‹ James ThomsonChapitre 227 sur 294 · II · texte numérisé non relu

II

Et cependant il y a autre chose que des défauts dans ces cinq chants qu'aucun rayon de popularité n’a jamais illuminés. Les compliments de Hill font l'effet de pures ironies quand il loue « l'élégance, l’harmonie, l'énergie vivante, et l’exacte propriété des termes. » (Lettre du 17 février 1735.) Mais nous pouvons nous associer à lui quand il considère « la grandeur « du plan, la noblesse, la profondeur, la richesse des senti- «ments ». Et nous trouvons encore après lui à relever dans cette œuvre de réelles beautés dont il a peut-être été peu frappé.

Après avoir consacré sa première œuvre à la nature, entreprendre un grand poème à la gloire de la Liberté et à celle de PAngleterre ce n’était pas une tentative médiocre. Nous savons que le jeune poète y apportait autre chose que le savoir-faire indifférent d’un rhéteur. Cest tout son être moral qui s’exprimait dans cette longue revue des événements humains, comme son génie artistique s'était donné carrière dans la peinture de la vie de la nature. Le plan adopté pour l'exécution n’était pas moins ambitieux que la conception première. Il y a peu d’exagération dans ce résumé que donne Hill du poème : .… Tout « ce que les hommes ont souffert, ont fait ou ont pensé à tra- « vers toutes les révolutions des âges oubliés, votre muse... « le rappelle, le rejoue, le fait revivre, jusqu'à ce que nous « devenions contemporains de tous ces siècles d'action, jusqu’à « ce que nous voyons et sentions les changements par lesquels € ils ont brillé ou ont péri * ». L'enthousiaste et amical critique se trompe lorsqu'il déclare réalisé cet ample programme. Mais n’y a-t-il pas quelque grandeur à lavoir tenté?

4.11, 46. — 2. IT, 254. — 3. III, 265. (Remarquer la valeur de « gaiety », trisyllabe). — 4. IV, 727. — 5. Lettre du 17 février 1735.

L'idée maîtresse du poème c’est que la liberté est dans les communautés humaines la source de tous les biens, de toutes les vertus et de tous les progrès. Et l’auteur se trouve ainsi amené à retracer non seulement l’histoire des révolutions politiques de la Grèce, de Rome, de l'Italie et de la Grande-Bretagne, mais aussi le tableau des arts, de la pensée philosophique et de la civilisation dans ces pays. On comprend que, malgré son étendue, le poème ne suffise pas à pareille tâche. Du moins dans cette étude incomplète abondent les pensées généreuses, les vues élevées et les nobles sentiments. En dépit d’une persistante et insulaire étroitesse qui lui fait tout paraitre inférieur à son pays, qui lui fait comprendre l’histoire tout entière comme une lente préparation de la grandeur de l'Angleterre et de ses libres institutions, jamais écrivain n’a célébré avec plus de chaleureuse conviction les gloires de la Liberté.

Il y a certes chez l’auteur une limitation du goût artistique, une incapacité à comprendre certaines formes de la beauté, qui nous frappe dans les riches développements où il apprécie l’œuvre des grands artistes de la Grèce, de l'Italie ou de la France. Il ne s’est pas affranchi des jugements qui, jusqu’à la fin du xvrrr° siècle, ont eu force de loi en ces matières. On chercherait en vain dans ces pages une allusion à la beauté des édifices gothiques; on n’y trouverait rien qui ressemble aux quelques vers où Milton a dit l'émotion religieuse qu’il ressentait sous les hautes voûtes aux vitraux mystiques ‘. Le temps était encore lointain où l'on devait voir dans l’art du moyen âge autre chose qu’une décadence barbare ou d’informes tentatives vers un idéal nouveau :

« Les Goths de tous les siècles n’ont fait que charger la terre « de lourds et prétentieux monuments de honte ?. »

Et l’effort si curieux des primitifs italiens vers un idéal de beauté à la fois subtil et naïf est apprécié par notre poète en ces termes :

« Indigente était la manière de ses premiers adeptes, stérile «et sèche, s’écartant à peine du goût qui, pendant des siècles,

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