LA PRISE D UNE VILLE ÉTRANGE
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PEINTRE ET GRAVEUR
Ensor le petit cochon vert au-dessous de la tête dupoète,etderrière-lui,la Vénus deMilo enceinte. . .
Vous vous demandez pourquoi? Mon Dieu, parce que cela semblait et allait sembler drôle, tout bonnement. Et cette préoccupation du bizarre, une hantise chez le peintre-graveur, ne résulte-t-elle pas à l'évidence de ce fragment d'une lettre émanant de lui, lettre qu'il nous a adressée d'Ostende le Ier octobre 1897 «... Ici je deviens
sensations visuelles, dussent les formes, les contours exacts,, en souffrir, formes et contours de spectacles bizarres. Voilà la raison pour laquelle encore, quand d'aventure il est frappé par la drôlerie des scènes journalières, dont le comique passe inaperçu pour autrui, sa main s'arme du crayon ou de la pointe et qu'il dessine ou grave quelque sujet grotesque. Et voilà la raison pour laquelle, au surplus, il n'est pas en stricte logique
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LE PORT D OSÏENDE.
mélancolique et voudrais habiter une grande cabine devant la mer. Je la tapisserais de coquillages nacrés et dormirais là, idéalement bercé par le bruit de la mer, avec une belle fille flegmatique et blonde, à la chair salée ! Quel rêve délicieux et réalisable! »
Que ce rêve soit délicieux et réalisable, nous n'en jurerions pas ! Mais qu'importe dans l'occurrence? Nous prétendons que James Ensor est d'une nature imaginative et impressionnable à l'excès. Voila donc la raison pour laquelle, lorsqu'il peint, sa vision de coloriste exaspérée par les finesses extraordinaires des tons qu'il aperçoit, le fait penser surtout à rendre exactement ses
un copiste fidèle de la nature, un de ces maîtres patients qui s'ingénient durant toute leur vie à dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Car s'il consent, lui, à être sincère, ce n'est pas sans prétendre au droit d'arranger à sa guise ses observations multiples. D'ailleurs il aurait tort s'il ne revendiquait cette faveur qu'on accordait jadis aux artistes d'être imaginatifs, faveur que, de nos jours, on tend à leur disputer. Et, au demeurant, qu'est-ce qui a bien pu émouvoir, au point de les rendre malades, les paisibles bourgeois lorsque, pour la première fois, on leur a montré les peintures, les dessins et les eaux-fortes de James Ensor? Quoi? Mais justement son imagi-
nation peu ordinaire des menus détails de la couleur rongeant la forme, et des spectacles drolatiques qu'il aime à narrer.
Songez donc aux cris d'orfraie que pousserait ce bon public si on lui montrait une exposition exclusive d'œuvres de Simon Marmion, de Jhéronimus Bosch et de Pierre Breughel le Vieux, ce bon public n'étant pas prévenu que ce sont des œuvres qu'on admire en silence ! Pourtant
ENSOR
produit ses œuvres n'importe où, il n'a jamais fait qu'exprimer le même idéal honni et conspué par la foule ignorante. Or croyez-vous vraiment qu'on se contenterait ainsi de tous les dédains par plaisir, si l'on n'était sincère, convaincu qu'on répond aux vœux de sa conscience, alors qu'il serait si facile, en prostituant sa pensée d'artiste, d'obtenir l'approbation des belles dames et des beaux messieurs, riches acheteurs des bibelots d'art?