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Nous voulons parler de cette fin radieuse du poème

«... Emily A ship is floating in the harbour now », etc.

qui peint ou qui imagine le ravissement de l’amour heureux. 3. Voir à ce sujet SreDman, The Nature of Poetry, p. 261. La haute et pure philosophie de cette belle pièce est résumée dans ces vers :

« Saying : What is excellent, As God lives is permanent ; C Hearts are dust, hearts’ loves remain, Heart’s love will meet thee again. »

Au-dessus des glaciers de l'hiver, Je vois l'éclat de l’été, Et, à travers l’amas accumulé des tourbillons de neige, Les chauds boutons de roses qui se cachent au-dessous !. »

C’est bien l’enseignement que donne la nature à ceux qui l'ont aimée passionnément, à ceux qui l’ont observée d’une vue directe, sans l’intermédiaire des systèmes ou des croyances. C'est l’impression qui se dégage du tableau qu’en à tracé Thomson. Il s’est longuement enivré des mille beautés de l’univers ; il s’y est plongé avec ravissement, comme ce faneur qu'il nous montre couché sur la prairie et tout recouvert d'herbe fraîche, de fleurs et de parfums. Comment de toules ces beautés, dont chacune est une joie, pourrait-on extraire cette essence : — la tristesse? Non les choses en elles-mêmes sont une source d'inépuisables et de pures voluptés. Il n’y a d’amertume en elles que celle qu’y verse notre passion ou notre inquiétude. Elles ne sauraient être rendues complices de notre égoïsme ni de notre présomptueuse ignorance ?. Leur vie d’ailleurs ne nous apprend-elle pas que les troubles, les

1. « Spring still makes Spring in the mind, : When sixty years are told; Love wakes anew this throbbing heart, And we are never old.

Over the winter glaciers, I see the summer glow, And through the wild-piled snowdrift, The warm rosebuds below. »

(The World-Soul.)

Le plus éloquent des apôtres du pessimisme, Schopenhauer, n’a-t-il pas dit lui même : « Le malaise des soucis et des passions est apaisé par un simple regard jeté sur l'univers; le torrent des passions, l'orage des désirs et des craintes, le tourment de la volonté, tout est aussitôt calmé d’une facon merveilleuse. » (Die Welt als Wille und Vorstellung, cité par Ribot, p. 99 de son étude sur Schopenhauer.)

2. Le groupe des poètes naturalistes de l'Amérique : Emerson, Thoreau Whittier, Lowell, etc., offre ce caractère de n’avoir jamais cédé à cette tendance. Un critique français l’a remarqué avec justesse : « Aucun d’eux n’a jamais eu le tort d’amollir l’âme en faisant de la nature la complice de ses passions, l'écho de ses douleurs... Sur ce point ils se dégagent du groupe des grands peintres du paysage idéal : Bernardin de Saint-Pierre, Cowper, Chateaubriand, Wordsworth, Byron, Lamartine, G. Sand, sortis de l’école de Rousseau qui lui-même, selon Lovwell, dérive à son insu de Thomson, ce poète incomplet mais sincère, le premier qui essaya de rendre avec des mots ce qu'avaient fait avec des lignes et des couleurs Salvator Rosa et Le Poussin. » (BENrzoN, Le Naturalisme aux États-Unis. Revue des Deux Mondes, 15 sept. 1887.)

violences et le désordre ne sont qu’un accident passager; que ce qui paraît lassitude ou épuisement n’est que l'epos et préparation d’une énergie nouvelle; qu’il n’y a pas de mort, mais seulement une transformation de la vie? C’est la leçon qu’y a lue Thomson; et il l’étend à tous les modes de l'existence quand il termine son tableau du monde par ces paroles de confiante espérance :

« Les tempêtes de l'hiver passeront rapidement, Et un éternel printemps enveloppera toute la création !. »

