‹ James ThomsonChapitre 145 sur 294 · ASS · texte numérisé non relu

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L'invraisemblance de la fable est naïve. La pauvre glaneuse dont la vue inspire dès l’abord à Palémon un violent amour, lui parait ressembler au vieil Acasto, son bienfaiteur, dont il recherche depuis longtemps la fille, et il se trouve que Lavinia est cette fille même. Les sentiments sont d’une psychologie toute sommaire.

€ Il la vit charmante, mais il ne vit pas la moitié

Des charmes que sa vue modestement baissée tenait cachés : A ce moment même l'amour et un chaste désir

Naquirent dans son sein !. »

Cet amour, de naissance si subite, s'exprime en exclamations, en interrogations et en interjections continues : « Quel dommage qu’une beauté si délicate... soit destinée aux rudes embrassements de quelque rustre grossier ?! — O vœu romanesque, je voudrais qu’elle fût sa fille $! —— Es-tu donc la fille laissée par Acasto ‘? — O toi, plus douce que le printemps “! — Il tesied mal, oh! il sied mal à la fille d'Acasto f»,etc.

Saint-Lambert n’a pas conservé l’épisode ?; peut-être l’origine biblique lui en déplaisaitelle. Mais le récit est resté longtemps populaire en Angleterre. Goldsmith le faisait figurer parmi ses extraits choisis des beautés de la Littérature anglaise *; et un poête provincial y prenait la matière d’un long poème en deux chants *. Nous ne recommandons à per-

1. Autumn, 229-232. — 2. Ibid., 237-241. — 3. Ibid., 251. — 4. Ibid., 265. — 5. Ibid., 210. — 6. Ibid., 282.

7. 11 lui en faut un cependant pour l’Automne. Il reprend le premier épisode de Summer, le dépouille de tout ce qui en faisait la raison d’être, el le réduit à la plus insignifiante anecdote. Cinquante vers nous apprennent que la naïve Rosette et le jeune Lubin s'aiment, qu’un orage les effraie, qu’ils veulent rentrer chez eux, rencontrent sur leur chemin un tombeau, et en profitent pour jurer de s’aimer toujours.

8. « Selection of the Beauties of English Literature. » L’hommage ainsi rendu à l’auteur des Saisons est d’ailleurs fort diminué par cette remarque dont Goldsmith fait précéder le morceau : « Mr. Thomson, though in general a verbose and affected poet, has told this story with unusual simplicity. It is rather given here for being much esteemed by the public, than by the editor. » (Murray's Goldsmith, vol. lII, p. 438.)

9. « Palemon and Lavinia. À Legendary Tale. In two Parts. Enlarged from a story in Thomson’s Seasons, by Davio Mounrrort, Prompter of the Theatre-Royal. Edinburgh. » 11783.

L'ouvrage est devenu très rare. L’exemplaire du Brilish Museum est incomplet. Le poème est écrit en strophes de quatre pentamètres à rimes alternées. La première partie contient LVIII strophes, la seconde doit avoir

sonne la lecture de l’œuvre de Mountford. Nous reconnaissons même que sous la forme beaucoup plus brève où il paraît dans les « Saisons », le récit n’est pas un chef-d'œuvre. Thomson, avec la collaboration de Pope, ne nous a pas donné une version nouvelle à comparer au simple et pénétrant récit de la Bible. Son imitation est bien pâle à côté de la sobre esquisse où Hugo a fixé le charme grave de l’idylle juive ‘.

Au total, on le voit, ces passages ne sont pas de ceux qui ajoutent beaucoup à la gloire du poète. Ils viennent moins de lui-même et de l’inspiration de son vrai génie, que de son temps et des influences qui l’entourent. Il n’a ni le talent de narration alerte et souple, ni le don dramatique qui aurait pu insuffler la vie aux personnages de ces petites scènes. Et cependant, même dans ces hors-d'œuvre, se retrouvent encore quelques traces de la personnalité vigoureuse du maitre. Dans l’ampleur et la sonorité du vers d’abord. Et puis, pour ce qui regarde le plus important de ces épisodes, dans une manière à tout prendre plus large, plus robuste et plus saine, qui tranche au milieu des œuvres de ce temps. Le tableau de genre du bain de Musidora — le souvenir le plus saillant que laisse la lecture de ces passages narratifs — peut avec avantage être comparé aux scènes analogues où se complaisent la littérature et l’art du xvin® siècle. Pour la morale comme pour l’art, la sensualité un peu grossière des peintures de Thomson vaut mieux que les mièvres élégances de Prior, de Parny ou de Dorat, ou que la licence à froid de Swift, de Montesquieu ou de Voltaire. Il y a dans son fait une teinte de réalisme peu délicat, mais il n’y a pas de libertinage. Et c’est peut-être un mérite que d'avoir rappelé, à l’époque où florissait Boucher, les droits et la beauté du naturel, fût-il même un peu cru.

à peu près la même étendue, à en juger par le développement atteint par le récit à la strophe L, la dernière qui figure dans l’exemplaire de la grande Bibliothèque de Londres.

