Sans excepter Thomson
« Assiduous in his bower the waïiling owl Plies his sad song. »
(Winter, 143, 144.) 3. « Then nightly sings the staring owl, Tu-wbit ; Tu-who, a merry note, While greasy Joan doth keel the pot. » à (Love’s Labour’s Lost, acte V, sc. 11, 9217-30.)
4. « The universe is the externization of the soul. » (EMERSON, Essays. Second Series : The Poet.)
Et c’est aussi la pensée qu’exprime en beaux vers cet ami de Wordsworth, ce poète et ce penseur, Coleridge, dont l’art et dont la philosophie sont restés si indépendants :
« And hark! the nightingale begins its song, « Most musical, most melancholy » bird!
A melancholy bird? O idle thought!
In nature there is nothing melancholy.
— But some night-wand’ring man, whose heart was pierced With the remembrance of a grievous wrong, Or slow distemper, or neglected love, (And so, poor wretch! filled all things with himself, And made all gentle sounds tell back the tale Of his own sorrows) he and such as he First named these notes à melancholy strain. » (CoLeinGE, The Nightingale.)
Toute cette partie de notre travail était terminée quand nous avons rencontré des vues semblables exprimées avec force par un «essayist » américain qui a consacré aux oiseaux des années d'observation et plusieurs volumes. « Did Shelley interpret the song of the skylark, or Keats that of the nightingale? They interpreted their own wild, yearning hearts. » (Joux BunrouGus, Pepaclon. Nalure and the Poets, p. 154.)
rêves de divination et de révélation ne trouveraient plus que scepticisme, elle continuera à puiser à pleines mains dans le trésor des formes et des apparences matérielles; elle en fera toujours le vêtement de sa pensée, comme les langues en font la matière infiniment souple et ductile de leurs signes. Et si les poètes persévèrent, au milieu d’un âge incrédule. dans leur apostolat, leur ambition ou leurs chimères, l'admiration ne cessera pas de suivre leurs menteuses et dramatiques visions. On continuera, selon les variations du goût (puisqu'il est là aussi des modes), à s’éprendre de cette puissante ou pathétique humanisation des choses qui se retrouve tour à tour dans l'égoisme orgueilleux d’un Chateaubriand ou d’un Byron, comme dans l’apparent effacement d’un Shelley; dans la fraternelle confiance de Lamartine ou de Hugo ‘, comme dans les révoltes de Vigny; dans le déisme de Rousseau ou de Laprade comme dans le panthéisme de Wordsworth.
Mais l’art n’est pas nécessairement lié à ces conceptions où tant d'imagination se donne carrière. Il peut y avoir une beauté dans une poésie qui ressente pour les choses une sympathie sans subtilitéet qui en donne une reproduction docile. « Encore « aujourd’hui, sous tant de raisonnements accumulés, la « nature sympathique persiste. Notre corps se redresse à la « vue d’un noble chêne ; notre main décrit une ligne sinueuse « à l'aspect d’une eau ployante et penchée; notre pas se mesure « sur le rythme d’un air que nous entendons; les sons nous « pénètrent, et retentissent en passions au plus profond de « notre cœur; le monde extérieur trouve encore-son écho en «€ nous- noie et notre vieille âme, entourée et façonnée par « la grande âme naturelle, palpite comme autrefois sous son « contact et sous son eflort?. » C’est la beauté née de cette harmonie qui se trouve dans le poème de Thomson. Elle semble aujourd’hui un peu effacée et pâlie. Elle pourrait bien * retrouver un jour plus d'éclat, alors que d’autres gloires, maintenant plus brillantes, se seront ternies. Elle n’a rien à
1. .« La plaine brille, heureuse et pure, Le bois jase, l'hérbé fleurit.… Homme! Ne crains rien! La nature Säit le grand secrét, et sourit. »
Les Rayons el les Ornbres. Spectacle rassurant.)
