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LES SORCIERS DANS LA BOURRASQUE

représailles serait plus juste, qu'il faut chercher l'artiste, mais bien dans les peintures solides, exposées vers la même époque, au Cercle des XX : la Dame en détresse, autre prétexte à lumière d'intérieur, où chantent de claires tonalités, et le Lampiste, où le noir prédomine, mais sans nuire à la vie exprimée d'une façon vraiment intense. Ce tableau avait été peint d'ailleurs en 1881 ; on peut le voir aujourd'hui au musée moderne de Bruxelles.

En 1886, toujours au XX, la Mangeuse d'huîtres, qui semble peinte par un joaillier, offre une savoureuse orchestration de blancheurs et de reflets éclatants; et la Rue de Flandre à Ostende donne une fraîche impression de plein air.

Le côté pince-sans-rire du compositeur caricatural se manifestera dans un dessin bizarre, la Mort mystique du théologien.

C'est alors que M. Ensor s'attaque à l'eau-forte, et, de suite, il "y réussit brillamment; ses qualités de dessinateur, et même son œil de peintre amoureux des lumières, le servent à merveille. Il ne dirige pas seulement le trait avec habileté, mais encore avec esprit, et il sait donner une atmosphère à ses décors, ce qui est beaucoup plus rare qu'on ne croit. Sa fameuse Cathédrale, de si poétique vieillesse, de si noble attitude, pourrait-on dire, et le Verger, dont se devine la fragrance, datent de cette période d'essais. ,

M. James Ensor que toute vie tumultueuse inte-

resse, se plaît à traduire les grouillements de foule, il n'a pas manqué de flanquer sa cathédrale gothique d'un peuple en marche, mais par certain besoin d'antithèse, ou pour satisfaire, peut-être, à d'intimes idées, il a donné des faces simiesques, des coiffures impossibles à ses myriades de personnages. Certes, il n'est jamais mauvais qu'un artiste ait des idées, encore faut-il qu'elles aient une raison d'être exprimées plastiquement, et qu'elles ne nuisent en rien à l'effet de l'œuvre; cette mascarade vulgaire s'étalant aux pieds d'un monument de style, nuit, il faut l'avouer, à l'impression de beauté. Peut-être a t-il voulu exprimer, d'une façon symbolique, la vague d'humaine laideur, le flot de stupide incompréhension qui vient se briser au pied du chef-d'œuvre d'impérissable structure.

]Nous n'insisterons ni sur le Christ marchant sur la mer, peinture exposée en 1887, ni sur l'Entrée de Jésus à Jérusalem, dessin qui suscita quelque tapage, il est des thèmes qui exigent une interprétation grave et respectueuse de l'histoire, ne pas le comprendre, c'est faire œuvre stérile. La fantaisie, d'ailleurs, a son domaine, hors duquel elle ne saurait charmer.

L'imagination capricieuse, exubérante et souvent fort drôle de M. Ensor put se donner un libre cours dans la Tentation de saint Antoine, cet éternel prétexte à inventions de monstres. C'est un peuple de surprenants diablotins qui s'agite dans celle-ci, de ces diablotins baroques qu'un sorcier de village doit voir dans

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