‹ JalousieChapitre 2 sur 4 · PREMIÈRE ENVELOPPE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ENVELOPPE

« Je n'arrive toujours pas à comprendre où je me trouve. C'est une maison vraiment étrange ; elle est sans murs. Ni bois, ni pierre,

ni fer; elle est faite avec du brouillard et cela est plus solide que si c'était du bois, de la pierre ou du fer. 11 y a longtemps que je cherche à faire un trou dans ce mur. C'est impossible. J'y travaille du pied, de la main de la tête. Rien ne s'écroule. Je n'y vois pas.

Les heures, les mois, les années longues s'écoulaient et je ne voyais toujours rien.

Qui donc a soutenu qu'on ne regardait pas le soleil en face? Si j'habitais le Soleil, je n'aurais pas assez de sa lumière. Je veux les voir se disperser enfin, ces ténèbres qui me tuent.

Il le fallait, puisque je l'aimais.

C'est un roc, cette nuit qui m'emprisonne. Il paraît qu'il ne fait jamais jour par ici. Les misérables! Ils m'ont trompé et me trompent toujours. Je leur demande une encre rouge, pour y voir; celle qu'ils me donnent est noire comme du sans.

J'appelle. On ne vient pas. Personne n'a parlé.

J'ai peur. Que leur i'aut-il? Que je déchire encore mes habits? Ohl non, je suis trop maUn ; on ne m'y reprendra plus. Pourvu que le mur s'écroule un peu. C'est lâche et mou comme de la ouate ; mais on a beau cogner, rien ne bouge.

Ils voudraient me mettre en colère, pour me débiter ensuite leurs tas de contes. Serre, mon bon CarU, mords, mon bon Garli, tes poings dans ta bouche. Puis, nous te lierons gentiment. Si je pouvais arracher ce col qui m'étouffe. Non pas! Ils en auraient trop de plaisir! Je suis très calme. Je voudrais mourir tout de suite. Je n'en puis plus.

Quelle soUtude! Elle ne finit pas. Que j'entende une voix autour de moi; qu'on

parle, fût-ce encore pour des mensonges. Ils me ressasseront les mêmes histoires. Ils verront bien si je ne sais pas ce que je dis cette fois-ci. Je me rappelle comme si c'était hier. J'étais ailleurs, dans notre vieille maison, à Constantinople. J'étais un homme comme les autres. Ils finiront bien par comprendre. Je vais tout coucher par ordre sur le papier. Il est nécessaire qu'ils puissent enfin se rendre un compte exact des événements. Il faut qu'ils jugent, comme je juge, — avec calme. Alors ils me laisseront partir; le mur croulera et je m'en irai par les jardins ensoleillés.

Mais non ! ils ne sauraient me comprendre. Nul d'eux n'a aimé comme moi.

Oh ! ses cheveux d'or, ses cheveux joyeux, ses cheveux innocents, ses cheveux si bons, comme ils brillaient là-bas dans le jardin, la

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première fois que je l'ai vue avec ma sœur! Elles se promenaient côte à côte, Léla près d'Hélène. Laisse-moi baiser encore tes cheveux ; mon cœur tremble à leur souvenir. Le jardin se trouve derrière la maison; Léla, sur les marches, venait comme un soleil. Dites? qui peut la voir sans l'adorer? Dès qu'elle parut, ma vie fut à elle. Si seulement j'avais -pu le lui dire ! Je voulais fuir avec elle, l'emporter, la sentir mienne, l'avoir près de moi à toute minute du jour.

Je la ref?ardais et mon âme criait vers elle : C'est toi la seule ([uo j'aimerai.

La seule! la seule! m'entends-tu bien?

Pourquoi les femmes sont-elles à ce point inconscientes? Nous, c'est du premier coup que nous aimons, comme un éclair qui brûle la peau aA'ant même de la toucher. Elles, il leur faut du temps, encore du temps. Leur

seigneurie est comme les flem^s ; elles veulent s'épanouir avec tranquillité.

