‹ Jadis et aujourd'huiChapitre 5 sur 26 · VI AU LECTEUR · texte numérisé non relu

VI AU LECTEUR

on sent se lever autour de soi des sympathies ig^norées, s'éveiller des amitiés inconnues, se tendre Ae^ mains, s'échauffer des cœurs. C'est pour les fidèles que je travaille ; c'est pour eux que je m'efforce à maintenir, dans son intéjçrité et dans sa pureté, hors des compromissions viles et d^s alliances néfastes, la croyance en la souveraineté nationale, la foi dans l'œuvre napoléonienne, la religion de Napoléon : n'être ni des blancs ni des rouges, rester des bleus !

Mais où les dire ces choses? On m'a donné, ici ou là, une hospitalité dont je sens d'autant mieux le prix que ceux qui me Pont offerte ne sont point mes amis politiques. Trouvaient-ils sans danger pour d'autres causes l'apologie d'un principe et d'une organisation sociale qui leur semblaient surannés? Respectaient-ils la sincérité de convictions qu'ils ne partagent point ? Pensaient-ils, au fond, que telle est la ressource suprême? Je ne cherche point la cause; je vois le fait, et je les remercie.

Grâce à la liberté qu'ils m'ont laissée le plus souvent, j'ai arrêté la prescription du droit qu'ont nos idées de paraître et d'être entendues ; à chaque nouvel attentat contre l'œuvre napoléonienne, j'ai protesté et j'ai montré la sottise des démolisseurs; j'ai fléiri les traîtres auxquels on dresse des statues ; j'ai arraché parfois un acte de réparation ; j'ai formulé en toute circonstance une doctrine qui risque d'être plus adultérée par ceux qui

AU LECTEUR vu

s'en instituent les courtisans, que par ceux qui s'en sont établis les détracteurs; grâce à eux, j'ai rempli mon devoii^ envers les morts et envers les vivants.

Par là même, je ne puis, à ce volume, donner le même titre qu'aux précédents. Jadis ne serait plus exact. Il y a dans ce Jadis trop de passion et de fièvre d'à présent. Jadis, cela était bon quand je prétendais, moi aussi, m'enfermer dans la tour d'ivoire de mes espérances et de mes rêves. Mais cette tour. Aujourd'hui elle se dresse au milieu de la villeenfeu; à travers les parois trop minces, je vois de tous côtés grandir les flammes; j'entends les gloussements des rhéteurs, les hurlements des populaces; le son lent et triste des cloches d'alarme, le sourd roulement des canons qui s'approchent. Dans runiverselle veulerie, nul qui prenne le commandement et dirige la résistance. Vétéran, je n'ai plus la force qu il faut pour forger une épée et être sûr de mes coups. Du moins aurai-je protesté pour les dieux abolis, porté mon hommage aux autels désertés, opposé le passé glorieux aux hontes du présent, et — ne fût-ce que cela — satisfait ma conscience.

Je laisse ces articles tels qu'ils ont paru, sauf qu'à certains je joins des notes C07iiplémetitai7'es , exposant soit le résultat qu'ils ont obtenu, soit la polémique qu'ils ont suscitée avec les informations nouvelles que j'ai recueillies ou les réponses que je dois à quelques journalistes. On comprendra

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