‹ James Ensor, peintre & graveurChapitre 76 sur 81 · LE CHRIST AUX MENDIANTS · texte numérisé non relu

LE CHRIST AUX MENDIANTS

gées, enlevées à la diable, visiblement bâclées en grande hâte; en d'autres les plans ne sont pas en équilibre, l'horizon s'avance jusqu'à l'avant-plan, le ciel est trop lourd comparativement à la terre. Néanmoins^ quelquesunes de ces gravures, une dizaine, sont de vraies perles ; parmi celles-ci les Patineurs, Mariakerke, les Bateaux échoués, et surtout la Cathédrale, occupent la première place. Cette Cathédrale, minutieusement achevée, est à elle seule un vrai poème! La virtuosité, pardon, la sincérité naïve et la sécurité confiante, avec lesquelles les plus petits détails sont ici rendus, confinent à la magie.

Dans ces eaux-fortes, ce sont le poète grave et sérieux, le sensitif raffiné et l'idolâtre de la lumière et du coloris qui ressortent. C'est là que, sans contredit, Ensor me plaît le plus !

Dans d'autres eaux-fortes, coloriées ou non, le fantaisiste a la parole, — un fantaisiste que ne répugnent pas plus les rêves les plus fous que le sel rabelaisien, le gros sel, et quelquefois même le sel de cuisine !

Ce caractère fantaisiste ressort particulièrement dans une satire très originale, intitulée les Vents, une illustration absolument hardie d'un de ces contes de pétomane, comme en a signé Armand Sylvestre... Voici un humour d'un bien autre aloi que celui de Robida ou de Doré le doucereux ! Un sabbat de vents ! Des vents de toute force et de tout envergure, de grands vents et de petits vents, des zéphirs et des trombes, des brises et des ouragans. De toutes les zones ils accourent, roulant et se culbutant dans l'air; celui-ci, en bourdonnant, s'enroule sans dessus dessous, en tire-bouchon ; celui-la, en pétaradant s'éloigne sur un manche à balai, avec un grand vacarme ; un autre encore se trouve sur le dos, dans l'espace, comme pour faire la planche,... Les voici tous, grands et petits, zéphirs et trombes, souffles et tourbillons, brises et ouragans, de toute odeur, de toute couleur, de tout acabit et de tout calibre ; exhalant, soufflant, grommelant, éternuant, bourdonnant, brisant, beuglant, tempêtant, bourdonnant et fulminant... des deux côtés à la fois !

" Voilà, je crois, caractérisé pas trop mal dans ses incarnations diverses, cet artiste très intéressant et doué des talents les plus variés, méconnu par la plupart, prisé trop haut par quelques-uns, peut-être, mais, quoi qu'on puisse penser de quelques-unes de ses pochades dessinées ou peintes, présentant de toute façon, et comment qu'on • le prenne, dans l'ensemble de son œuvre les caractères évidents d'un véritable, grand et original artiste.

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