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LE MILIEU — LA VIE

Les syndics refusèrent « La Ronde de Nuit» ; ils ne pouvaient admettre la façon peu sérieuse dont Rembrandt les avait représentés dans ce portrait collectif.

La Vie de Rembrandt.

Photo P. Becker, Bruxelles

PorTRAIT DE L'ARTISTE EN 1879.

« Souvent, des vagues venant du côté de l'Angleterre s'engouffrent nombreuses et larges dans le port d'Ostende. Et les idées et les coutumes suivent ce mouvement marin.

» La ville est mi-anglaise : enseignes de magasins ét de bars, proues hautaines des chalutiers, casquettes d'agents et d'employés y font briller au soleil, en lettres d’or, des syllabes britanniques; la langue y fourmille de mots anglo-saxons ; les gens des quais y comprennent le patois de Douvres et de Folkestone; des familles londoniennes s’y sont établies jadis, y ont fait souche et marié leurs filles et leurs fils non pas entre eux mais aux fils et aux filles de la West-Flandre. Le service quotidien des malles voyageuses resserre tous ces liens divers, comme autant de cordes tordues en un seul câble, si bien qu'on peut comparer la grande île à quelqu'énorme vaisseau maintenu en pleine mer, grâce à des ancres solides dont l’une serait fixée dans le sol même de notre côte...

» Encore que l'influence anglaise agisse avant toute autre sur elle, c'est toute l'Europe et l'Amérique qui transforment pendant l'été, quand la saison balnéaire s'inaugure, Ostende. Les jeux et les fêtes l’exaltent tout-à-coup. Les femmes du quartier Marbeuf envahissent sa digue. Le monde qui l'hiver se groupe à Monte-Carlo, à Menton,

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» à Biarritz, s'y concentre. Des nuits de lourde et chaude volupté s'y » passent à la lueur de flambeaux. La chair s’y mire et s’y pavane aux » miroirs de cabarets fastueux. Et la folie des villes frémissantes et » trépidantes brûle, soudain, ce coin de Flandre calme et foncièrement » sain et propage sa fièvre nocturne et flamboyante tout au long » de la mer.»

C’est dans la ville ainsi décrite par Emile Verhaeren, que naquit, la vendredi 13 avril 1860, James Ensor. C’est là, dans ce milieu spécial qu'il va vivre et travailler. C’est aux lois de ce milieu comme à celles de la race que va naturellement se conformer son art.

Son père (1) est Anglais et il est fort probable que, tout en s’acclimatant aux mœurs belges, il n’aura pas abdiqué, dans cette cité cosmopolite où il est venu se fixer, l'esprit et le caractère de son pays

d'origine. En tout autre endroit de la Belgique il eut reçu, d’une

manière plus profonde, l'empreinte de notre race. Aux prises, à chaque instant du jour, avec la langue, les habitudes, la façon de penser, les usages, tout cé qui différencie un peuple d'un autre peuple, l’immigré peut conserver‘plus ou moins intact, au fond de soi, l'essentiel de sa psychologie originaire, mais il est rare que ce patrimoine, à part les grandes lignes de l’hérédité, se transmette à sa descendance.

Il en va autrement quand il s’agit d'une ville comme Ostende. Durant trois mois de l’année, elle est livrée aux étrangers et se fait presque un devoir de se conformer à leurs goûts et à leurs aspirations.

De plus, elle a un port par où elle communique constamment avec le reste du monde; sa population est en partie composée de pêcheurs et de marins, de commerçants et d'agents d’affaires maritimes, c'est-à-dire d’une population qui, de ses rapports internationaux, garde plus d'une empreinte et y perd plus d’un trait du caractère local. Ce sont là de

(x) Le père de l'artiste était James-Frederic Ensor, né le 27 octobre 1835. Sa mère Marie Haegheman, était née, à Ostende, le 24 Avril 1835.

Photo P. Becker, Bruxelles.

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