Summer
C'est, au delà de Milton, Virgile lui-même qui nous est ici rappelé par le choix du verbe, en même temps que la construction est un hardi latinisme.
Mais c'est bien Milton qui a fourni le modèle de cette forme de phrase :
Meantime this fairer nymph than ever blest Arcadian stream !..….
dans laquelle l’adjectif précédé d’un adjectif déterminatif est, contrairement à la grammaire de l’anglais, séparé de son complément.
En résumé la grammaire de Thomson, comme son vocabulaire, nous montre une indépendance et un désir d'originalité par où le poète se distingue des écrivains de son temps. Mais dans les formes de sa phrase, comme dans le choix de ses mots, il pousse à l'excès la recherche des effets de force et de noblesse; et la répétition abusive de constructions favorites donne parfois à sa langue une incontestable monotonie et un caractère regrettable d'artifice et de déclamation.
La langue poétique.
Hypallage et mélonymie. — Si, de la grammaire de notre poète, nous passons à sa rhétorique, nous trouverons là encore plus d’une occasion de comparer le style qu’il s’est fait avec celui des écrivains de son temps. L'école de Pope n'avait guère de faveur pour ces audacieuses figures qui, dans le style des grands poètes imaginatifs, font violence à la langue et aftirment la supériorité du génie sur les lois de l’usage. Il est douteux que toute l’œuvre de Pope renferme un seul exemple d'hypallage comme ce vers où Thomson reproduit une expression célèbre de Virgile :
The dark wayfaring stranger breathless toils 2.
2. Winter, 177. Cf. Virgile : « Ibant obscuri sola sub nocte ».
Moins frappantes, mais de même nature sont les figures de Ces vers :
The well-earned treasures of the painful year !.
RTL mountains.… Breathing the soul acute ?.
Le lecteur des «Saisons » ne Larde pas à remarquer le retour fréquent de cette forme de métonymie qui consiste à employer un terme abstrait avec un sens concret. Ce n’était assurément pas là une hardiesse nouvelle dans la poésie anglaise. Tous les poëtes y ont eu recours, et le plus grand d’entre eux en a prodigué les exemples les plus saisissants *. Mais chez Pope et les écrivains de son école, nous ne trouvons plus guère que des métonymies banales, trop effacées par l’usage pour avoir conservé aucune valeur propre. Dans les plus mouvementées des œuvres du maître, dans celles où le feu de la passion doit le plus facilement provoquer l’apparition de traits hardis, nous rencontrons à peine quelques figures telles que celle-ci : « Là, « nulles saintes images d'argent, léguées par des avares à leur « lit de mort — ne tentaient, présents insuffisants, de suborner « la colère des dieux * ».
Ilest aussi chez Thomson nombre de termes abstraits dont l'emploi dans un sens figuré appartient au vocabulaire courant des poètes. Maisil en est d’autres au contraire où l’écrivain a mis l'empreinte vigoureuse de sa personnalité et de sa maitrise de Ja langue *.
« Les jeunes oiseaux. brisent leur fragile esclavage ‘ », pour
4. Autumn, 344. — 2. Aulumn, 881. 3. « Divine perfection of a woman. » (King Richard III, acte I, sc. 11, 75.) « Bring in the admiration. » (Alls Well, cte., acte Il, sc. 1, 91.) « O fair affliction, peace! » (King John, acte IIT, sc. 1v, 36.) « Yea, joy. » (2° Henry 1V, acte IT, sc. 1v. 52.) « Unthrifty loveliness. » (Sonnet IV). — Etc., elc.
Es .
« No silver saints, by dying misers given, Here bribed the rage of ill requited heaven; But such plain roofs as piety could raise... » (Eloïsa to Abelard, 131-139.)