‹ James EnsorChapitre 12 sur 62 · LE PR ESS ERA SR RER RE RES RE SEE PAR TERRE ES · texte numérisé non relu

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Donc les artistes avaient pressenti les avantages d’un rapproche-

ment confraternel et qu'il était opportun d’unir leurs efforts pour impo-

ser, à la faveur de cet ébranlement général de l'esprit belge, le triomphe

de leurs idées et de leurs tendances.

Sur le mouvement littéraire déjà en pleines conquêtes, vint se

greffer celui des peintres et des sculpteurs.

Ce que fut cette époque, Verhaeren nous le dit en ces termes :

« Un miracle se fit tout à coup. Le pays, habitué à ne produire que des peintres, suscita des sculpteurs et parmi eux un génie : Meunier. Bien plus : la Belgique hostile aux lettres et vouée depuis longtemps à la littérature des parlementaires et des journalistes, se para d’une floraison de poètes. |

» Les coutumes furent à tel point bousculées, les réputations assises à tel point secouées sur leurs sièges, qu’il y eut comme un tremblement des cerveaux. On n'osait y croire ; on n'y croyait pas. Notre sol qui se couvrait du seigle annuel des lucratives affaires et du froment régulier des prospères négoces, ne pouvait tout à coup se modifier assez profondément pour nourrir de sève et exalter vers la lumière des odes belles comme des chênes et des idylles fragiles et jolies comme des arbustes. L’extraordinaire fut taxé d’impossible et des « bouches autorisées » déclarèrent qu'en tout cas le prodige n'aurait pas de suites.

» Il en eut d’admirables.

» Malgré les oppositions soit franches, soit sournoises, malgré les mille cris des feuilletonistes inquiétés dans leurs goûts et leurs habitudes, malgré la compacte et massive inertie et la bêtise au front non pas de taureau mais de bœuf, les nouveaux écrivains s’affirmèrent, d'année en année, plus clairs, plus hauts, plus purs. Si bien qu’aujourd’hui ils sont tout et leurs détracteurs d’antan rien. L'opinion a été retournée comme un vêtement dont on secoue les poussières,

dont on vide les poches des vieux préjugés qu'elles recélaient, dont

on brosse le drap depuis le col jusques aux pans et qu'on désinfecte » enfin en tous ses plis. Aujourd’hui les générations littéraires se

succèdent les unes aux autres, comme les générations des peintres ;

l’art d'écrire est acclimaté parmi nous; la presse est passée aux

» mains des écrivains, la foule se fait attentive et le pouvoir récompense

et s'émeut. C’est une victoire qu’on ne conteste plus.

» Or, ces prosateurs et ces poètes de la vie dans la phrase se virent « attaqués en même temps que les peintres de la vie dans la lumière. » Leurs ennemis se liguaient entre :eux ; ils se liguèrent entre eux » contre leurs ennemis. Cela se fit avec entrain et naturel parce que la » nécessité souveraine nouaïît elle-même les liens d'entente. Le consen-

tement fut tacite et rapide.

» Les peintres novateurs s'étaient d’abord cantonnés à l’Essor, » société d'art, où se mêlaient des talents avancés et rétrogrades. Une » scission eut lieu. Elle était fatale. Les plus hardis s'en allèrent, » laissant végéter le cercle où s’éteignaient, une à une, toutes les » flammes des forces et des ardeurs.

» Les XX furent créés. James Ensor en était naturellement. »

I1 devait même y jouer-un rôle prépondérant.

Après les refus et autres déconvenues déjà nombreuses, les XX allaient lui être d’un grand réconfort. Enfin il trouvait un champ de bataille à sa convenance; ses toiles, si elles n'étaient appréciées, seraient du moins vues et critiquées. Tout était préférable au silence et à l'enfouissement, lesquels, joints à la solitude déprimante d’une petite ville, finissent par avoir raison des plus forts.

Les XX, c'était se mesurer avec les autres peintres, c'était l’occasion de raviver sa combativité; c'était bien s’exposer à l’animosité

malveillante d'une presse médiocre, mais c'était aussi la compensation

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des admirations chaque année plus nombreuses de ceux qui, à ses yeux, représentaient le cerveau et le cœur du pays.

La première exposition eut lieu en 1883.

Les débuts des XX et ceux d'Ensor se mêlent donc intimement. Ils furent pour lui une sorte de tribune où régulièrement il venait proclamer quelque théorie nouvelle.

Encore cette tribune faillit-elle plusieurs fois lui être enlevée.

Au sein même de ce cercle se monta, peu-à-peu, contre lui, une

opposition qui s’accentua à mesure que grandirent ses audaces. L'année où il envoya le Foudroiement des Anges rebelles et l'Entrée du Christ à Bruxelles, ce fut une cabale. On exigea son expulsion. On lui reprochait d'attirer sur les XX les foudres officielles et il fallut l'intervention du directeur des Beaux-Arts d'alors pour calmer, disait-on, les colères ministérielles qui allaient les expulser des locaux où se tenaient leurs expositions. Il ne dut qu’à ses plus fidèles — dont Toorop — et à sa propre voix de rester membre du cercle. Car on vota et sa voix le sauva.

Ce ne fut que partie remise. L’an d’après, devant le refus cette fois irrévocable d’une de ses toiles, il en fut réduit à retirer tout son envoi.

Pourtant ce ne fut qu'à la dispersion du Cercle, mué en Libre Esthétique, qu'on eut raison de lui; on se débarrassa enfin et définitivement de ce frère d'armes dont l’intransigeance belliqueuse constituait une menace d’anéantissement collectif.

Aussi bien, ses grandes batailles, il les a livrées. L'essentiel est acquis.

On peut dire que l’histoire d’Ensor est une partie de l’histoire des XX. Elle en est probablement la plus féconde en leçons, car si de nouvelles théories sont venues se superposer aux théories de Seurat, les recherches d’Ensor sont encore de celles qui nous préoccupent

aujourd'hui.

Bien qu'il ait crû avoir à se plaindre de la prédominance qu'on y

accorda plus tard aux néo-impressionnistes, sans les XX, Ensor eût

rencontré plus de difficultés encore à remplir sa mission de précurseur,

Petite poupée (1888).

voire même à montrer ses œuvres puisque les refus officiels s’acharnaient à les repousser dé toutes les expositions.

C'est aux XX qu'il proposa, pour la première fois, ses diverses façons de peindre et, par la rénovation de son art vers la clarté et la couleur franche, répondit d'avance et victorieusement aux théories de Seurat.

C'est là qu'il exposa l’Aprèsmidi à Ostende, le Salon Bourgeois, Musique russe, où l'intérêt principal se concentre sur un problème de lumière,où, selon ses propres paroles, « la lumière et l'atmosphère mangent la forme». Pour se conformer au phénomène visuel qu'il a découvert, «il substitua», dit Verhaeren, «l'étude » de la forme épandue de la lumière » à celle de la forme emprisonnée des » objets, tout étant sacrifié au ton

» solaire, surtout le dessin photographique et banal ».

Que l’on considère combien, à ce moment, notre peinture était

lourde et matérielle, et l’on comprendra ce qu'une telle vérité apportait

d’efficace nouveauté.

C'est encore aux XX qu'il nous montra ces toiles, ces natures-

Bruxelles.

Photo P. Becker,

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