Légende des Siècles, vol. IV, La Trompette du Jugement
2, Voici quelques points de comparaison : dans Les Pauvres Gens de Vicror HuGo, 43 notations de lumière et couleur (36 + 7) pour 20 notations de son. Dans Le Satyre, 105 notations du premier ordre (18 + 21) contre 27 du second. -
Dans les 340 premiers vers de Jocelyn, 21 impressions visuelles, et 20 impressions auditives.
Il faut, bien entendu, traiter ces documents avec la prudente réserve qui convient à la plupart des données statistiques. Le relevé fait dans d'autres œuvres pourrait modifier considérablement la proportion. C'est une tendance générale que nous avons prétendu indiquer.
rité même du texte), cette description d’un orage de tonnerre : « Partout règne une peur inquiète et une morne stupeur. Tout « à coup à l’œil ébloui la lueur rapide apparaît, loin au sud, « déchirant la nue; et, suivant plus lentement, d’une explo- « sion qui emplit l’air, le tonnerre élève sa voix terrible. C'est « d’abord à la limite de l’horizon que se fait entendre le « grondement auguste de l’orage; mais, à mesure qu’il se « rapproche, et livre aux vents les roulements de son formi- « dable refrain, les éclairs tracent une plus large courbe de « feu, le fracas devient plus assourdissant, jusqu’à ce que sur « le ciel se déploie une vaste nappe de flamme livide, qui se « referme et s'ouvre plus immense, se referme de nouveau et « s'ouvre énorme, enveloppant tout le ciel de son flamboie- « ment. Et toujours suit le rugissement plus bruyant et main- « tenant déchaîné; il grandit, il devient plus profond, et les « éclats se mêlent en un horrible fracas qui secoue le ciel et € la terre !. »
Il est difficile de ne pas penser que Byron s’est rappelé cette page magnifique en décrivant au troisième chant de Childe- Harold ? un orage dans les Alpes. Il ajoute à la scène des traits qui la placent en un point précis; les montagnes dont il fait le fond de son tableau, et le lac du premier plan sont des éléments qui viennent accroître l'effet; mais, en dépit d’une exagération qui n'échappe pas à l’emphase, Byron n’a point ici surpassé la puissance descriptive de l’auteur des « Saisons ».
Rappelons encore, parmi tous les exemples que l’on pourrait citer, la tempête en mer décrite dans 1’ &« Hiver ». Le poète y accumule les évocations de sons perçants ou graves, et la lecture de ses vers laisse à l’esprit l'impression d'un tumulte assourdissant et confus. Rien n’est oublié des bruits précurseurs, ni les cris des oiseaux, ni cette voix mystérieuse et solennelle qui vient des montagnes et que Virgile avait aussi entendue *. Puis vient le fracas des flots soulevés et précipités les uns sur les autres, ou fouettés jusqu’à se couvrir d’écume, et le hurlement