Pour une autre raison encore il est éloigné d’une interprétation pessimiste, S'il ne verse pas dans l'illusion qui consiste à confondre l’une dans l’autre les deux moitiés du monde, il associe cependant toujours la pensée de l’homme, de ses travaux, de ses intérêts à la contemplation de l’univers. Et c’est .là une préoccupation qui exclut une conclusion découragée. Pour l’observateur qui voit les choses du haut d’un dillettantisme dédaigneux, le contraste entre le monde et l’homme peut faire ressortir la faiblesse et l'impuissance de celui-ci; et le poète, le voyant écrasé sous des forces inconscientes et brutales, prend en pitié la vie et l’acteur impuissant qui s’y agite une heure. Mais tel n’est pas le sentiment qu’inspire à Thomson univers. Il y voit le champ fécond de l'activité des hommes; il sait que leur labeur trouve dans les choses une aide, un concours assuré, et comme une sympathie inconsciente, 11 sait qu’il y a harmonie étroite entre l’être humain et cette nature où il vit, dont il vit et qui le fait ce qu’il est. Sa poésie est utilitaire, si l’on entend par là que le souvenir de l'influence des choses sur les intérêts humains y est toujours présent. — Dans le beau traité d'esthétique auquel nous avons tant de fois déjà fait allusion, Ruskin jeune s'élevait avec véhémence contre cette conception mesquine et stérile qui mêle à la contempla-

1. Winter, 1068, 1069. — II y a cependant un passage des Saisons où l’on -pourrait être tenté de voir une interprétation pessimiste de la vie et du monde. Le poète vient de décrire et de célébrer l’Age d’or, I] lui faut bien, quand il y compare le temps actuel, constater une décadence, et il parle de « nos âges de fer », de « cette lie de la vie ». (Spring, 211, 307.)

Mais ce n'est pas dans ce passage qu’il faut lire la pensée de l'écrivain. Il n’y a là que le développement d’un lieu commun et Ja transition établie par le poète entre deux beaux morceaux descriptifs : celui de la nature à l’âge d’or et celui du Déluge.

tion du Beau lhumiliante préoccupation de lUtile. Mais Ruskin vieilli, relisant les pensées qu'il avait autrefois énoncées, les corrige dans ce qu'elles avaient d’exclusif et d’absolu : « À mesure que j'avance en âge les aspects de la nature qui « intéressent la vie des hommes me deviennent chaque jour « plus chers; et j'aime mieux aujourd'hui voir un champ de brune moisson que la plus brillante Aurore boréale ! »..…. la jeunesse sympathise plutôt avec la joie, la plénitude et la magnificence des choses, et les cheveux blanc avec ce qu’il y a en elles d'achèvement, de satisfaction et de repos *. »

Ces sincères et profondes paroles du grand esthéticien sont une réponse à bien des reproches et à bien des dédains que l’on a opposés au poème des « Saisons ». Nous ne pouvons mieux clore qu'en les citant l'étude où nous avons tenté de déterminer les caractères de Thomson poète descriptif, et de montrer en lui un observateur et un peintre d’une franchise

rigoureuse, d'une simplicité qui n'exclut ni la pénétration du

regard, ni la variété des impressions, ni l'émotion de l'âme; un artiste qui aima la nature d’un vif amour sans éprouver le besoin d’y ajouter des caractères ambitieux et incertains ; un homme enfin qui, de cette contemplation charmée, a fait passer dans son œuvre l'influence apaisante et heureuse qu'il a trouvée dans les choses *.

4. « As I have grown older, the aspects of nature conducive to human life have become hourlv more dear to me: and [ had rather now see a brown harvest field than the brightest Aurore Borealis. » (Modern Painters, éd. de 1888, vol. I, note de la p. S4.)

2. « … The youth sympathizing more with the gladness, fulness, and magnificence of things, and the grey haïirs with their completion, sufficiency and repose. » (Mème volume, p. 92.)

3. Tel est bien l’enseignement qu'a su trouver dans l’œuvre de Thomson, un des plus fermes esprits du xvin° siècle et l’une des plus touchantes victimes de la révolution. Mme Roland, dans la prison qu'’elie ne devait quitter que pour l’échafaud, se rappelait et citait de mémoire quelques vers des « Saisons ». Ils lui apportaient, comme aurait pu le faire la nature elle-même, un réconfort et une influence apaisante. « …… Ces vers de Thomson », écrit-elle, « que je ne répète jamais sans attendrissement :

« Pleas’d Was I, in my cheerful morn of life,

When murs’d by careless solitude I liy'd,

And sung of nature with unceasing joy,

Pleas’d was I wandering throngh your rough domain,

Through the pure virgin-snows, myself as pure, ete.» (Mémoires de Mme Roland.)

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