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« CORIOLANUS. » 599 le goùt du xvun siècle aurait pu désirer qu'il fût; et le lecteur n’emporte qu’une idée confuse el incohérente de cette image flottante dont l’auteur n’a pas su préciser les contours ni accentuer les caractères dominants.
Est-il besoin de continuer cette étude et de passer en revue les principaux personnages”? Il serait trop facile et il serait cruel de comparer aux créations de Shakespeare les exemplaires amendés qu’en à donnés Thomson. Son Aufidius à la même incohérence que son Coriolan. L'auteur a répugné à én faire un pur traître de mélodrame; il n’a pas voulu cependant nous y montrer un héros de plus haute moralité que Coriolan lui-même; et il n'a pas su fondre dans l’unité de la vie les éléments hétérogènes qu’il à associés. Les personnages secondaires, dont quelques-uns donnent tant de saveur et d’attrait au drame de Shakespeare, ont ici disparu. Tel Ménénius, le patricien politique et bon enfant qui S'Oppose par un contraste si heureux, au caractère de Coriolan. Telle cette Volumnia qui, sans avoir prononcé une parole, nous laisse le souvenir d’une des plus délicieuses figures de Shakespeare, et vaut plus que dé longs commentaires des historiens pour nous faire voir et nous faire comprendre la vieille république aux mœurs austères et pures. Ou bien ils ont perdu leur caractère, comme ce Cominius, le noble chef et l'ami attristé de Coriolan, qui chez Thomson devient un pompeux orateur et adresse à Marcius révolté un cours de politique égalitaire sur les droits des plébéiens, « couches profondes » où se recrute l'élite de la nation. Faut-il rappeler enfin ce qu’il a fait de cette admirable Yolumnia ‘ dont l’orgueil peut seul égaler celui de Coriolan et dont la fière volonté finit par fléchir la colère de son fils? Thomson nous la montre à bout d’éloquence, tirant de ses vêtements un poignard et menaçant de se tuer. C’est devant cet argument mélodramatique et vulgaire que Coriolan renonce à sa vengeance.
Il est plus juste de dire que si Thomson n'avait pas les dons de l'historien et du poète, s’il n’a pas su, comme Shakespeare, revoir des yeux de l'esprit et reconstituer devant nous une des époques de la Rome antique, s’il n’a pas su davantage donner
1. On remarque les changements de noms. Volumnia est, chez Shakespeare, la mère, et chez Thomson la femme de Coriolan. La mère preud ici le nom de Veturia.
à ses personnages l'intensité de la vie parce qu’il n’avait ni le don de divination de l'historien, ni la puissance de création du poète tragique, il n’est pas d’autre part responsable de toutes les erreurs de goût ni des anachronismes moraux que nous avons relevés. Il écrivait pour son temps, il s’est inspiré des sentiments de son temps; et, telle qu’elle était, sa tragédie a su plaire à ses contemporains. Près de vingt ans plus tard, quand déjà la critique et le public montraient une intelligence plus exacte du génie de Shakespeare, Sheridan le père donnait au théâtre un « Coriolan‘ » dans lequel il croyait bien faire en mélangeant à doses à peu près égales la pièce de Shakespeare et celle de Thomson.