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Liberty, part II

3. Thomson a d’ailleurs lui-même exprimé son respect el son admiration pour Ashley Cooper, 3e comte de Shaftesbury. Voir Wünfer, 1551-4555. — Le panthéisme de Shaftesbury ou de Pope n’est pas du reste une doctrine choisie pour ses mérites propres. C’est surtout une des formules par où s'exprime chez eux le sentiment d’une harmonie parfaite dans la créalion; c’est optimisme qui se retrouve sous cette forme métaphysique.

Quant aux vers de Pope qui énoncent la doctrine, ils sont nombreux dans l'Essay on Man. Contentons-nous de rappeler ce distique :

« All are but parts of one stupendous whole, Whose body Nature is, and God the soul. »

c’est que toute poésie de l’univers a une tendance à voir dans la divinité l’âme des choses ‘. Ce genre évidemment s’accommode, mieux que la poésie didactique ou morale, d’un système qui aboutit à l’apothéose de la nature. L'auteur des « Saisons » cependant n’a pas trouvé d'inspiration très heureuse dans cette doctrine demeurée en son esprit incertaine et nuageuse. La poésie philosophique n’est pas son fait. Il n’y a pas dans sa langue cette ferveur contenue qui à permis à Dryden, par un phénomène presque unique, de traiter en grand poète des thèses de philosophie ou de politique.

. Thomson est plus heureux dans les vers de sentiment purement religieux. Quand, oublieux des subtilités métaphysiques où il lui arrivede se perdre, il se laisse entraîner à une effusion de piété, pour adorer la puissance suprême, force immanente et essence unique, ou au contraire Dieu créateur et Providence tutélaire, alors il trouve des accents d’une éloquence enflammée qui ne sont pas indignes de Milton. Tels sont quelques-uns des passages rappelés plus haut *. Tel est surtout cet « Hymne » qui tout à la fois résume le tableau de la nature et fait de la Création entière un chœur magnifique de joie reconnaissante.

Ici sans doute il convient de mentionner les quelques analyses psychologiques qui se rencontrent dans le poème. Il ne s’agit pas d’une étude des passions traitée à la façon des dramaturges. La seule part faite par les « Saisons » à cette forme d'art, nous l’avons rencontrée dans les épisodes, et nous avons dû noter alors de quelle faible valeur sont ces peintures de l’amour. Mais dans d’autres parties de l’œuvre se montre une tentative d’analyse scientifique de passions, méthodiquement poursuivie et exposée *. C’est, dans le & Printemps », la peinture de l’amour naissant, l'étude des manifestations diverses

1. Ce n’est pas seulement Virgile qui nous en fournirait la preuve :

« Spiritus intus alit, totamque infusa per artus, Mens agitat molem, et magno se corpore miscet »;

le plus chrétien des poètes, Cowper, a écrit :

« There lives and works A soul in all things, and that soul is God. »

2. Summer, 115-191, 1782-1788; Wünter, 216-222; Spring, 555-570.

3. Un passage de |’ « Eté » expose même et la méthode, et l’objet, et les limites de la science qui étudie les phénomènes de lesprit. (Summer 1182-1789.) |

de ce sentiment et des transformations qu'il peut subir. Nous voyons exposé l’amour chez la jeune fille ‘, puis chez le jeune homme — avec force recommandations morales à l’un et à l’autre sur les dangers qui les menacent *. Alors viennent les maux et les tourments de l'amour, les souffrances de l’amant séparé de sa maitresse *. Puis les déviations de l’amour,; la jalousie “, « cette peste qui teint tout en jaune * ». Enfin un tableau des félicités de l'amour honnête, du mariage et de la famille °.

Nous n'arrivons guère à goûter les passages que ces thèmes ont inspirés au poète. Sa langue y paraît trop souvent boursouflée. Sa large et sonore période ne se prête pas heureusement à l’analyse des fines et délicates nuances de la vie du cœur. Dans la peinture des transports violents il arrive vite à l'hyperbole déraisonnable. S'il s’agit de l’amant que torture l’absence de celle qu’il aime, « son âme ravie vole bien loin jus- « qu’au sein imaginaire de sa belle, ne laissant derrière elle « que l’image d’un amant immobile ? ».

Hyperbole et banalité, tels nous paraissent être aujourd’hui les deux caractères principaux de ces observations et de ces descriptions. S'il fallait y chercher une trace du tempérament individuel du poète, peut-être pourrait-on la trouver dans la conception qu’il s’est faite de l'amour chez les jeunes filles. Nous savons, par sa vie, qu’il à su comprendre l’amour sous une forme très pure et très haute $. Mais quand il peint les émotions d’une jeune fille qui aime, si touchante et si chaste

-qu'il veuille la figurer, ses descriptions ont quelque chose de

lourdement appuyé, de sensuel et d’indélicat.

« Les désirs soulèvent son sein en palpitations violentes; « un désordre délicieux envahit ses veines, et toute son âme « qui s’abandonne est amour. Son amant détourne ses yeux « de ce regard ardent, tout plein lui-même des chers et « puissants transports, et pâmé de langueur ?. »

1. Spring, 962-981. — 2. Ibid., 982-994. — 3. Ibid., 995-1072. — 4. Ibid., 1074-1441. — 5. « The yellow tingeing plague » (Ibid., 1082). — 6. Ibid., 1412-1175. — 7. Jbid., 1019-1021. Voir encore 1091-1095.

$. Il a su aussi dire quelle est la noblesse morale de ce sentiment :

« That noble wish, that never-cloved desire, Which, selfish joy disdaining, seeks alone To bless the dearer object of its flame. »

| (Ibid., 290-293.) 9. lbid., 961-972.

« Un parfum puissant, exquis comme l’haleine de Mai « quand, après s'être épandue sur les violettes, elle arrive à la « bergère pâmée d'amour, qui doucement entend son berger « haletant s'approcher pour se glisser dans ses bras *. »

Nous avons relevé plus haut la teinte de sensualité un peu grossière qui se mêle aux peintures de femmes qu'a tracées Thomson ?. C’est le même caractère qui reparaît ici. Il ne mérite pas un blâme très sévère. Rappelons-nous quelle licence moins franche, moins naturelle et moins inoffensive autorisaient les mœurs et les exemples de ce temps. Nous comprendrons que les contemporains de Thomson n'aient vu dans son poème rien que la plus rigide moralité. Longtemps après sa mort c'était un grand écrivain français et une femme qui admirait à la fois la pureté de l’enseignement et la beauté poétique des peintures de l’amour dans les « Saisons ». « Les vers de Thomson me touchent plus que les sonnets de Pétrarque * », disait Mme de Staël. Et dans une autre partie du même ouvrage : € Est-il une plus délicieuse peinture de l'amour dans « le mariage que les vers qui terminent le premier chant de € Thomson sur le Printemps *? »

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