Voir surtout acte V, sc
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gances d’imaginations en délire, insuffler la vie à d’impossibles créations, c’est l’art, inférieur sans doute, mais difficile à acquérir, des dramaturges de second ordre dans les époques de grande puissance dramatique. Sur un pareil terrain Thomson n'aurait pu rivaliser ni avec Marston ni avec Lee.
Avait-il plutôt ce qu'il faut de subtile puissance d'analyse, de pénétrante observation des replis cachés du cœur pour pouvoir comme un Racine deviner les secrets des sentiments, leurs mobiles mystérieux et leure répercussions lointaines? Avait-il cette puissance de synthèse qui permet à notre grand classique de ramasser ces observations délicates ou profondes et d’en former ces créatures générales auxquelles manquent sans doute le trait individuel et la personnalité concrète, mais non pas l'intensité de vie?
Un impartial examen de l’œuvre de Thomson ne permet pas de répondre affirmativement à cette question. Il n’eut pas plus le don du psychologue que le talent du dramaturge; il ne sut ni faire mouvoir des groupes nombreux, ni créer de vivants personnages. Si l’action de son drame est mortellement lente et froide, l'intérêt n’en est pas davantage soutenu par une subtile analyse des cœurs ou par une fidèle et précise représentation de leurs agitations. Sa tragédie ne nous offre ni cohésion dans les caractères, ni logique, vérité ou vraisemblance dans le développement des passions.
Nous avons dit déjà de Sophonisbe qu'il est malaisé de savoir s’il y a en elle quelque amour sincère pour Massinissa. Dans sa première entrevue avec lui ’, elle n’a dans la bouche que des prières d’abord et ensuite des outrages. Pas un mot de passion, pas un cri indigné pour protester contre le reproche de per fidie que lui adresse son ancien amant. Quand elle-même à son tour s’attache au souvenir du temps de leur amour, elle semble le faire par un calcul de coquetterie plus que par un émoi sincère. Dans l’acte suivant ?, nouvelle scène de reproches et d’injures quand la reine vient éveiller la jalousie de Massinissa par ses prières en faveur de Syphax. Et lorsque, dans la même scène, un revirement complet suit ce cri de Sophonisbe : « Comment peux-tu me tuer ainsi? » rien ne nous permet de comprendre pareil changement de ton; rien ne nous fait savoir