LEGENDES DE L HISTOIRE
LE COURONNEiMENT DE NAPOLÉON
Un acte a été accompli, il y a cent trois ans, en présence de vingt-cinq mille spectateurs ; il a été annoncé par des programmes répandus à des centaines de milliers d'exemplaires et reproduits par tous les journaux ; il a été consigné dans des procès-verbaux officiels* tirés à Tinfini; il a été représenté dans des tableaux et des estampes dont le collectionneur le plus décidé renonce à recueillir tout les états ; il a donc une certitude qui ne paraît point douteuse et, durant quelque cinquante années, nul n'a paru en contester les détails.
Soudain, une légende est mise en circulation. Elle apparaît dans une histoire signée -d'un homme politique célèbre, ancien ministre, membre de diverses académies, et elle obtient un tel succès, une telle vogue, une telle croyance que, désormais, elle prend la place de la vérité si unanimement constatée et, à en croire toutes les apparences, si définitivement établie. C'est là un des cas peutêtre les plus étranges qu'on puisse rencontrer que
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cette déformation produite spontanément, après un demi-siècle, sur un seul récit qui n'est appuyé d'aucun témoi^age et d'aucune preuve, et acceptée depuis lors, durant un autre demi-siècle, par tous les historiens qui ont relaté le même acte, sans qu'aucun d'eux ait pris la peine, pour la corriger, de remonter aux sources officielles.
Il s'agit du couronnement de l'Empereur : Jusqu'en 18S0, où parut le premier volume de VEmpire^ par M. Thiers, l'on était demeuré d'accord que Napoléon avait, du consentement du Pape, pris la couronne qui était déposée sur l'autel, et qu'il l'avait mise sur sa tête. M. Thiers écrivit :. « La question du' couronnement affectait singulièrement le Pape. Il tenait à conserver le droit de ses prédécesseurs de poser la couronne sur le front de l'Empereur. Napoléon ordonna de ne pas insister et dit qu'il se chargeait de tout arranger sur les lieux mêmes. » Racontant ensuite la cérémonie, M. Thiers écrit : « Le Pape fit sur le front de l'Empereur, sur ses bras, sur ses mains, les onctions d'usage, puis bénit l'épée qu'il lui ceignit, le sceptre qu'il remit en sa main et s'approcha pour prendre la couronne. Napoléon, observant ses mouvements, et^ comme il V avait annoncé, terminant la difficulté sur les lieux mêmes, saisit lu couronne des mains du Pontife, sans brusquerie mais avec