LA RAIE
Burthoul, Bruxelles.
Coll.
auquel on est censé confronter l'image; qu’il demande à la stylisation de compléter leurs lacunes et de rendre l’idée qu'on se fait des choses plutôt que leur vérité locale, sa conception du rôle de la lumière reste identique. C'est elle qui fera vivre d'une vie analogue à la réalité, les chaumières, l’église rustique et les oyats fouettés par la brise marine de la Grande vue de Mariakerke, ce paysage typique et synthétique de notre littotal
Aux Masques scandalisés près, où le problème lumineux s’attache plutôt à rendre le tragique de l’éclairement de la scène, les tableaux de cette catégorie sont tous tenus
dans une même valeur
de tons, élevée, pres-
Croquis.
que aiguë.
Il en tire des effets inconnus, qui nous étonnent et nous inquiètent, comme dans les Masques devant la mort. Icile fond pèse sur cette scène lugubrement drôle, tragiquement comique, comme un ciel de néant, comme une atmosphère irrespirable à des poumons vivants.
Ce ne sont d'ailleurs pas là les uniques raisons de l'inquiétude morale, de la gêne que ces Masques provoquent en nous. Leur caractère psychologique, le mystère de laideur, de méchanceté, de veulerie et de bassesse humaines qu'ils ont manifestement l'air de dissimuler
sous des traits qu’ils voudraient grotesques, — accentuent, appro-
fondissent et portent au paroxysme, le malaise qu'on éprouve à leur vue.
Carilest bien certain qu'il est tout-à-fait insuffisant de ne voir, dans ces scènes, que de simples reproductions d'accessoires de Carnaval.
Même des œuvres comme l'Entrée du Christ à Bruxelles, où l'artiste pousse au paroxysme et jusqu’au paradoxe la virginité de la couleur et la primarité du dessin, méritent mieux qu'une curiosité amusée. Ce n'est pas sans raison qu'il s'est servi de ces tons d'Epinal et de cette stylisation naïve. Peut-être s'est-il trompé; peut-être une expression aussi sommaire, un art aussi intellectualisé sortent-ils du domaine de la Beauté! Le moins qu'on en puisse dire, c’est qu'on y trouve une anticipation des tentatives, moins heureuses bien que plus théoriquement appliquées, du cubisme et de quelques-uns de ses dérivés.
Toute l'œuvre de James Ensor, considérée dans son ensemble et sans tenir un compte trop rigoureux des dates qui s'entremêlent dans une décevante contradiction, n'est en somme qu'une évolution cahotée, perpétuellement inquiète, conduite exclusivement par l'instinct, qui va du dessin d'après nature vers la stylisation, de la vérité des couleurs vers l'immatérialisation du métier et le lyrisme, de l'observation directe
vers la composition, le rêve et l’abstraction.
EN, |! ÿà AN À HEURES