‹ James Ensor, peintre & graveurChapitre 63 sur 81 · LE COUP DE VENT A LA LISIÈRE · texte numérisé non relu

LE COUP DE VENT A LA LISIÈRE

sa parenté avec des maîtres immortels qui sont au sommet de notre peinture est incontestable, sans que jamais on puisse lui reprocher la moindre servilité. Il est leur héritier, il n'est pas leur parasite. Son ascendance artistique est d'ailleurs complexe, aussi complexe que son talent. Si des maîtres flamands et hollandais Font le plus directement influencé, Bosch, Breughel, Rembrandt, etc., le génie de peintres espagnols l'a effleuré ; Goya eut trouvé en lui un cousin ; il aurait fraternisé avec Watteau, et Callot ne Peut point méconnu. Ajoutez à cela une pointe de comique anglo-saxon, et vous aurez les éléments divers et multiples qui composent le caractère de James Ensor.

Tout jeune, déjà, il montre qu'il est un peintre de race. Il ne tâtonne point, il s'impose du premier coup. Son génie trouble les conceptions vulgaires et pionnesques des buveurs de faro qui lui servent de professeurs à l'Académie. Je ne sais s'il fréquenta la classe de cet étourdissant crétin qui, pour apprendre à ses élèves à peindre le

paysage d'été, faisait apporter dans sa salle un jeune arbre pourvu de ses feuilles, autour duquel on semait de l'herbe. Quand les feuilles étaient devenues jaunes, 'on faisait le paysage d'automne, et quand elles étaient tombées, on saupoudrait l'arbre de craie, on semait à terre des morceaux de papier, et c'était le tour du paysage d'hiver. A en juger par l'accueil qu'ils firent à Ensor, les professeurs qu'il eut ne valent guère mieux. Nous avons vu de lui des études, .des ébauches, des tableaux de cette époque; et bien, à ce moment, on pouvait dire déjà que les Leys, les Degroux, les Debrackeleer, les Dubois, les Boulengé, les Mellery, les Vogels, les Yerwée, détenteurs du patrimoine sacré de la peinture flamande, avaient un compagnon de plus, un pair.

Il est inutile de rappeler, d'autres l'auront fait, le rôle qu'il joua et les hostilités auxquelles il fut en butte jusqu'au sein du Salon des XX, dont les deux membres les plus talentueux, Ensor, et Henri de Groux, eurent à subir les vilenies de quelques faiseurs. Il vaut mieux par

PEINTRE ET GRAVEUR

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