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Gardons-nous des théories qui simplifient à l'excès l'explication de cet événement extraordinairement mystérieux : l’éclosion d'une personnalité, la genèse d’un artiste.
Que de fois j'ai entendu expliquer James Ensor en quelques mots ; les uns disaient : 1/ doit tout à la mer : les autres : 1/ doit tout aux coquillages. C'est bien sommaire, pour ne pas dire puéril, quand il s’agit d’un artiste aussi complexe, aussi divers. D'ailleurs il a pris soin lui-même de nous dire ce qu'il doit à ces deux éléments et il est remarquable combien peu il y insiste. Chose curieuse, c'est plutôt moralement que la mer l'impressionne.
« À Ostende, écrit-il, dans la boutique de mes parents, j'avais vu » les lignes ondulées, les formes serpentines, des beaux coquillages, les » feux irisés des nacres, les tons riches des fines chinoiseries et, surtout, » la mer voisine,immense et constante m'impressionnait profondément.
» Mer pure, inspiratrice d'énergie et de constance, buveuse » inassouvie de soleils sanglants. Oui, je dois beaucoup à la mer ! Oui, » J'aimerais la vider, comme je viderai ce verre où l'or étincelle ».
Ensor qui écrit d’une manière savoureuse et qui a le don de s'expliquer clairement en peu de mots, nous fait le compte, en ces quelques lignes, de ses dettes envers les choses de la mer et envers la mer.
Il est certain que les brumes, les brouillards, la lumière souvent irisée et l’atmosphère compacte de la mer l'ont puissamment incité à observer que «la lumière et l'atmosphère mangent la forme. C’est » pourquoi il substitua bientôt l'étude de la forme épandue de la » lumière à celle de la forme emprisonnée des objets où tout est sacrifié » au ton solaire, surtout au dessin photographique et banal ».
Ce sera sa première et grande découverte ; elle constituera l'intérêt essentiel et l'originalité de sa première vision. Elle l'occupera jusqu'au
moment où il observera, « dans la boutique de ses parents, les formes
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» serpentines des beaux coquillages, les feux irisés des nacres, les tons » riches des fines chinoiseries ».
Ces mots définissent précieusement le métier, la technique de sa seconde manière. Les touches «tremblées, tâtillonnantes, serpentines » de ses eaux-fortes en sont comme une réplique.
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La prise d’une ville étrange (1888).
Eau-forte.
Quant aux « feux irisés des nacres, les tons riches des fines chinoiseries », ils constituent la coloristique même des natures-mortes et des paysages qui vont naître de sa vision ainsi renouvelée.
Ce n’est pas tout.
Le caractère fugitif des ciels marins, leurs nuages capricieux,
l'ondulation perpétuelle des vagues l'ont fort probablement, — par
Bruxelles.
Photo P. Becker,
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