‹ James EnsorChapitre 32 sur 62 · HON · texte numérisé non relu

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F'ai essayé, dans un décor suggestif de traduire mon rêve sans aucun recours a des moyens littéraires, avec toute la simplicité possible de métier.

Gauguin.

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S'il n’est pas possible, comme on l'a constaté, de classer les diverses manières de James Ensor selon un ordre chronologique, les toiles se groupent néanmoins d'elles-mêmes par le seul effet de leurs tendances.

C'est ainsi que le Zampiste, entre autres, la Coloriste, la Dame au châle, le Flacon bleu, le Chou (1880) et à leur suite les natures-mortes conçues selon sa première vision, c'est-à-dire plus voisine de la conception réaliste en faveur vers 1880, constituent bien le premier stade de son évolution.

Par quelques points encore ces toiles se rattachent au système pictural du temps. Ce n’est plus la manière des Agneessens et des Dubois — car il y avait une façon de peindre à laquelle se conformaient la plupart des artistes — mais si son métier d'alors est plus libre, plus en audace, plus en inspiration, plus instinctif, la virtuosité et l'habileté en font encore le principal attrait.

Le dessin, plus hardi que d'usage, plus accentué, plus en caractère, n’est cependant pas influencé par les essais qu'Ensor va bientôt tenter.

Si la couleur, sobre, en tons justes et vrais plutôt qu'en éclat et richesse, s'écarte davantage de la vision générale, elle ne s'est point encore éclaircie, purifiée, affranchie des mélanges et du ton composé.

Somme toute nous retrouvons dans ces œuvres les caractères essentiels de l'école réaliste. Elles n'en diffèrent que par plus de fraîcheur de coloris, plus de recherche des valeurs exactes et une sorte

d'avertissement vague des problèmes qui vont passionner l'artiste.

On comprend donc que le Lampiste ait trouvé grâce devant l'hostilité officielle et qu'il soit entré au musée de Bruxelles; mais qu'on n'oublie point qu'il date de 1880 et que l'acquisition se fit en 1896, soit donc avec un retard de plus de quinze ans.

C'était une bien tardive et d'ailleurs boîteuse reconnaissance ; pendant près de trente années, Ensor n'allait être proposé aux suffrages du public que par une œuvre qui — bien que fort belle et magistralement peinte — reste tout de même une des moins représentatives de sa personnalité.

Tant il est vrai que les änes savants — pour les appeler comme Ensor — se trompent, même lorsqu'ils font amende honorable. Au moment où ils prenaient le Lampiste, ils avaient le choix entre cette toile et la Mangeuse d'huïtres, le Salon Bourgeois, l’Après-midi à Ostende, les Enfants à la toilette, qui sont autrement caractéristiques de l'originalité, des recherches et des droits de priorité de James Ensor.

Telles quelles, néanmoins, les œuvres que nous classons dans sa première manière constituaient, à l'époque où elles furent montrées pour la première fois, un réel bouleversement de l'idéal des peintres.

Pour le métier, c'était la révolte ouverte contre les règles en usage. Ce n'était pas cependant l'anarchie ou le laisser-aller des mauvais ouvriers. Chaque touche, qu'elle soit appliquée à la brosse ou au couteau, répond à une intention ; plutôt que de suivre le dessin linéaire et limitatif, elle vise à rendre la matière et le volume.

Tout aussi neuve et imprévue, la perception des couleurs. Elle se fait selon leur vérité visuelle et non plus selon la formule qui baignait pour ainsi dire d’une ombre fluide, colorée mais fausse — ce qu'on appelait alors le fondu — le contour des objets, cela afin d’amortir celui-ci sans le déformer.

+ Dès ses premières œuvres, Ensor se refuse à ce truchement. Il scrute les demi-tons; il veut que son œil en découvre la couleur réelle.

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