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CHAPITRE VII

L'œuvre poétique de Thomson nous paraît donc formée de deux éléments très divers. Par l’un d’eux, la description du monde sensible, l’auteur se montre à nous comme un génie original et novateur. Par l’autre, l’écrivain se rattache étroitement à son temps et en reflète les pensées, les préoccupations et les goûts. C’est à une même constatation que nous conduira l’étude qu’il nous reste à faire des « Saisons » au point de vue de la forme. Nous relèverons ce qui appartient en propre à Thomson et ce qui lui est inspiré par les influences alors régnantes, en analysant la langue du poète dans son vocabulaire, dans sa grammaire, dans les figures de sa langue poétique, dans le rythme général et dans les particularités prosodiques de son vers.

Le Vocabulaire.

La recherche de l'originalité dans les termes est un des caractères qui frappent immédiatement le lecteur des « Saisons ». Aucun poète, depuis Milton, n'avait à pareil point éprouvé le besoin de créer des mots. Ce besoin en effet ne s'associe guère aux tendances de l’école classique. Un écrivain peut être tenté de forger un terme nouveau quand il s’agit

pour lui d'exprimer une sensation inédite, de peindre un objet au caractère fortement individuel, de traduire la nuance nettement déterminée d’une pensée. Mais l’école classique aspire surtout à l'expression du général. Elle ne se heurtera guère à cette difficulté qu’oppose la langue à la notation d'effets exceptionnels et de caractères strictement particuliers. Le talent d’un écrivain tel que Pope s’applique à combiner ingénieusement les mots de la langue; il n’a nul besoin d’en façonner de nouveaux, et considère volontiers tout néologisme comme une hérésie condamnable *.

Thomson au contraire avait des choses nouvelles à dire, des observations et des impressions à enregistrer qui n’avaient pas encore reçu d'expression dans la littérature de son pays. Il pe se fit pas scrupule d'étendre considérablement le vocabulaire dont se servaient ses contemporains. Du reste il n’était pas besoin pour cela de faire violence à la langue. L’anglais offre à l'esprit d'invention de l'écrivain d’inépuisables ressources. La faculté de réunir dans des combinaisons nouvelles les termes du vocabulaire courant, permet une création indéfinie de mots. Ils pourront avoir une valeur particulière très précise, et seront cependant immédiatement compris. C’est que les combinaisons qui les ont produits suivent des lois consacrées par l'usage constant du langage. Ces nouveaux venus ne paraîtront pas des étrangers ni des intrus, car ils sont formés d'éléments connus combinés selon des formules connues.

Thomson sait quelles ressources offre au poète ce caractère de la langue anglaise. Il admire volontiers, chez les maîtres ou chez ses amis, les épithètes complexes ?. Il résiste aux efforts

11e « Be not the first by whom the new are tried. » (Essay on Criticism, 11, 135.)

Rien de plus caractéristique à cet égard que les observations de Pope lui-même sur les épithètes composées chez Homère (préface à la traduction de « l'Iliade »). « Whenever they can be expressed in a single word as in a compound one, the course to be taken is obvious. Some... may have justice done them by circumlocution ; as the epithet eivusiguAhoc Lo a mountain, would appear little or ridiculous translated literally « leaf-shaking », but affords a majestic idea in the periphrasis : The lofty mountain shakes his waving woods. » -

2. « Let me mention the comprehensive compound epithet : all-shunned. » (Lettre à Mallet au sujet du poème de celui-ci, The Excursion, 11 août 1726.)

des critiques auprès desquels ces néologismes n’ont pas trouvé grâce !, et, dans tout son poème, il prodigue les termes composés nouveaux.

Toutes les variétés de combinaisons auxquelles se prêtent le vocabulaire et la grammaire de l’anglais peuvent être relevées dans les « Saisons ». Les substantifs composés d’abord. Quelques-uns sont d’un usage banal, et du reste le caractère de combinaison y apparaît peu, le premier terme ayantautant la valeur d’un adjectif que celle d’un élément actif dans la formation d’un terme nouveau : « insect-tribes ?, forest-walks *. tulip-race ‘ », etc. — Quelquefois, le groupement moins banal comporte un sens plus complexe : € the harvest-treasures * »,. pour « les trésors des moissons »; € reaper-train © », pour «la ligne des moissonneurs »; « torrent-softness * », pour « une douceur qui:a la force d’un torrent ».

Puis viennent les épithètes. Le premier terme est souvent un nom. Le deuxième alors peut être un adjectif : « bloodhappy $, the plume-dark air * », etc. Plus fréquemment ce deuxième terme est un participe passé : « sage-instructed eye !!, flower-enwoven bowers !!, love-enlivened cheeks *, mind-illumined face ‘*, blood-polluted fur ‘*, tower-encircled head , art imagination-flushed !$, rhyme-unfettered verse !’, vapour-burdened air !*, sea-girt reign ‘, sea-encircled globe *, leaf-strewn walks ?!, stench-involved *?, toil-strung youth * », ete. — Au lieu du participe passé souvent nous trouvons un participe présent : € world-reviving sun *, heart-expanding view , life-refining soul *, romp-loving jui 7, love-breathing ra ?8, careeluding art *, joy-resounding fields , Nature’s all-refining

4. Dans la même lettre à propos d'observations sur l’ « Hiver » faites par leur ami commun, le peintre Aikman : « Should I alter my way, l would wrile poorly; | must choose whal appears to me the most significant epithet, or I cannot with any heart proced. »

Dans lexemplaire de Mitford, au vers 485 de Spring, Pope proposait deux corrections pour remplacer « dewy-bright ». C’étaient « bright with dew », ou « in that wild ». Thomson maintient son adjeclif composé.

2. Spring, 60. — 3. Ibid., 177. — 4. Ibid., 538. 5. Autumn, 1917. — 6. Jbid., 225. — 7. Spring, 984. — 8. Autumn, 456. 9: “1bid:, 869, — 10. Spring, 209. — 11. 1bid., 1058. — 12. Ibid., 1085. — 13. 1bid., 1141. — 14. Autumn, 84. — 15. Ibid., 114. — 16. Ibid., 140. — 17. 1bid., 648. — 18. lbid., 829. — 19. Ibid., 874. — 20. Ibid., 926. — 21. Jbid., 955. — 922. lbid., 1206. — 23. Ibid., 1223. — 2%, Spring. 51. — 25. Aulumn, 40. — 26. 1bid., 89. — 27. Ibid., 528. — 28. Ib'd., 593. — 29. Ibid., 605. — 30.

Ibid, 635. 2

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