‹ James EnsorChapitre 8 sur 62 · LA COLORISTE · texte numérisé non relu

LA COLORISTE

ou:seau,

Coll.

« On comprend », note Emile Verhaeren, « que d’authentiques » professeurs se soient étonnés devant ces peintures. Le ton y est » déjà très particulier. Les personnages baignent dans une lumière » argentée ; aucun trait n'est sec, ni maigre. Aucun geste conventionnel, » ni appris. La scène n’est point soulignée par la présentation à l’avant- » plan du protagoniste principal, soit Judas, soit Oreste. C'est le » groupe qui intéresse; c'est l’ensemble; c'est l’action totale. Des » rouges sonnent sur un fond d'argent. Les défroques sont plutôt » romantiques que classiques ou bibliques. Le dessin académique est » tout entier mangé par la couleur. Ces deux toiles sont déjà de la » vraie peinture ensorienne ».

James Ensor avait tenu bon contre l’école et les professeurs. Son tempérament belliqueux avait triomphé de leurs tentatives ouvertes ou sournoises.

Dans une page pleine d'observation critique, intitulée Trois semaines à l'Académie (1), il nous a donné une idée assez juste, bien que sous une forme drôlatique, de ce que devait être l'enseignement de ces maîtres. On y perçoit une nuance d’amertume; et c’est en somme naturel. Quelque trempé que soit un caractère d'artiste, quelque confiance qu'il ait dans sa valeur, il souffre de l'injustice et de l’incompréhension.

Pourtant la blessure n’est que légère. Ensor n’a que vingt ans et, à cet âge, l’ardeur au combat, la fougue naturelle, le défi de jeunesse qu’on oppose à tout ce qui se met à la traverse, suffisent à faire oublier les écorchures de la lutte.

Bien que Portaels eût désiré garder plus longtemps dans son atelier cet élève dont il devinait la valeur et peut-être l'avenir, Ensor rentre définitivement à Ostende, en 1880.

(x) Voir les Extraits des Écrits de James Ensor, qui figurent à la fin du présent ouvrage.

C'est à peine un adolescent ; il est grand, svelte, mais pâle et maigre à l'excès, si pâle et si maigre que ses concitoyens le surnomment Compère-la-mort. Ses «allures de grand pierrot spleenétique, traversant d’un air d’hallucination la vie» ont frappé Camille Lemonnier. Il est

Barques échouées (1888).

Eau-forte.

déjà celui dont Camille Mauclair, avec plus de profondeur et d'observation constate qu’«il a l'ironie voilée et courtoise d'un gentleman, et une » sorte de silence élégant que je n'ai jamais rencontré chez personne » et où il y a tout ensemble de la fierté espagnole, du flegme anglais, » et de ce détachement que donne l'habitude des songes ».

Ces songes, ce sont les préoccupations de ses recherches et les visions avant la lettre des toiles qui les fixeront.

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