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Quelques lignes de J. Burroughs, l’exact et enthousiaste observateur américain, offrent le meilleur commentaire du passage. II a lui aussi enregistré ce détail tout anglais. « From my outlook (on the slopes of Helwellyn), the hay-makers appeared to be slowly and laboriously rolling up a great sheet of dark-brown paper, uncovering beneath it one of the most fresh and vivid green. The mown grass is so long in curing in this country, that the new blades spring beneath it, and a second crop is
well under way before the old is carried. » (In Wordswortks Country. Fresh Fields, p. 215.)
La précision de la remarque a frappé Saint-Lambert et il a voulu la conserver. Il est vrai qu’il la gâte en subtituant le champ moissonné au pré fauché, et en faisant intervenir des moutons bêtement surpris; mais que ne gâte-t-il pas? Après avoir dit de son agriculteur :
« Il apprendra cet art de choisir les engrais, Ce grand art qu’à Townshend a révélé Cérès »,
il lui recommande d’apprendre
« À contraindre les champs depuis peu moissonnés D’offrir une herbe tendre aux troupeaux étonnés. » (Automne, p. 112.)
4. Summer, 444, 445. — 5, Ibid., 486-489. — 6. Ibid., 1147-1120.
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« ments nombreux des moutons qui, affairés, broutent les « trèfles de la vallée‘ ». — Et dans cette « Saison » encore mentionnons € sur le champ couvert de chardons la pluie € blanchissante de duvet végétal qui, lorsque la brise s’élève, & flotte capricieusement ? ».
L’ € Automne » est la moins heureuse des quatre parties du poème. C'est la dernière venue. Le labeur de l'écrivain y ressemble parfois à l’accomplissement d’une tâche. Nous y retrouvons cependant en aussi grand nombre qu'ailleurs ces traits de pénétrante observation qui nous occupent. Le poète, l’artiste sincère persiste, et se révèle sous les amplifications un peu lourdes de ce dernier chant.
On se rappelle ce passage où le lièvre nous était montré cherchant à se dissimuler dans les terrains ou parmi les plantes avec la couleur desquels sa robe peut se confondre. Aussitôt après l’animal nous est décrit lui-même : « tapi; les oreilles « repliées, explorant l’horizon de ces yeux saillants que lui a « donnés la nature, et qui jamais ne dorment; la tête couchée « entre ses pieds velus, tout prêt à bondir et à fuir * ». — Voici le verger en automne : Cobéissant à la brise et au soleil qui « les frappe, les fruits quittent les branches lourdement char- « gées, en une continue et molle chute de choses mûres ». — Et quand viennent « les nuits plus fraiches, les pommes tom- « bent nombreuses, secouées et répandues sur le verger « qu’elles rougissent par la main vigoureuse de la saison * ». — Dans un autre climat notre voyageur a vu les vignes prètes pour la vendange, « les raisins s’aperçoivent à demi entre les « feuilles; quelques grappes flamboient ardentes, d’autres « brillent transparentes, et la saison de pleine maturité souffle « sur les grains gonflés une blanche pellicule de vivante « rosée ÿ ». — Il faudrait tout citer de la description du brouillard ; rappelons seulement « la rivière, indistinctement aperçue, « qui semble, morne et lente, rouler la vague de brumes © ». — $Suivons avec le poète un sentier de forêt en cette saison mélancolique : « chaque fois que le vent gémit parmi les bran- « ches, un déluge de feuilles tombe sur le sol, jusqu’à ce « qu’enfin les sentiers tapissés et étouffés par cette triste pluie
A. Summer, 1234, 1235. — 2. Ibid., 1658-1660. — 3. Autumn, 410-414. 4. Ibid., 629-640. — 5. Ibid., 690-993. — 6. Ibid., 719, 720.
« roulent, à chaque souffle qui s'élève, des monceaux flétris, « et s’emplissent d’un sifflement lugubre' ». — L'automne a aussi ses aspects riants, et l’observateur y a noté « la mon- « tagne brillante qui tout entière s’anime de mille ruisseaux & jaillissants » ?. — Et, pour prendre aussi un exemple aux dernières pages de ce chant, rappelons cette pure et calme journée : « Il n’y a de brise que ce qu’il en faut pour élever « du sol les fils ténus de rosée évaporée * ». M. Logie Robertson se porte garant de la délicatesse et de l'exactitude de l’observation. « Par ces tranquilles matinées d'automne, dit-il, quand « un de ces fils légers vous touche le visage, on est tenté de « croire qu'il va pleuvoir, mais le ciel est partout bleu et enso- « leillé, et nul vent ne peut chasser la rosée des lourds épis « de blé ‘. »
L’ « Hiver » contient une admirable description de la tempête. Parmi les signes précurseurs du grandiose phénomène, le poète a noté de bien subtils et de bien menus détails : « Vues « à travers l’air trouble et agité, les étoiles émoussées émettent € un rayon frissonnant; et dans la chaumière où la ménagère « pensive, toute à sa laborieuse veillée, allonge le fil de lin, les « souffles brefs du vent, qui au dehors soulèvent les feuilles « flétries en rapides tourbillons, font couler la chandelle et « pétiller la flamme du foyer ° ». — Quand la tempête règne sur le monde bouleversé, « les nuages fuient sur le ciel, confusé- « ment mêlés aux étoiles qui glissent rapides $ ». — Sur la terre uniformément recouverte par la neige, avec quelle netteté se détachent les objets qui seuls tranchent sur l’universelle blancheur : « le cours d’eau sinueux sur lequel fondent les « flocons ? » ou (les hôtes fauves qui fuient les déserts où ils ne «trouvent plus de nourriture ».— Là où la neige, accumulée dans un étroit vallon, l’a comblé et s’élève en une éclatante colline, le poète a vu au sommet le blanc « panache qui monte « et tournoie * » quand le vent emporte cette poussière de neige. — «La bise glacée, qui souffle tour à tour des divers points de « l’horizon, dépose sur le marais une pellicule bleuâtre, et « arrête au milieu de son cours le ruisseau jaseur ‘?, » — La
1. Autumn, 993-997. — 2. Jbid., 155, 156. — 3. Ibid., 1211, 1242. — 4. Thomson ’s Works (Clarendon Press Series), note p. 345. — 5. Winter, 130-136. — 6. Tbid., 195, 496. — 7. Ibid., 234-236. — 8. Ibid., 256, 257. — 9. Ibid., 213-275. EE Ibid. 123-125.
« gelée affine et rend plus blanche la neige ! ». — Et quand le dégel se produit «les montagnes brillent tachetées ? ».
Combien d’autres exemples on pourrait ajouter à ceux-là! Quand l'attention s’est une fois portée sur ce caractère des descriptions de Thomson, on demeure surpris qu’il n'ait pas été plus souvent et plus fortement signalé. Aucun poète peut-être n’a plus souvent enregistré de ces vives notations des choses. Aucun non plus (et ici la traduction est bien insuffisante pour mettre les preuves sous les yeux du lecteur) n’a reproduit ces délicates observations par de plus heureuses trouvailles de langage.