Des berceuses et des chansons, des caresses toutes de miel, des mots infiniment doux, que veut-elle, aiin que je le lui donne? Je prendrai soin d'elle comme d'un enfant. Léla, que te faut-il ? Léla, veux-tu que je m'en aille ? Léla, veux-tu que je passe des journées entières à tes pieds, à t'adorer comme une icône ? La femme est un oiseau qui tremble, il ne faut pas l'effaroucher; approchez-vous doucement; parlez-lui très bas^ dites-lui très bas les secrets de l'âme et du monde.

Je ne demande pas qu'elle m'aime, je veux seulement qu'elle se sache aimée.

Gomment faisait-elle donc pour ne point voir la flamme qui brûlait en moi? Ne devinait-elle pas? Non! Elle ne devinait pas plus que les autres; Et la voici maintenant qui

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s'installe dans mon cerveau ; elle est présente, elle me suit ; elle ne fait plus un pas que je ne voie son pas. Tranquille et douce comme rété, avec ses sourires lents, avec ses pieds petits, elle allait <'t venait, la chère Léla. dans la maison. Elle sortait, faisait des visites à Péra avec Hélène, accompagnait partout ma sœur, travaillait, jouait au piano avec elle; elle parlait, plaisantait, comme si elle ne se fût doutée de rien. Faisait-elle semblant même alors? Parfois elle songeait, assise.

J'ai bien noté toutes choses.

A quoi songeait-elle ainsi? Son AÛsage disait la joie, une joie silencieuse et douce; ce n'est assurément pas à moi qu'elle songeait. La paix de ses yeux en eût été troublée. C'était chez elle, alors que moi je souffrais, une nonchalance indifféreute. Elle

semblait une enfant de vingt ans ; on eût dit presque que ma sœur était l'aînée. Léla \ivait heureuse, elle, elle ne souffrait pas, elle riait, et à table^ chaque jour, Hélène vis-à-vis de mon père, moi faisant face à Léla, je la regardais et mon cœur partait comme pour entrer dans son cœur. Oh! quel amour je sentais là pour elle! Cet amour me prenait l'âme et le corps. Non! Elle ne serait jamais à un autre qu'à moi. Celui qui n'aime pas pour toujours n'a pas aimé.

C'est toi la seule, as-tu compris, ma Léla? Comprends-tu bien ce que je dis là?

Se peut-il qu'elle n'ait pas au moins pitié de moi? Oh! je ne veux pas de sa pitié. Il faut qu'elle m'aime. Comme une flamme enveloppante, mon amour monte autour d'elle. 11 faut bien qu'elle en soit brûlée. Qu'elle ait du cœur ou qu'elle n'en ait pas, cet incendie

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doit l'atteindre fatalement ; pareil amonr ne s'est jamais vu sur la terre et il est impossible d'échapper à une étreinte aus^^i l'ulle. Léla ne pouvait donc rester indifférente ni s'en aller toujours dans la maison avec ses lents sourires et, lorsque je la rencontrais, passer tranquille sans presque me voir. La glace ou ce roc qui m'entoure flamberont comme paille, si le cœur y met son étincelle.

J'ai bien noté toutes choses.

Car c'est pour cela, pour cette raison seule, que Léla subitement comprit tout.

Dis-le, ma lumière chérie, redis- le comme tu l'as dit cette nuit-là; dis-le, pour que je l'entende encore! Écoutez bien; c'est son àme qui me parlait. Je descendais l'escalier dans l'obscurité; la petite lampe à demi éteinte pendait au plafond, tremblotante. Voici que la nuit se reforme encore. *Je n'y

jALOUsii-:. n

\oh plus. Si ! je vois Léla tout à coup. Léla qui monte dans sa chambre. Je me trouve tout près, tout à côté d'elle; à demi mort, je murmurai si bas qu'elle dut l'entendre à peine :

— Léla, est-ce toi?

