‹ James Ensor, peintre & graveurChapitre 78 sur 81 · COFFRET · texte numérisé non relu

COFFRET

Ces masques cle carnaval étaient en piles, emboîtés les uns dans les autres, en sorte que cette caisse, d'ailleurs large et profonde, en contenait des centaines. La vieille Catherine les tirait un à un. Ces doigts, voyez, de seulement se tremper en une pâte magique, jettent à la lumière ces laces coupées de rire jusqu'aux oreilles, ces grimaces comiques, ces yeux ronds et ces paupières en amandes, ces nez en bec de poulet, ces pommettes ossues, ces bouches hurlantes, ces lippes trouées de crocs féroces! Pour James, le petit garçon extasié dans ses roses de papier, la cabaretière du bouge à marins suscite la foule baroque d'un Mardi gras de la création !

Voici la moindre chose qui se .puisse jamais appeler visage humain, matière qu'on n'a pas achevé de pétrir où le nez est à peine un nez, le menton un menton, et où, sous les os du front, c'est encore de la ténèbre. Voici l'horreur contraire du pif monstrueux rattaché, à même les oreilles, en un groin finard, immonde et cruel sous les deux trous de vrille qui sont les yeux mêmes de la luxure. Il passe des foules de beaux masques saugrenus, mi-parties bleu et jaune, rouge et vert, où chaque moitié se moque de l'autre. Voici des expressions solennelles de vieux rois majestueux et tristes en leurs barbes de chanvre. Des mentons en galoches toquent des nez crochus de sorcières édentées. Des visages d'un tendre ovale, aux joues pures et lisses de cire incarnat, sourient comme les valets de cœur de cartes à jouer; ils restent impassibles et jolis devant des êtres de cauchemar, blafards comme la lune cou-

JAMES EfrSOR

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