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une observation complaisante, à une description de la nature. Les détails dès lors et les formes précises importent moins que les vastes ensembles et les grands mouvements. C’est dans le tonnerre ou dans le mugissement de la tempête plutôt que dans le murmure du ruisseau que s'entend la voix du Tout- Puissant !. L’immensité du désert ou de la mer parle de lui plus éloquemment que la source ou la fleur ?. Mais Jamais la nature n’est par elle-même un objet digne de la contemplation des hommes. — Cet état d'âme qui subordonne si radicalement le monde visible au pur esprit n’est pas propice à l’art. Il est le même qui, dans la civilisation musulmane, aboutit à éliminer toute représentation directe des choses. Et si le lyrisme biblique renferme en grand nombre des peintures merveilleusement exactes dans leur concision, on peut dire cependant que la « description » du Livre saint ne compte pas parmi les notables interprétations de la nature, parce qu’il y manque le sens d’une grandeur indépendante dans le monde des choses, et une sympathie pour ces existences inférieures.
Parmi les poètes modernes il en est beaucoup qui ont ainsi vu dans l’observation des créatures l’occasion d’un hymne d’adoration au Créateur. Mais chez eux également nous pouvons noter Combien la préoccupation exclusive de cette dépendance du monde nuit à l'interprétation artistique. Chez Cowper, le plus religieux des écrivains qui nous aient donné d’abondantes descriptions, la poésie de la nature ne s'élève jamais au-dessus d’un niveau familier, moyen, presque médiocre. On sent que ce n’est pas là que jaillissent pour l’âme du poète les sources profondes d'émotion. On a pu se demander si l’auteur de ces tableaux aimables et exacts eut réellement au cœur l’amour de la nature .
Quand cet amour au contraire est puissant, le besoin d’idéalisation auquel il s’associe d'habitude aboutit à une autre con-
ception. C’est dans le monde lui-même que le penseur place
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- 1. « La voix du Seigneur a tonné dans sa vertu et sa magnificence.
C'est elle qui brise les cèdres, c’est elle qui éteint les flammes, c'est elle qui ébranle les déserts. » (Psaume XXVIIL.) 2. « Dieu est admirable dans les hautes mers » (Mirabilis in altis DoMminus). (Psaume XCII.) | à 3. « Keble does not believe in Cowper’s love of nature, and oppses the elaborate Evening, in the IV * Book of the Task, to Burns’s pastoral chant
of Dainty Davie. » (Sarre, On the Poetic Interpret., chap. xnr.)
alors lé principe de vie et de grandeur. Il aboutit au panthéisme naturaliste. Son enthousiasme, refusant également de subordonner l’univers à l’homme et de le sacrifier à Dieu, élève le monde lui-même à la suprême dignité. Cette déification se produit quelquefois à l’insu du poète. Elle peut être en contradiction avec les croyances philosophiques ou religieuses qu’il professe. Elle se superpose aux négations matérialistes de Lucrèce, comme à la foi chrétienne de Wordsworth. C’est elle qui, depuis ce dernier, est demeurée la conception fondamentale de la poésie descriptive. Elle a consacré l'importance extraordinaire donnée à l’étude et à la représentation des choses dans nos littératures. Elle justifie toute l'admiration et tous les transports des modernes peintres de l’univers. Elle ouvre en même temps au poète philosophe un champ illimité de recherches et de découvertes. Cette réalité unique et divine qui, « diffuse « parmi les choses, a son séjour dans la lumière des soleils cou- « chants, dans le cercle de l’océan, dans l’air vivant, et dans le « ciel bleu ‘ », sollicite de l’homme un effort pour la pénétrer, la fixer et la comprendre. « Ne pouvons-nous pas espérer. € que nous y gagnerons un pouvoir nouveau de communier « avec le monde invisible d'entendre le courant puissant « des choses qui tendent à leurs fins parler, pour l’éléva- « tion de notre pensée, d’une voix claire et sonore?? » Et la tâche du poête est alors de prêter l'oreille à cette voix mystérieuse, de pénétrer jusqu’à la réalité qui se cache sous
1 «…. And I have felt A presence that disturbs me with the joy Of elevated thoughts; a sense sublime Of something far more deeply interfused, Whose dwelling is the light of selting suns, And the round ocean, and the living air, And the blue sky, and in the mind of man; A motion and a spirit that impels Al thinking things, all objects of all thought, And rolls through all things. »
(Wornswontrm, Lines composed a few miles above Tintern Abbey.
2! «…. And may it not be hoped..
.… that we-hereby, should gain Fresh power to commune with-the invisible world, And hear the mighty stream of tendency Uttering, for elevalion of our thought, A clear sonorous voice? » etc.
(WorpsworTu, The Excursion, Bk. IX.)