‹ James ThomsonChapitre 229 sur 294 · II, 381 et suiv · texte numérisé non relu

II, 381 et suiv

Da « The sweet enforcer of the poet’s strain, Thine was the meaning music of the heart,

Aussi bien que l’enthousiasme du dilettante, l’ardeur patriotique dicte à Thomson plus d’une belle page. Nous avons eu à rappeler quelques passages où ce sentiment donne seulement naissance aux développements ampoulés et confus d’une rhétorique déclamatoire. Mais il en est d’autres aussi où, malgré le défaut persistant d’une affabulation fâcheuse, le poète trouve de retentissants et fiers accents. Telle est la page, d'un mouvement soutenu et d’un bel élan, où il célèbre la condition de ces rois constitutionnels de l’Angleterre qui, « impuissants pour le mal, ont, pour faire le bien, un pouvoir sans limites ! ». Dans toutes les parties du poème se rencontrent de ces vers sonores, pleins, heureusement balancés, où se reconnaît la main du maitre ouvrier :

Though Conquest o’er them clapped her eagle wings, Her laurels wreathed, and yoked her SnOWY steeds To.the triumphal car ?.

The Forum and comitia horrid grew A scene of bartered power, or reeking gore *.

Tout ce tableau rapide de l'Histoire de l’Angleterre que contient le VI° chant mérite aussi d’être signalé. C’est un horsd'œuvre sans doute, et une amplification de rhétorique, mais où ne manquent ni l’ardeur intime du sentiment, ni la fermeté de la forme. Il y aurait intérêt à comparer ce morceau aux passages analogues de La Henriade. C’est le même ton et « la même marche d'idées * » avec plus de souplesse et d’élégance dans la langue de l'écrivain français, plus de feu et d'enthousiasme chez le poète anglais.

Nous ne mentionnerons que pour mémoire d’autres morceaux où Thomson peut soutenir la comparaison avec plus d’un écrivain fameux de son temps. La dernière partie de œuvre nous le montre sous un aspect nouveau, celui du

Not the vain trill, that, void of passion, runs

In giddy mazes, tickling idle ears;

But that deep-searching voice, and ‘artful hand

To which respondent shakes the varied soul. »

1. IV, 4447-4476. — 2. III, 153-155. — 3. IF, 397, 398. LL 4. L'expression est de Brugière de Barante (Théâtres RUES D t. X; Vie

de Thomson. ?f

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poète satirique. Sans doute il ne s’y trouve pas de mérites qui mettent ces pages hors de pair. Ces attaques contre la richesse oisive, contre le luxe insolent et sans goût; cette exposition des plaisirs vains ou coupables où se dissipe la vie des heureux de la fortune, le théâtre, le bal, le jeu; puis le tableau de la ruine qui suit et venge ces désordres; l'abandon des flatteurs et des parasites qui « la rafale venant secouer leur patron, «s’enfuient comme une pluie de feuilles flétries et le laissent « dépouillé ! »; tout cela, comme les déclamations sur la vénalité des gouvernants ?, est le bien commun dont vivent les nombreux satiriques de cette époque. Mais il faut aussi reconnaître que, dans cette voie qui n’est pas la sienne, Thomson apporte une énergie, un élan qui le font l’égal non pas sans doute äe Pope dont il n’a pas l'esprit scintillant ni la mordante concision, mais au moins de Young.

Dans cette œuvre de prédilection où il voulait mettre le meilleur de sa pensée, Thomson, on peut le croire, réservait une place à ses doctrines philosophiques. Quand il passe en revue les divers établissements des peuples grecs et les foyers de civilisation créés par la liberté, il s’arrête au nom de Crotone, pour rappeler Pythagore et son enseignement. C’est l’occasion d’un exposé nouveau de cette doctrine de la métempsychose à laquelle notre poète montre un fervent attachement. Il accepte, nous le savons, avec son corollaire nécessaire, le végétarianisme ?; et il la complète par sa conception d’un mouvement sans cesse progressif. Ailleurs encore, il fait honneur aux anciens Bretons d’une croyance à la transmission perpétuelle d’une vie individuelle ‘. Il voit même dans cette croyance le fondement de leur courage, sans s'arrêter à cette considération que la même doctrine religieuse n’a pas fait naître l’héroïsme chez les peuples de l’Indoustan qui l’ont conçue . 4

« La Liberté » nous donne encore l'indication d’une doctrine métaphysique grandiose sur laquelle le poète fonde toute une théorie scientifique et morale de la plus haute importance. A propos de l’enseignement de Pythagore, il signale la première

AVE (195; — 2. V, 209-220. — 3. INT, 32-70. — 4. IV, 630-646. 5. Sur l'hypothèse que cette doctrine ait été enseignée par les druides, et sur ses liens avec les doctrines du brahmanisme, on connaît les pages

de Henri Martin (Histoire de France, t. T, p. 46, 47).

apparition de l'hypothèse de l’attraction, et avec une hardiesse qui ne messied pas à un poète, 1 voit dans l’amour le principe essentiel de la mystérieuse force‘. Il n’y a là qu’une indication très sommaire. Mais dans la dernière partie du poème, il reprend la même conception pour lui donner encore plus d’ampleur. L'amour, répandu et diffus dans l’immensité de ’univers, pénètre toutes les créatures; il les associe dans sa tendance à la vie; puis condensé et épuré il fait naître les passions humaines successivement graduées dans l’ordre de leur noblesse jusqu’à celle qui l’emporte sur toutes les autres : le dévouement au bien public. Et unissant dans son audacieuse hypothèse l’explication du monde physique et les phénomènes les plus complexes de la morale et de la sociologie, il déclare indispensable à l'établissement et à la prospérité d’une communauté libre cette « gravitation morale ? »,cet amour mutuel des citoyens qui se confond avec l’amour de la chose publique.

Tout cela reste de la métaphysique de poète, plus encore, il faut le dire, par le vague de la conception et la gratuité des assertions que par la richesse et la beauté du langage. Mais au moins l’exposé des théories scientifiques, astronomie de Pythagore ou gravitation newtonienne, est-il fait de la main d’un maître écrivain. Et pour le reste, si la philosophie de Thomson est un très pâle reflet de quelques grands systèmes métaphysiques, encore faut-il porter au crédit de notre poète l’ambition d’avoir voulu donner à ces hautes spéculations une expression littéraire et la parure des vers.

Cest cependant un mérite dont la postérité ne lui a pas su plus de gré que les contemporains. Il faut que le malheureux poème ait tenté bien peu de lecteurs pour qu’à une époque où l’on note avec tant d'intérêt tous les antécédents scientifiques ou littéraires de la théorie de l’évolution, on n’ait pas signalé la conception embryonnaire qu’en donnait l'œuvre de Thomson. On n’a pas davantage observé que le faiseur de vers avait, comme les grands philosophes-poètes de l’antiquité, et comme les penseurs les plus hardis de l’idéalisme moderne, proposé de voir l’amour au fond de toutes les manifestations de cette force universelle qui unit les molécules et qui cimente les sociétés. [l est bien probable que ni Darwin ni Swedenborg

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