Autumn
127 L’ennemi Gaulois reçoit, bien entendu, la plus forte part de ces traits. ee par exemple : Summer, 428-430, et Autumn, 1075-1077. à
tion britannique. La description des splendeurs de la nature aux tropiques appelle, par exemple, dans son esprit et sous sa plume, le contraste de la glorieuse liberté de l'Angleterre *. Ailleurs le poète ne peut observer le tableau d’un troupeau de moutons que tondent les bergers, sans célébrer avec un trans port lyrique cette liberté politique à laquelle l'Angleterre doit d'être la plus riche, la plus heureuse et la plus puissante des nations ?. — Voilà un des éléments de vie et d'intérêt du poème pour les lecteurs à qui il s’adressait. Le patriotisme de Thomson n’était pas moins sincère que son amour de la nature. L'auteur avait le droit d'inscrire dans son œuvre cette fière déclaration que « la muse...., toutes les fois que la pensée de « la patrie envahit son cœur, prend un ton plus hardi et tente « de mêler à la flamme du poète la flamme du patriote ? ».
ITI Morale. — Sentiment et Sentimentalité.
Le caractère par lequel Thomson appartient le plus complètement à son temps, c’est, avec le goût de la prédication morale, une sensibilité qui s’épanche complaisamment en toute occasion et sur tout objet. Nous savons que ce sont là des traits qui se retrouvent à peu près dans toute la littérature du xvirI° siècle. Pas un écrivain qui n’y prêche et ne prodigue les . maximes vertueuses. Les plus éloquents sont peut-être ceux que leur vie prépare le moins à ce sacerdoce, comme Pope ou Diderot. Et quelles sont les œuvres littéraires de ce temps où ne s'affirme, ne s’attendrisse et ne larmoie la chaude bonté, l'humanité pitoyable d’auteurs qui s'appellent parfois Sterne ou Jean-Jacques Rousseau? Thomson n’a pas inauguré la prédication moraliste. Sans parler d’Addison et de Steele, les satires de Young avaient avant lui fait une grande place à cette inspiration. Mais nous verrons qu'il à contribué, pour une part très notable, à établir ce règne du sentiment et de la sentimentalité qui est demeuré un des caractères essentiels du
siècle.
1. Summer, 860-881 et seq. — 2. Spring, 830-848. — 3. Aulumn, 18-22.
Toutes les occasions lui sont bonnes pour adresser à ses lecteurs quelque vertueux conseil. La scène des glaneuses, vers le début del’ « Automne ! », et plus loin le tableau d’une inondation ?, lui fournissent prétexte pour une invitation à la charité. Le souvenir du bonheur et de l’innocence de l’âge d’or l'amène à décrire les vices des sociétés modernes et les maux qu'ils entraînent *. La misère des pauvres gens en hiver appelle ses protestations contre l’indifférence des hommes «orgueilleux et livrés à la dissipation » dont le plaisir est fait pour une si grande part de la souffrance d'autrui ‘. Et, dans un passage de réelle émotion malgré la langue un peu déclamatoire, il salue les hommes qui se sont voués à la réforme des prisons, à l’abolition d’une des plus criantes misères de la société de ce temps’. — Parmi les hautes objurgations se glissent aussi quelques conseils familiers et d’ordre plus modeste. De même que le poëte flétrit l’égoïsme des riches en accents dont se souviendront Goldsmith et Rousseau, il imite, avec moins de finesse et de grâce, les sermons laïques d'Addison sur la pratique des petites vertus d'intérieur. Il s’indigne par exemple contre les paresseux qui peuvent préférer leur lit aux plaisirs réservés au promeneur matinal f. Et c’est un nouvel exemple à citer, moins tragique que celui de Sterne et de Jean-Jacques, du désaccord qui peut régner entre l’enseignement et la pratique Chez un moraliste. — A propos de la chasse, il s’élève contre la participation des femmes à ce jeu cruel, et trace un programme des occupations, des talents, de la toilette même qui conviennent « aux beautés anglaises ? ».
Cette chaleur d’affection que nous a fait connaître la vie de Thomson, son poème en reproduit plus d’une fois la trace. Rien de plus significatif que la différence entre les éloges, glacés malgré leurs hyperboles, qu'il adresse aux hommes d’État ou aux grands personnages dont il recherche l'appui, et ceux où il parle des amis qu'il s’est faits. On peut comparer les louanges officielles et rémunérées de lady Hertford ÿ, de Dodington ou de Wilmington, à celles où il célèbre Argyle, le grand seigneur écossais, qui à généreusement favorisé ses débuts, ou Lyttelton, « l’ami » *, ou Forbes, le patron des
1. Autumn, 169-176. — 2. Ibid, 350. — 3. Spring, 211-307. — %: Winter, 322-358. — 5. Ibid., 359-388. — 6. Summer, 61-80. — 7. Autumn, 510-609. — 8. Spring, début. — 9. Ibid., 905-961.
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premiers jours, le père d’un camarade tendrement aimé". Il y a surtout un accent de profonde émotion dans les vers consacrés à des amis perdus. Tels ceux où il rend un hommage de regret affectueux à James Hammond, l’orgueil de la petite société d'écrivains et d'hommes du monde où l’a connu Thomson?. Ces quelques vers des « Saisons » feront plus sans doute pour assurer au gentilhomme-poète une part d’immortalité que ses froides Élégies amoureuses. Tel aussi le passage où il pleure la mort de la jeune Stanley enlevée à dix-huit ans à l'affection de sa mère et à de chères amitiés *.
Voilà le sentiment juste, ému sans extravagance, sorti du cœur et s'adressant au cœur. [1 est digne de l’homme que nous avons appris à connaître; il est en harmonie avec cette mélancolie attendrie que l'influence de la nature communique, à certaines heures, même à l'observation la plus résolument optimiste. Thomson l’a noté dans une des pages de « l'Automne ». Il vient de décrire le spectacle d’une douceur navrante qu'offre l’année à son déclin : les feuilles qui tombent lentement en cercles capricieux, ou que le vent agite et fait tomber en pluie, ou qui tapissent les allées de la forêt et font entendre un sifflement lugubre quand le vent soulève et trans-
. porte leurs amas flétris. Plus de fleurs, les derniers fruits
tombent et tout prend un aspect désolé qui fait frissonner l'âme. « La voici! la voici! — Avec chaque brise arrive l’in- « fluence de la Mélancolie philosophique! Son approche est « annoncée par une larme qui jaillit soudain, par le feu des « joues. et les battements du cœur... Mille idées et mille pas- « sions se pressent devant l'esprit — la piété... l'amour de la « Nature, de toute la nature et surtout de la race humaine; le « grand et ambitieux désir de rendre les hommes heureux; le « soupir pour le mérite souffrant perdu dans l'obscurité ‘. » Retenons ce mot, « l'amour de la Naturé, de toute la nature ». C'est par là que le sentiment va prendre un développement excessif et mal dirigé, et verser dans la sentimentalité. Thomson ne se lasse pas de s’apitoyer sur les souffrances des