Summer, 1128-1143. — 2. Strophes xcur, xCur
3. «… Ventis surgentibus aut freta ponti Incipiunt agitata tumescere, et aridus altis Montibus audiri fragor; aut resonantia longe à Littora misceri, et nemorum increbrescere murmur. » (Géorgiques, liv. 1, 356-359.)
du vent, et tous les éléments de désordre qui concourent à former cette scène de chaos effrayant.
C’est un autre aspect du talent du poète qui nous apparait quand nous constatons avec quelle fine exactitude il perçoit et il note un grand nombre de faits plus délicats. Il saisit et il nous rappelle des bruits peu éclatants, mais non pas peu expressifs, grâce auxquels nous entendons circuler l’air dans ses tableaux. C’est le gémissement des bois courbés par le vent; ou le bruissement des forêts sur les montagnes ; ou le murmure qui toujours émane des champs de blé, sauf pendant le calme absolu de certaines journées d’automne. Ce sont les chants ou les cris infiniment variés des oiseaux, tous notés avec une extrême précision. Un passage déjà cité du « Printemps » nous fait entendre le chant du rossignol qui paraît à Thomson, comme à Milton, également exquis et mélancolique, la note creuse du coucou, la voix aiguë et bruyante de l’alouette, les douces mélodies de la grive et de l’alouette des bois, le siffle-
ment du merle, les notes gravement suaves du bouvreuil, les
cris aigres et discordants de la corneille ou du geai, le triste murmure du ramier ‘. Ailleurs c’est l’appel bruyant du butor et les cris sauvages des pluviers ?; ailleurs encore les clameurs des freux, le hululement du hibou, les cris aigres et perçants du cormoran et du héron *.
Le poète remarque aussi la valeur particulière que prennent des sons familiers dans des circonstances exceptionnelles. Il a noté les modifications apportées aux voix ordinaires des choses par la gelée de l’hiver : les cours d’eau font entendre un murmure plus rauque sous le froid qui les étreint, et les glaçons se froissent sur la surface du courant; la terre glacée retentit plus sonore sous les pas du marcheur. Enfin, et c’est encore une. facon de signaler l’importance des sons dans la nature, rien ne le frappe plus que le silence succédant au bruit habituel, et plusieurs fois il a noté les effets imposants de ce calme inaccoutumé. C’est, au milieu des ardeurs du jour, la prairie muette dont le silence est encore souligné par le cri d’un grillon “; c’est le silence de la nature apeurée à l'approche de Porage *; c’est, dans une claire nuit de printemps, le rossignol
A. Spring, 515-612. — 2. Ibid., 20-25. — 3. Wünter, 140-147. — 4. Summer, 446, 441. — 5. Ibid., 1116. :
qui verse ses chants à la nature ravie et silencieuse ‘. Ou bien encore le poète note le contraste d’un mouvement apparent avec un silence qui le dément, et il tire un heureux effet de la peinture de cette cascade gelée et muette dont les eaux enchaïinées semblent — et semblent seulement — rugir *.
Nous avons tenu à souligner cette importance dans les descriptions de Thomson des phénomènes auditifs. En même temps que nous y voyons une confirmation du caractère général que nous attribuons au poème, celui d’un tableau de la vie de la nature, elle est le témoignage d’une riche et délicate organisation d'artiste. Quel que soit le parti qu’il saura tirer plus tard de ses impressions, on peut dire que l’observateur sensible à de subtiles influences des sons naturels montre un plus rare pouvoir de perception que celui auquel les sensations visuelles s'imposent de préférence. L'influence des voix des choses s’exerce en nous de façon plus discrète et plus intime. 11 faut un travail d'analyse plus délié pour les isoler dans l’afflux des perceptions qui nous enveloppent, ou au contraire pour leur rendre dans l’œuvre poétique la place qu’elles ont dans la nature. Il convenait donc de signaler ici un des traits principaux qui donnent au génie descriptif de Thomson sa valeur.
Ce n’est plus, pourrait-on dire, de description qu'il s’agit quand nous en venons au rôle des autres sens. Les émotions qu’ils nous fournissent ne- sont pas d'ordre esthétique. Les satisfactions du palais n’ont rien de commun avec les joies du Beau; nous dire quelle est l’odeur d’un objet ou quelle réaction il offre au toucher, ce n’est pas nous en donner une image artistique. Et cependant on ne saurait omettre l’étude de ces sens inférieurs, si l’on veut exactement connaître et le caractère d’une œuvre descriptive, et la richesse ou la délicatesse de l’instrument d'observation du poète.
€ Dans Paul et Virginie », dit Sainte-Beuve, « les odeurs se