— Oui, dit-elle. Je n'oublierai plus cette voix. Quelque ange vous a-t-il jamais dit mille mots d'un seul mot?« Oui, oui, je sais tout, j'ai tout deviné, n'en demandez pas davantage. »

Elle s'éloigne, son petit pied trébuche, je la retiens. Sa peau me brûle encore.

— Léla, t'es-tu fait mal? Dis, ma Léla?

— Non, non, il est tard.

— Bonne nuit, ma Léla, bonne nuit! Bon sommeil! Dors bien?

— Bonne nuit! répond-elle et la voici qui disparaît.

Il n'y a pas de nuit bonne. Les heures sont

lourdes et les pensées nous roulent comme des flots.

Voudra-t-elle? ne voudra-t-elle pas? Comment le lui dire? Ai-je seulement le droit de parler? Il est bien vrai que sa voix tremblait, mais c'est qu'elle avait eu peur. Voilà tout. Non! elle ne peut pas m'aimer.

Une crainte subite m'étrcint. Là-bas, dans son pays, très loin, à l'Occident, peut-être a-t-elle fait quelque promesse pour son retour? Me cache-t-elle quelque chose? Il est impossible qu'avec sa beauté on ne l'ait pas aimée jusqu'ici. Et c'est par suite de quelque ancien engagement, sans doute, qu'elle affectait une telle indifférence, riant et plaisantant à tout propos; voilà pourquoi elle trouve à peine un mot à nie dire, alors que je suis affolé d'amour. Voilà le secret de ses longues songeries.

J'ai eu bien soin de noter toutes choses.

Mais si cela est vrai, qu'elle le dise franchement. N'ai-je pas raison? Qu'elle me le dise, et, je le jure, elle ne me revoit jamais plus. J'aime mieux gâcher ma vie que sa vie. Je pars à l'instant. Est-ce que je puis?

« Bonne nuit! bonne nuiti »

Le brouillard me monte à la gorge. Ohl l'intenable détresse !

Je suis sauvé. Voici, dans le mur, comme un trou. J'ai vu le ciel. C'est hVbas, dans le jardin. Là-bas, au fond du jardin, il y a des figuiers et des platanes ; il y a aussi une porte de côté qui donne sur la rue, une porte basse, la petite porte maudite. A ce moment, ce fut moi qui entrai. Il y a de l'ombre et de la fraîcheur au fond du jardin. Que de bonté dans la verdure ! Quelle pensée tendre dans l'aube ! Elle point à l'horizon pour donner la joie au

monde. Le inatin, il y a de la lumière infiniment. Le ciel met des habits neufs et c'est fête pour les jardins. Léla, ne te lève pas, reste assise, laisse reposer ta tête d'or sur le liguier dont l'ombre te protège. Les feuilles frissonnent doucement; elles te disent bonjour. Que tu es ])ellel Mon cœur tremble à se rompre. Entends-tu ce cpie murmure ma voix, très bas, Léla, craintivement, plus doucement encore que les feuilles qui te causent ! La nature entière te caresse et ma A'oix te caresse aussi. "

— Léla, de grùce, une question seulement; il ne faut pas qu'elle te surprenne. Léla, disle-moi, je t'en supplie; qu'est-ce que cela te fait de me le dire? Peut-être as-tu laissé chez toi quelque ami, quelqu'un peut-être que tu aimes ?

— Non, lit-elle tranquillement; je n'ai d'ami

nulle part. Et je lui pris la main et je crus que la terre était à moi.

Oh! les petits morceaux! les petits morceaux !

Assez I je ne veux plus de ce souvenir. Je devrais pouvoir toujours me rappeler le jardin dans sa joie splendide. Une paix se fait en moi, lorscpie je me le rappelle. C'est pourtant vrai qu'il y avait alors beaucoup de lumière. Le soleil me laissait boire ses rayons. J'avais soif et je m'en abreuvais. Quels yeux étranges, aux feux diamantés, que les yeux de Léla ! Une tlamnic était cachée tout au fond de sa prunelle ; Léla soulevait la paupière habilement et des étincelles zébraient ma nuit. Elle y mettait un sortilège. Il y avait en elle une magie. Sans cela, où aurait- elle pu

trouver les douces, les charmantes paroles, azurées cl lumineuses, qu'elle savait me dire? Ell(! parlait avec innocence, avec simplicité. Je ne revivrai plus une année pareille.

