L ACACIA
En résumé, lorsqu'on le considère dans son œuvre imaginative, M. James Ensor donne l'impression d'un pince-sans-rire transcendantal mais amer, plus exactement d'un misanthrope qui témoignerait son dégoût de l'homme par l'interprétation grotesque que tire des faces humaines son crayon ironiste et narquois.
Parcourez ses fantaisies, il apparaît que le monde à ses yeux est un composé de gargouilles gothiques et de masques carnavalesques auprès desquels ceux de l'extrême Orient sourient avec grâce. Regardez, au contraire, ses paysages et ses vues, vous constaterez qu'au contact de la nature sa vision se pacifie, s'attendrit, s'assainit.
Son burin purifié trouve des caresses pour écrire le contour d'un arbre ou les volutes d'un massif, il se plaît aux rythmes sans cesse changeants des flots, il s'extasie devant les féeries toujours nouvelles de la lumière. Poète, il pardonne à la ville d'abriter des hommes, si la ville offre des coins curieux, des monuments de caractère, des jeux photogéniques, mais alors il choisit de préférence, pour reproduire les décors urbains, l'heure où les passants se font rares. Dès que la foule apparaît, sa vision devient atrabilaire et son trait féroce, il semble que chaque être cache un critique à ses yeux, et c'est alors des compositions qui sont comme des apostrophes de Falstaff à Caliban. — Eh bien! en vérité, Caliban vaut-il qu'on s'occupe de lui à ce point? Ah! que M. James Ensor s'en tienne à ces représentations sincères autant qu'originales où la réalité n'est
point séparée de la poésie, qu'il nous dise et nous redise, de son burin charmeur, la gloire des rais solaires et la course échevelée des nues, l'infini des espaces et l'intimité des coins agrestes ; là est sa voie, parce que là est son émotion d'artiste. Qu'il se console des injustices et des outrages dans une ardente communion avec cette nature qu'il comprend si bien, l'heure sonnera bientôt où ceux qui tiennent encore rigueur au dessinateur scatologique rendront justice au paysagiste graveur.
OCTA VE UZANNE.