L'ŒUVRE
On a l'air d'un pédagogue qui cherche à découvrir, sous la lampe, ce qui fait le sortilège de quatre vers aériens d’un poëte de la Perse. On dit : les choses sont ainsi; il y a la une allée, des orangers et des cypres ; il y a la un jet d’eau, une vasque de marbre, une éloile de selliges. Mais quand on a dit tout cela et situé exactement chaque objet, l’oranger n'a plus de parfum, le cyprès ne s'incline plus avec sa grâce adolescente, les oiseaux se sont tus, les mille étoiles du jasmin ont disparu dans le feuillage. Les grandes portes paradisiaques ont refermé avec effroi leurs vantaux d'or et de carmin sur les chambres de silence et d'ombre, qui font penser à des auberges où ne descendraient que des rêves.
Pre CREER AIOED) Le palais de Ba-Ahmed.
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Il n'est plus raisonnable de penser que l’École Belge de peinture constitue un tout entièrement autochtone, spontané, sans dette extérieure.
De tout temps nous avons en partie vécu d'emprunts faits à l'étranger. Ils sont venus accroître notre richesse naturelle'(1).
Comment en eùt-il pu être autrement ? Ne sommes-nous pas, au centre de l'Europe, comme un creuset où viennent se fondre et s’amalgamer les différentes conceptions des écoles étrangères ?
Ces influences sont comme des alluvions que le temps apporte au fonds patrial. Notre nature, après y avoir puisé de nouveaux trésors,
les résorbe et les fait siennes.
(x) Il n’y a rien de commun entre ces infiltrations qui sont favorables et fécondantes, et la domination, la mainmise de l’étranger, sur notre art, telles que nous les voyons sévir depuis quelque temps. Le règne de la contrefaçon qui opprimait nos lettres et provoqua la levée de boucliers de la Yeune Belgique aux environs de 1880, s'est emparé de notre école de peinture, précisément au moment où nos écrivains venaient de secouer le joug étranger.
Les XX y contribuèrent grandement. Si nous leur devons en partie notre initiation en ce qui concerne l’art étranger et contemporain, par contre ils auront eu une influence inattendue et regrettable sur nombre de nos peintres. A la faveur de la technique nouvelle des Néo-Impressionnistes, l'habitude s’empara d’eux d’aller demander à leurs jeunes confrères français le rafraîchissement de leur vision. Ce fut même un des grands titres de James Ensor d’avoir triomphalement résisté à cette funeste tentation et d’avoir ainsi montré par son exemple, aux nôtres, quelle doit être la voie à suivre, si l’on veut sauvegarder son originalité.
Malheureusement il ne fut pas suivi et, depuis lors, c’est devenu comme une sorte de dogme qu’il faut s’embrigader dans l’une ou l’autre théorie nouvelle venue de France. Ce qui ne se faisait que dans le monde des modes et de la couture se fait aujourd’hui chez les artistes: ils vont annuellement à Paris, chercher les modèles des dernières nouveautés. Ils remplacent une personnalité toujours difficile à atteindre, par un asservissement aux maîtres qui ont la faveur du jour.
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Ce phénomène d'assimilation est constant, et il a pu se perpétuer sans nous faire perdre nos qualités instinctives, nos aspirations de race.
Les peintres ont conservé des points de contact communs qui, sans empiéter sur leur personnalité, forment, dans leur ensemble, les éléments constitutifs de notre école.
Au point de vue du coloris, la somptuosité et l'éclat l’'emportent sur la finesse et la recherche ; le dessin rarement sacrifie au style ou à la grandeur; la nature est sa première loi. Quant à la composition, la vérité des scènes plutôt que l'imagination sera l'argument de l'œuvre. De là cette prédominance de l'intimité sur la noblesse et le lyrisme décoratif.
Il est rare que les nôtres s'écartent de ces caractéristiques. S'il s'en présente dont la vision est différente, c'est qu'il s'agit d'un cas d'exception dont il faut rechercher la raison ailleurs que dans une fantaisie ou un goût personnel.
Les grands artistes qui peuvent se classer dans la tradition sont comme des rois qui ont hérité leur couronne et ne font qu’ajouter à la gloire de leurs devanciers la splendeur de leur propre règne. Les artistes d'exception sont des aventuriers de génie, des conquérants qui créent leur empire et dont aucun héritier ne saurait recueillir l'intégrité. Tout au plus quelques successeurs en pourront-ils se partager des lambeaux.
L'originalité la plus fortement accentuée ne suffit point à conférer ce caractère d'exception. D'ailleurs elle est pour tout créateur, quel qu'il soit, une condition primordiale ; le plus traditionnel ne saurait s'en passer sous peine de ne pas compter. Si nous ne percevons plus aussi nettement ce qui différencie les maîtres d’une même tradition, soyons assurés que c'est nous qui sommes en défaut. Nos peintres du xvir"e siècle, bien que tous directement dérivés de la Renaissance Italienne et constituant une famille à part entre eux, sont bien différents l'un de
l’autre. De même, nous nous étonnons moins peut-être qu'il ne faudrait,