1. La Légende des Siècles. Booz endormi. — A. Chénier semble avoir eu la pensée de traiter le même thème, témoin ce vur° fragment d’idylle qu’il imite « des vers de Thomson en faveur des pauvres glaneuses ».

IT Patriotisme et Politique.

Il y a dans les « Saisons » bien d’autres développements parasites que les Épisodes. Ceux-ci étaient, au moins par quelque lien fragile, rattachés au poème descriptif. Nombre d’autres morceaux ! ont pour seule raison d’être le désir du poète d'entretenir ses lecteurs des sujets qui occupaient alors les esprits, ou de faire une place — au second plan et derrière la Nature — à un nouveau personnage, James Thomson lui-même. Nous passerons rapidement en revue les passages où nous sont ainsi révélés les pensées de son esprit et les émotions de son cœur, les jugements de son goût aussi bien que les témoignages de sa science ou les traits de son esprit.

Le patriotisme est une des sources d'inspiration qui viennent le plus souvent alimenter ces effusions du poète. Il avait apporté d'Écosse une foi nationale sincère, et il y mélait, nous le savons, quelque secret espoir que la politique le conduirait, comme plus d’un écrivain avant lui, à la richesse et aux honneurs. Aussi sommes-nous tentés de lui savoir gré de ce qu'il n’ait pas plus souvent encore abandonné le sujet propre de son poème pour adresser à qui de droit les tirades de son patriotisme quelquefois éloquent et souvent déclamatoire. |

L'occasion en est d'ordinaire l’éloge de quelqu'un de ces hommes d'État du parti whig auxquels il était attaché par ses convictions non moins que par ses ambitions ou sa reconnaissance. Nous voyons apparaître successivement au milieu des tableaux de la nature (comme, dans les parcs alors célè-

bres, chaque tournant de chemin était orné d’une colonne, d’une urne ou d’un terme), les portraits de ces hommes publics, de renommée fort inégale, auxquels le poête assigne

1. Quelques chiffres préciseront l'importance relative de ces deux éléments fournis par le poème. Dans l’Hiver, qui ne renferme pas d'épisodes, sur 1066 vers, 375, soit plus d’un tiers, sont consacrés à ces développe-

- ments accessoires. Le nombre en serait dans le « Printemps » de 500 vers, sur AATS, soit près d’une moitié; dans | « Eté » de 673, sur 1805; et dans l « Automne » de 648, sur 1373.

d’uniformes et sublimes vertus : Dodington ‘, Onslow , Argyle *, Forbes ‘, Lyttelton’, Pitt, Cobham *, Wilmington * ou Chesterfield *. — Nous n’avons guère de renseignements utiles à recueillir de ces extraits. Ce n’est pas dans les louanges extravagantes adressées à des Dodington ou à des Wilmington que l’histoire cherchera des documents sur les hommes d’État du xvrr° siècle. Mais ce qui peut frapper dans ces panégyriques, c’est l’insistance avec laquelle l’auteur célèbre chez ses héros leur amour de la liberté, leur dévouement à la patrie, et aussi (car la plupart appartiennent à l'opposition) aux doctrines du parti whig. Le terme patriot revient sans cesse dans l’énumération des vertus de ces politiques. Le mot n’a pas alors la même valeur qu'aujourd'hui. Les « patriots » ce sont les partisans des droits de la nation, en contraste avec les serviteurs trop zélés du roi ‘.

Mais le patriotisme, avec le sens que nous attachons à ce mot, est également présent dans ces effusions de Thomson. Le poète ressent et exprime fortement l’orgueil national de ses concitoyens et de ses contemporains. Il a le patriotisme local de l’Écossais. Il énonce avec fierté les beautés de son pays de lacs, de forêts et de montagnes; il en résume l’histoire avec enthousiasme !. Mais il a surtout le patriotisme britannique. A maintes reprises il exprime l’orgueil que lui inspire la grandeur de sa patrie, et qui ne va pas sans une bonne part de dédain ou de haine pour les rivaux de l’Angleterre ‘?. Il demande qu’un homme d’État se lève, digne de présider aux détestinées de la patrie et qui ne souffre plus cette humiliation de laisser les bateaux hollandais pêcher dans les baies et les estuaires anglais ! Ce sont parfois des occasions inattendues qui font jaillir ces hymnes à la gloire de la Liberté ou de la constitu-

1. Summer, 21-31 — 2. Autumn, 9-22. —:3. Ibid., 929-943. — 4. Ibid., 944- 949. — 5. Spring, 903-961. — 6. Aulumn, 1048-1069. — 7. Jbid., 1070-1081. — 8. Winter, 11-40. — 9. jbid., 656-690.

10. C’est le sens que le mot conservait encore dans la langue de Burke lorsque le grand orateur représentait l'administration de Pitt (1166) comme formée d'éléments hétérogènes : « patriots and courtiers, King's friends and republicans, whigs and lories, treacherous friends and open enemies, etc. » (Cité par A. T. Thomson, p. 332.)

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