PAUVRE H
» presque enfant, confiait ses premiers essais, s'enthousiasma et » vivement s'intéressa à ses débuts ».
On le voit, tout ce qui pouvait sauvegarder sa personnalité, comme tout ce qui pouvait le pousser à la persévérance dans son art, lui fut acquis, sinon par sympathie perspicace ou encouragement éclairé, du moins par le hasard des circonstances.
Trois ou quatre ans s'écoulent ainsi, pendant lesquels, passant insensiblement
des jeux d'enfant qui
le lassent, au travail
2 ais Le © NT D 6 ra merorer TRE) ae
consciemment sa vo- ET n. TAC
cation. un #
qui l’amuse, il fixe in-
En 1877 — il avait : Len < donc 17 ans — ilentre 2 à l’Académie des dt La Beaux-Arts de Brux- L'enfant dormant (1886).
à : Croquis au crayon.
elles, dont il suivra
les cours jusqu’en 1880. «Il y eut pour compagnons, nous dit Verhaeren, Fernand Khnopff, Charlet et Duyck, et, pour maîtres : Portaels, Stallaert, Robert et Van Severdonck ».
Sauf Portaels qui, au témoignage de ses anciens élèves, était compréhensif et peu dogmatique, ces noms nous disent assez l’étonnement d’abord, puis la répulsion et l’idée de révolte que leur enseignement,
naturellement conforme à l'idée qu'ils se faisaient de la bonne peinture, dut inspirer à l'individualité intacte et déjà trempée de James Ensor.
Même les élèves dont la spontanéité a été émoussée ou déformée au long des insipides leçons des classes préparatoires, se ressaisissent à la faveur du travail d'après nature et — s'ils ont quelque velléité de vision indépendante en eux — réveillent leur personnalité endormie. Seuls les êtres conformes et mous — que le modèle soit de plâtre ou vivant, qu'on peigne ou qu'on dessine — continuent à fravailler tristement d’après les leçons, les théories et les indications de leurs professeurs. Ils ne songent pas à secouer le joug qui les lie l’un à l’autre. Jamais ils ne s'ébrouent ; jamais ils ne se rebellent contre la tyrannie et la discipline esthétique de l’école. Ils sortiront de là, comme d’un moule, uniformes, conformes et parfaits d'impersonnalité.
On devine que James Ensor, accoutumé à plus d'indépendance, à ne voir son travail contrôlé que par sa propre critique, ait dû se rebiffer presque aussitôt. Ses maîtres ne voyaient dans la nature que ce qu'il n'y voulait plus voir, ne sentaient que ce qui ne pouvait plus l'émouvoir, ne concevaient l’œuvre que selon des méthodes et des principes usés.
N'ayant point été envoûté par ce traditionnalisme faux, que les jeunes peintres puisent, malgré eux, dans la fréquentation des musées et des expositions, alors que leur manque de métier et de réflexion les empêche de réagir, on devine qu'il ait pu, n'étant encore qu'élève de l'Académie, peindre telles toiles, entre autres : Oreste tourmenté par les Furies et Judas lançant l'argent dans la Temple, et dessiner la page drôlatique : Mort mystique d'un théologien (1), qu'il aurait pu signer dix ans plus tard, en pleine possession de soi.
(1) Ce dessin d’abord intitulé : Moines exaltés réclamant le corps du théologien Sus-Ouis malgré l'opposition de l'évêque Frison ou Friston, fut fort remarqué par Portaels qui le garda devers lui
jusqu’à sa mort. Il montre que dès ce moment déjà le rire et la satire, au même titre que le sérieux, habitaient l'esprit de l'artiste.
les.
Photo P. Becker, Bruxel
ruxelles