2H. Prite, La Fontaine el ses Fables, chap. IL, VExpression, p. 306, 301.
craindre de l’esprit de science, de précision et de vérité, avec lequel il est dangereux, même à la poésie, d'entrer en lutte. Le monde qu’atteignent directement nos sens, et la passion humaine dans des cœurs humains, voilà le véritable objet de l'étude de l'artiste. C’est là son domaine, et là seulement il est assuré de ne pas perdre pied.
« La beauté c’est la vérité ; la vérité c'est la beauté, voilà tout ce que Vous savez sur la terre, et tout ce que vous avez besoin de savoir ! ».
Ce n’est pas sans doute tout ce que nous aspirons à savoir. Malgré le conseil du poète, l'humanité ne cessera pas de faire effort pour ajouter aux plaisirs du beau les joies plus chèrement acquises et plus austères de la connaissance. Et si cet effort des philosophes est condamné à un éternel insuccès, l’art trouvera son compte dans les doutes, les échecs, les douloureux désespoirs de cette lutte, plus encore que dans les prétendues révélations d’une divination imaginaire.
Voici une conque marine. Il y a pour notre œil une caresse et un charme dans la ligne élégante de ses spires, dans le rose exquis et les délicates teintes opalines de sa nacre. C’est la jouissance ingénue et sans sophistication que ressent en face de la nature un observateur naïf. Elle peut. s'associer aux émotions graves et hautes que suggère la pensée de ces deux immensités, la mer et le temps, qu’a traversées le gracieux objet. C’est l'impression de beauté que s'efforce de traduire, avec ses retentissements profonds dans notre âme, une poésie descriptive sincère et simple, telle que celle de Thomson.
Wordsworth ne se contente pas d’impressions aussi directes, et il met dans ce coquillage une vie, un souvenir, une âme, un enseignement.
« J'ai vu Un enfant curieux, qui, habitant une région De l'intérieur des terres, appliquait à son oreille
Les volutes d’une coquille aux lèvres polies : Et alors, dans un muet silence, son âme même
1. « Beauty is truth, truth beauty, — that i$ all | Ye know on earth, and all ye need to know. »
(Keats, Ode on a Grecian Urn.)
Ecoutait ardemment; et bientôt sa figure
S’éclaira d’une joie; car du fond vénaient se faire entendre Des murmures, dans lesquels cette chose enseignait, et disait Une mystérieuse union avec son océan natal !. »
Cette idéalisation et ce symbolisme sont-ils la condition d’une haute interprétation artistique de la nature? Y a-t-il moins de beauté ou moins de profondeur dans les vers où un autre poète dépouille l’humble coquille de toute chimérique puissance, et mélancoliquement, dépouille aussi l’âme humaine de ce qu'il voit en elle d’espoirs chimériques”?
« Cette conque vide qui depuis nombre d'années Est restée sur de poudreux rayons, approchez-la de votre oreille, Et elle parle de la mer orageuse où elle est née; nous entendons alors Le faible et lointain murmure des flots qui se brisent. Nous entendons la mer. La mer? C'est le sang De nos propres veines, impétueux et tout proche [craintes |, Ce sont les pulsations dont les battements suivent nos espoirs et nos Et le mode toujours changeant de nos sentiments.
