Ibid
Delille a repris ce thème. Il flétrit la chasse, et cette « lâche victoire sur d’impuissantes victimes ». Il invite les chasseurs à s’adresser de préférence aux fauves. (L'Homme des Champs.) Mais il a compris combien l'excès peut ici devenir puéril, et il semble bien qu'il ait en vue le paragraphe de Thomson, quand il écrit :
« Pourtant, quelque intérêt que m'inspirent vos maux, Je n’irai point, rival du vieillard de Samos, Répéter aux humains sa plainte attendrissante, Je ne m’écrirai point d’une voix gémissante : « Cruels, que vous ont fait l’innocente brebis, Que vous à fait l’oiséau. . : . * .
Que vous a fait le bœuf? »
(Malheur et Pitié. Ch. 1, p. 15, 16.)
Roucher n’a pas les mêmes réserves, ni le même sentiment du ridicule. 1! traduit Thomson (sans le dire) dans une langue plus médiocre.
« Arrête, homme vorace, arrête : ta furie,
Des Tigres, des Lions passe la barbarie.
Jamais ces animaux dans le sang élevés
Du lait de la Brebis ne furent abreuvés;
Ils ne furent jamais revêtus de sa laine.
Le Bœuf pour les nourrir féconde-t-il la plaine? C’est pour toi que, sans fiel, docile à l’aiguillon, Il creuse sous le joug un paisible sillon. »
(Les Mois. Vol. I, chant I, p. 15, 16) 4. Suminer, 1124, 1125.
moutons « contempler tour à tour le ciel lugubre et la terre « brillante avec des regards de désespoir muet ! ». Cette sympathie qui s’afflige des rigueurs de la nature garde, à plus forte raison, pour toutes les victimes de l’égoïsme humain, de la pitié et des vers. Quelques-uns sont touchants et bien venus, comme ceux où « sa muse pleure sans honte ses frères des « bosquets », « les jolis prisonniers que l’homme enferme dans « une cage étroite pour satisfaire un cruel caprice, ou dont il « pille le nid, insoucieux de la douleur qu’il cause ? ». Mais les traits sont au contraire, trop souvent, de goût douteux. Le poète s'élève contre la pratique inhumaine d’enfumer les abeilles pour prendre le miel des ruches, et il nous montre ce peuple heureux dans ses cellules de cire, occupé des tra- « vaux de la commmunauté, faisant des projets de tempérance « pour l'hiver et la disette, et se réjouissant de voir amassées « les amples provisions, quand soudain monte la noire fumée « étouffante qui suffoque par milliers ces insectes délicats « habitués à de plus douces odeurs * ».
La chasse, on le comprend, est l’objet de sa réprobation violente. Pour nous attendrir plus sûrement il nous montre successivement les souffrances de chacun des animaux. Il nous intéresse, après Pope, au spectacle du faisan atteint par le plomb. Sa description moins curieusement pittoresque et précise est plus émue et plus touchante *. Il ne voit pas seulement l’oiseau et son plumage éclatant, mais la somme de bonheur que représentait cette petite vie, et la couvée, ses alarmes, son épouvante. Le lièvre est à son tour l’objet d’une description dont nous avons noté ailleurs l’extrême et délicate justesse. Elle se termine par quelques vers indignés sur « cette folie « tumultueuse et cette joie discordante de la foule confuse des « chiens, des chevaux et des chasseurs, tous triomphants d’une « faible et innocente créature qui ne sait que fuir * ».
Le cerf est le sujet du troisième tableau dans cette descrip-
1. Winter, 261-263. — 2. Spring, 113-127. — 3. Autumn, 1172-1200.
4. Autumn, 360-318. — Por, Windsor Forest, v. 111-119. Thomson n’a conservé ni le « whirring » du vol de l'oiseau, ni le « panting beats the ground », ni le « scarlet-circled eyes ». Mais il adopte l’épithète « triumphant » par laquelle Pope caractérise d’un mot le spectacle superbe de l'oiseau traversant l'air; et « varied plumes » dans l « Automne » est un souvenir de « varying dyes » de Windsor Forest.