‹ James EnsorChapitre 11 sur 62 · À DAME · texte numérisé non relu

À DAME

Musée Roy

Anvers.

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1 des Beau

nerveuse sensibilité éprouvait le besoin, on peut conclure que rarement artiste fut moins favorisé par son milieu.

Mais si tout cela fut de nature à contrarier l'épanouissement de sa première manière et à en raréfier en partie la production, il faut admettre cependant qu'il y doit en grande partie l’altération psychologique, le changement de caractère, l’évolution artistique qui s’opérèrent en lui vers cette époque.

Comme une cendre dans un foyer, la vie laisse dans l'âme les traces des passions qui l'ont agitée. Ces passions qui l'ont un jour éclairée de leurs flammes, que ce fût la haine ou l'amour, à certaines heures se rallument et l’enflamment à nouveau de leur souffle ardent et inspirateur. Elles deviennent ainsi des raisons d’agir et, comme l’action d’un artiste véritable c'est son œuvre, on les retrouve, dans cette œuvre, comme mobiles et sources créatrices. Or, il est bien certain que plus l’œuvre d’art a participé de l'émotion et de la vie de son auteur, plus, à son tour, elle aura le don d’émotionner et la vertu d’être vivante.

Il en est peu qui, à ce point de vue, puissent rivaliser avec Ensor. A mesure qu'il eut à souffrir des hommes, les hommes à ses yeux changèrent d’aspect et, du jour où ils apparurent laids ou grotesques, un nouveau champ d’observation s’ouvrit devant lui. Son scepticisme, ses colères, son ironie drôle ou méchante lui fourniront, vivants, pantelants, ou comiques, les sujets de ses planches humoristiques.

D'autre part, quelques événements favorables vont aider à secouer l’engourdissement qui le gagnait. Du coup il se ressaisira, car si le soldat, isolé et dans l’inaction, perd une partie de sa valeur, aussitôt parmi ses frères d'armes et à l'odeur de la poudre, il retrouve son courage et son ardeur au combat.

Ensor devait infailliblement bénéficier de la modification profonde qui s’opérait dans l'esprit du pays.

RS en RES

Un peu partout, pour des raisons mystérieuses, on voyait se lever des promesses de moissons inattendues. De jeunes artistes aux aspirations communes se groupaient. Les peintres s’alliaient aux écrivains. Double profit pour les premiers qui y trouvèrent l’occasion

Insectes singuliers (1888).

Pointe sèche.

de développer leur intellectualité généralement assez indigente.

Ce n’était cependant pas le cas d'Ensor. Il lisait beaucoup, avait même ses auteurs préférés : Balzac, Rabelais, Poë, Cervantès. Aussi son art devait-il trancher, par une sorte d'intelligence, par sa recherche de raffinements, sur la plastique exclusivement matérielle des peintres d'alors.

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