— Ne te fais point de souci, mon très cher, ne sois pas toujours à te tourmenter. Il est plus raisonnable, il est plus sage de ne rien dire ù, personne. Ne nous pressons point, mon Garli. Je ne suis pas faite pour toi, je le sais; cela ne serait pas possible. CarU, ne dis pas non. Suis-je seulement digne d'être ta femme? Ton père ne voudra jamais. Je rougis à l'idée seule qu'il peut l'apprendre un jour. Oubliestu que je suis une pauvre fille, une étrangère, venue dans votre maison pour tenir compagnie à Hélène. Tais-toi. Va! nous avons le temps. Nous verrons plus tard. Si tu le dis, on nous sépare, et j'ai trop de plaisir à te regarder quand tu me parles. Peut-être est-ce

ma faute aussi de t'avoir écouté ce soir-là, d'avoir dit oui. Que veux-tu? Ah! toi, tu ne peux pas savoir. Gela me paraissait tellement étrange ! Je n'imaginais pas que quelqu'un pût m'aimer. Je ne pouvais pas croire que ce serait jamais toi. Toi! j'y songeais pendant des heures. Puis, faut-il te l'avouer? sans le vouloir, cela me faisait plaisir : je riais en y songeant. Il me semblait que la vie se révélait à moi. Non, CarH, ne le disons encore à personne. Comme c'est bon d'avoir un secret et de le garder à soi, tout seul! Sois tranquille, ami très cher, tu n'as rien à te reprocher; ce que j'ai fait, je l'ai fait de mon plein gré. Te savoir tourmenté, te laisser souffrir, cela, c'était au-dessus de mes forces. Ce que j'ai fait, je l'ai voulu. Personne n'a rien à me dire. Cela ne regarde que moi. Prends tout ce que j'ai, je te le donne. Non, je ne regrotte

2i JALOLSIIL. •

rien; je n'en ai point de repentir. Je n'en ai point de remords, puisque c'est pour toi. Peut-rtrc à tes yeux tout ceci nVst-il qu'un jeu. Que m'importe? Tu as maintenant un joujou entre les mains, mon Carli ; il est à toi, ton petit joujou.

Je n'en puis plus. Je veux me jeter face contre terre ; je veux fermer les yeux. De la sorte, je ne verrai plus que Léla, je n'entendrai plus (jue Léla. Ses paroles retentiront en moi, une à une. Elles vibrent en moi comme un métal.

« Je n'ai d'ami nulle part. » Oui, cela est possible. Cela veut dire qu'elle n'avait aimé ou n'aimait persoujie, là-bas, dans son pays. Mais cela veut- il dire que personne ne l'eût jamais aimée ou ne l'aimât peut-être encore?

Quoi donc! Personne ne lui aurait jamais dit deux mots tendres? X'a-l-ellc plu à personne? Cela se peut-il Lien? Elle a grandi dans une pareille ville et il ne se serait pas trouvé quelqu'un pour lui tourner un compliment, pour la regarder dans les yeux, pour lui faire un bout de cour? Cela ne se peut pas. Elle, qu'elle n'ait pas aimé, c'est possible; qu'elle n'ait pas été aimée, c'est une tout autre question. Pourquoi alors ne me le ditelle pas? Puisqu'elle me cache des choses qui, j'en conviens, sont insignifiantes, elle pourra m'en cacher quehpie jour de plus graves. Elle-même l'a dit : elle aime les secrets. « C'est une bonne chose que d'avoir un secret et de le garder à soi, toute seule ! » Peut-être dès à présent me cache-t-elle quelque chose.