Et dans mon cœur j'entends, comme dans cette coquille, Le murmure d’un monde au delà de la tombe, Distinct, distinct, si faible et si lointain qu'il soit, Homme crédule! cet écho n’est pas moins trompeur que l’autre, — C'est la rumeur des instincts terrestres; et nous aspirons [conque?. »] À un monde aussi imaginaire que la mer entendue dans la
11e «.…. Ï have seen A curious child, who dwelt upon a tract Of inland ground, applying to hisear The convolutions of a smooth-lipped shell; To which, in silence hushed, his very soul Listened intensely; and his countenance soon Brightened with joy; for from within were heard Murmurings, whereby the monitor expressed Mysterious union With its native sea. »
Mr. Stedman, qui cite ces vers et le sonnel de Lee-Hamilton (The Nalure and Elements of Poetry, p. 206, 207), fait remarquer que Wordsworth y à paraphrasé quelques vers plus fermes de Landor (Gebir) :
«But I have sinuous shells of pearly hue;
Shake one and it awakens, then apply
Its polished lips to your attentive ear,
And it remembers its august abodes,
And murmurs as the ocean murmurs there. »
2e « The hollow sea-shell which for years hath stood On dusty shelves, when held against the ear,
Cette tristesse pathétique n’est pas la note que rende sous le doigt du critique le poème des « Saisons ». En le constatant nous sommes amenés à dire quelques mots d’un caractère d’après lequel on a quelquefois groupé les écrivains, indépendamment des formes de leur art ou des pensées directrices qui guident leur observation. On a voulu distinguer les poètes en raison de leur pessimisme ou de leur optimisme. Nous ne pouvons trouver là un caractère fondamental de classement. Il exprime en effet un état tout subjectif de l’âme de lécrivain puisque la Nature si diversement interprétée est la même pour tous; et, en tout cas, cet état est extérieur et postérieur à l'effort d'observation et de traduction de l'artiste. Mais il ne sera pas hors de propos de dire ici, pour terminer cette partie de notre étude, à laquelle des deux familles d’esprits se rattache Thomson. Il y a lieu d’abord à dissiper une confusion qui se mêle souvent à cette question. Nous n’appellerons pas un poëte pessimiste parce qu'il à fréquemment exprimé des sentiments douloureux. Nous réserverons ce nom au penseur qui, de l’observation du monde et de la vie, tire une conclusion de négation, de mépris, de tristesse, de désespoir ou de révolte. C’est peut-être pour n’avoir pas établi cette distinction, que les critiques ont parfois cru et enseigné que le pessimisme seul est poétique. Il est trop vrai que la tristesse et la douleur fournissent à l’écrivain une inspiration plus variée e plus puissante que la gaîté et le bonheur. « Les plus déses-
Proclaims its stormy parent; and we hear The faint far murmur of the breaking flood, We hear the sea. The sea? It is the blood
In our own veins, impetuous and near,
And pulses keeping pace with hope and fear And with our feelings ever-shifting mood.
Lo! in my heart I hear; as in a shell,
The murmur of a world beyond the grave,
Distinct, distinct, though faint and far it be. Thou fool! this echo is a cheat as well,
The hum of earthly instincts; and we crave
A world unreal as the shell-heard sea. » : # (EUGENE Ler-HAmiLrON, Sonnets of the Wingless Hours.)
« pérés sont les chants les plus beaux !, » Il est vrai surtout que notre sympathie est émue par les premiers de ces sentiments plus que par les seconds. Notre âme semble s'ouvrir plus volontiers à la souffrance qu’à la joie d'autrui. Nous nous associons plus facilement aux plaintes douloureuses d’ « In Memoriam » qu’au chant d’allégresse de l’ « Epithalamium »; Shelley nous émeut plus profondément dans la tristesse d’ « Adonaïs » que dans les extases d’ « Epipsychidion ? »; et, depuis Aristote, la haute poésie dramatique sait qu’elle est vouée aux tragiques souffrances et aux larmes. Mais cette puissance d'exprimer une douleur en vers émouvants ne s'associe pas nécessairement à une conception pessimiste de la vie et de la création. Quelques-uns des chants les plus déchirants nous sont venus d’âmes chrétiennes pleines d’espérance, ou de fermes esprits que ne trouble pas la pensée de l’humaine ignorance. Le poète philosophe que nous avons cité plus d’une fois, Emerson, n’a pas de pièce plus achevée, plus émue et en même temps plus exquise de forme que sa « Threnody », sur la mort de son fils bien-aimé, de son « hyacinthine boy * ». Il n’en demeure pas moins le plus convaincu et le plus éloquent de ceux qui ont cru que le monde est bien fait et que la vie est bonne; que le poète doit être joyeux; qu’il a pour mission de répandre sur l’univers un esprit de gaîté et d’allégresse, et qu'il reçoit des choses une inspiration de bonheur confiant.
« Le Printemps fait encore du printemps dans notre âme, Quand soixante ans sont passés;
L'amour réveille ce cœur palpitant Et nous ne sommes jamais vieux.