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les apparences : « de voir sous la robe flottante la ferme « substance ! ». Les descriptions de la nature nous paraitront belles, en raison de la puissance avec laquelle elles auront atteint et révélé une partie de la vie profonde des choses. Et c'est pour avoir fourni plus que nul autre ces observations divinatrices que Wordsworth méritera d’être considéré comme le plus grand des interprètes du monde sensible.
La doctrine est hardie. Elle est propre assurément à rehausser l’âme de l'artiste et à grandir par là même le caractère et la beauté de son œuvre, Mais elle est difficilement conciliable avec l’orthodoxie chrétienne. Aussi voyons-nous plusieurs disciples de Wordsworth s’efforcer de conserver de l’enseignement du maître la haute conception qu’il apportait du monde, sans cependant accepter sa déification de la nature par le panthéisme. Le monde alors est un signe, un intermédiaire entre l’homme et une réalité supérieure qui lui parle par toutes les apparences matérielles ?, Quelle est cette réalité? On sent bien, malgré les précautions prises pour éviter une conclusion métaphysique, que les uns la trouveraient dans un
1, « He is the poet, and shall draw with love and terror, who sees, through the flowing vest, the firm nature and can declare it. » (EmErsON, The Poet.) 2. « Poëtry is the perpetual endeavour to express the spirit of the É thing, to pass the brute body, and scarch the life and reason which cause it to exist. » (Emersox, Poetry and Imagination.) « The poet did not stop at the colour or the form, but read their means ing. » (Emerson, The Poet.) | Les écrivains sacrés ont parfois émis des pensées qui sont singulière- : ment voisines de celte conception : « Ce qui est invisible en Dieu, se voit et se comprend par ce qui a été créé dans le monde. » (Saint Paul, Ad | Rom., 1, 20.) — « Per similitudinem sensibilium rerum in divina Scriptura ” res spirituales nobis describuntur. » (Saint Thomas d'Aquin, 34 p., q. IX, a. 1v, in c. art.) C'est le point de départ de la science religieuse du symbolisme. Mgr de la Bouillerie, qui nous fournit ces deux citations, a voulu d rendre quelque faveur à cette science où s’est complu le moyen âge. Il 4 manifeste l'espoir (Le Symbolisme de la Nature, p. 11) que les enseigne- ments du symbolisme s’ajouteront utilement à l'observation el à l'amour de la nature. Mais l'impression produite par son livre, c'est qu'il n’y 4 rien de commun entre la contemplation artistique et cette étude hagiographique des choses. Le symbolisme sacré voit dans l’univers une sorpe d'immense blason. Les sens attachés aux signes leur sont attribués pur un enseignement extérieur qui tient faiblement compte de leurs caractÿres naturels. Et le monde réel, objet d’étude et d'émotion esthétique, dfsparaît sous la végétation extraordinairement touffue des symboles que la littérature sacrée y a peu à peu accumulés.
Dieu-providence extérieur et supérieur à la nature, les autres dans une force immanente animant les corps célestes et se manifestant aussi dans la moindre créature. Mais les poètes de ce groupe s’attachent seulement à affirmer que ce monde visible est un symbole d’une réalité distincte et qu’il y a pour l’homme d'innombrables et précieuses leçons à recueillir de l’observation des choses.
Il n’est pas une fleur du Printemps, de celles qui meu- « rent avant juin, qui n’ait l’orgueil d’être alliée par sa fin « et son symbole, par son sens et par son harmonie, avec « le monde spirituel qui s'étend au delà des limites de cet « espace et de ce temps auxquels nous sommes enchainés. « Qu’'à cette fleur les poètes donnent une voix avec un sens € humain; sinon ils n’ont pas su lire la pensée !. » . Cette doctrine très haute et très noble réserve cependant encore à la création un rôle subordonné. Si les choses ont sur nous un tel pouvoir d'éducation; si nous pouvons lire en elles la réponse aux grandes questions que se pose notre raison, comment échapper à cette conclusion qu’elles sont faites pour nous, qu’elles ont leur finalité dans leur influence sur nos âmes et dans les enseignements qu’elles nous apportent? Et, par un long détour, nous sommes ainsi ramenés à cette même conception dont la doctrine avait voulu s’écarter. La nature nous est ici encore présentée comme subordonnée à l'homme, et comme teinte du reflet de nos âmes. — Au total donc, aucun des systèmes proposés pour déterminer les rapports qui unissent les choses matérielles et l’esprit, n'échappe à ce dilemme : ou subordonner absolument, quoi qu’il en puisse coûter à l’art, le monde physique à une existence spirituelle et supérieure, ou y introduire, par une inconsciente supercherie, un élément spirituel qui ne peut être autre chose que notre âme.
15 «… There’s not a flower of Spring
That dies ere June, but vaunts itself allied
By issue and symbol, by significance
And correspondence, to that spirit-world
Outside the limits of our space and time,
« Whereto we are bound. — Let poets give it voice With human meanings, — else they miss the thought. » (Eurz. B. BROWNING, Aurora Leigh, Bk. V.)