Je le sens, je le sais.; il y a, il doit y avoir

un luysLùru quoju ne puis pas pûiiétreret {|uo j(3 devine. J'ai eu bien soin de noter toutes choses.

Ce qui est certain, c'est que je l'aime. Voilà le fait. Je l'aime. Cela, c'est sûr. Il n'y a de sûr que cola. Prenez une heure de ma vie, n'importe laquelle, coupez-hi, déchirez-la en mille morceaux, en petits morceaux, en morceaux plus petits encore, vous n'y trouverez pas une miette de temps où sa pensée ne loge. Car elle est entrée dans mon sommeil. Elle s'est répandue sur ma vie, et comme une eau y pénètre de toutes parts. Dès qu'elle est loin, dès que je ne la vois plus de mes yeux, dès qu'elle me quitte, dès qu'elle sort, mon âme sort et court après elle; une angoisse m'étreint jusqu'à son retour. Que fait-elle? Pense-t-cUe à moi? Je respire à peine. Et du soir au matin, c'est la même chose toujours.

JALOUSIK. 27

Moi qui l'aime, est-ce (|iio je fais comme elle? Puis-je rire et plaisanter et m'en aller ainsi à tonte heure? Puis-jo seulement trouver la force de m'occuper à (juoi que ce soit? Il m'est impossible de prendre même un livre et de lire. Un trou dans le mur, et la voir. C'est tout ce que je veux.

Moi, je l'aime, cela, c'est sur. 11 n'y a de sûr que cela. Mais il est sûr, il est plus sur encore, non seulement qu'elle ne m'aime pas comme je l'aime, mais qu'elle ne sent même pas, qu'elle n'a jamais compris tout mon amour. Rappelez-vous ces paroles que je n'oublie plus : « Ne te fais point de souci. Sois tranquille. Ne nous pressons pas. Ne sois pas toujours à te tourmenter. » Puis-je donc ne pas me tourmenter? Tu veux l'amour calme, et tu parles d'aimer! Oui! sans doute, toi, tu es calme et raisonnable et sage. Pen-

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(lant les heures longues, je t'attends seul, tout seul à la maison; tu rentres, et lorsque je puis enfin te voir une seconde, tu ne t'aperçois même pas de ma détresse.

Je sais bien pourquoi tu m'as aimé. Tu m'as aimé pour ne pas me laisser souffrir. C'est de la pitié que tu as eue, ce n'est point de l'amour. Il me faut ton cœur, à moi. Tu arrives toute joyeuse, pleine de sourires et ta tendresse ne m'a jamais dit : « Carli, mon bon Carli, ne pleure pas; tu me fais mal. » Tu ne souffres pas avec moi, tu ne sais même pas ce que c'est que l'amour, et c'est pourquoi cette pensée étrange a pu germer dans ta tête, que tout ceci n'était pour moi qu'un jeu!

Ne jouons pas avec les poupées, s'il vous plaît. Ça lient casser.

« Ne nous pressons pas, dit-elle, atten-

dons! » Et pourquoi le monde entier ne saurait-il pas qu'elle m'appartient ? 11 faudra donc nous cacher toujours et fuir le soleil? Ce serait absurde. Qui cela regarde- til au bout du compte? Ne suis-je pas maître de mes actions? N'ai-je pas mes trente-cinq ans sonnés? Léla, qu'est-ce qui t'arrête? Tout nous appelle au grand jour. Sois ma femme ; la terre entière n'en serait-elle pas en joie? Quel homme ne i»artagerait alors la joie universelle? Quelqu'un s'en blesserait-il donc? Pourquoi ne le dire à personne? Est-ce une vie que la vie que je mène? Être fou d'amour, te vouloir, te désirer à toute heure, courir après tes yeux et ta voix, t'adorer des pieds à la lête et ne t'avoir jamais près de moi! Tu ne veux donc pas que je t'aime? 11 doit y avoir au fond quelque raison cachée.

Ce désort m'affole de terreur. C'en est

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