale entreprise des Portraits russes au dix-huitième siècle et au dix-neuvième siècle^ s^'est donné récemment pour lâche d'élucider, par une méthode critique impeccable, ce problème qui avait pour lui un intérêt familial de premier ordre. Petit-neveu de l'empereur Alexandre I", il prétendait constater si, dans les bruits populaires auxquels le général Schilder avait ainsi apporté l'appui de son autorité, pouvait se trouver quelque parcelle de vérité, même de vraisemblance. Trois étapes étaient à parcourir : enquête approfondie à mener en Sibérie, dans les divers endroits que
Fédor Kosmitch avait habités, sur la vi^ du moine, sur les objets et les papiers qu'il avait pu laisser,
.les portraits qu'on avait pu consei-ver de lui, les personnes qu'il avait connues ou fréquentées;
.ensuite, enquête sur les circonstances les plus minutieuses de la mort d'Alexandre I"; enfin, enquête sur les personnages qui, vers 1825.
avaient pu disparaître mystérieusement et qui auraient pu aller vivre en Sibérie sous le nom de Fédor Kosmitch.
Ces trois enquêtes ont été menées parallèlement, durant des années, sans épargner ni soins, ni dépenses. Il faut avouer que la première, celle sur la personnalité de Fédor Kosmitch, en Sibérie, ne donna que de minces résultats. Ceux qui parlaient, effrayés par les circulaires du procureur du Saint- Synode Pobédonostzeff, qui ordonnaient le silence sur le cas du moine, dévoilaient avec les plus grands mystères des lambeaux de la légende, montraient des portraits, copies toutes modernes d'une photographie, seule image qu'on pût croire authentique de Fédor Kosmitch.
Dans la famille Khromoff, on ne rencontrait pas plus de certitudes : à la vérité, une fille de Khromoff disait que le moine marchait « militairement » qu'il prononçait des paroles mystérieuses : « Quand fat quitté le inonde,,, en dépit de ce que je fus »; qu'il avait reçu des visites, celle entre autres d'une jeune dame « et d'un grand et bel officier de hussards qui ressemblait au feu césarévitch Nicolas-Alexan-