‹ James ThomsonChapitre 264 sur 294 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Ni la production intermittente de quelques tragédies, ni le travail de revision et de remaniement des « Saisons » ne constitue un bagage littéraire important pour la période de douze années qui va de l’achèvement de « La Liberté » à la mort du poète. À partir de 1736, dans sa paisible demeure de Richmond, Thomson, renonçant aux visées ambitieuses pour jouir en philosophe d’un peu de gloire et d’une aisance modeste, s'abandonne à une oisiveté qui contraste avec l'énergique activité des dix années précédentes. Pour les amis qui faisaient sa société ordinaire, cette nonchalance était un sujet fréquent de railleries et de reproches. Plusieurs de ces censeurs partageaient cependant le goût de notre poète pour le repos et pour les plaisirs du dilettantisme. Il voulut riposter à des accusations qu'il ne croyait pas mériter seul, et s’amusa un jour à tracer en quelques strophes le portrait des compagnons de son loisir. Ge sont ces légères esquisses qui sont devenues « Le Château d’Indolence ». Cette aimable confession d’un paresseux s’est peu à peu développée au point de former une œuvre considérable. Pendant plus de dix ans, l’auteur n’a cessé de la retoucher, de la perfectionner et de l'accroître ‘. Il y a mis, à défaut du grand enthousiasme qui

1. « After fourteen or fifteen years the Castle of Indolence comes abroad in a fortnight. » (Thomson à Paterson, avril 1748.)

soutient son effort dans le long labeur des «Saisons », une élégance souple et facile, une philosophie tour à tour élevée et railleuse, et l'harmonie d’un art exquis. C’est ce poème qu’il nous reste à étudier, cette épopée de l’Indolence chantée par un indolent. Nous y trouverons le témoignage extrêmement intéressant de la transformation que cette époque a vue s’accomplir dans le goût littéraire, dans les motifs d'inspiration et dans le credo artistique de l’auteur des « Saisons » et de « La Liberté ».

Le poème comprend deux chants d’égale longueur. Le premier est occupé par la description du Château, du magicien qui l’habite, de ses hôtes et de la vie qu’ils y mènent. Il nous présente la peinture des plaisirs de la paresse. Le second chant apporte une contre-partie utile. Il nous fait connaître le chevalier Travail, sa lutte contre Indolence, la vanité des joies que l’enchanteur promet à ses dupes, et les maux qui se cachent sous ces voluptés.

Après un court préambule, six strophes sont consacrées à nous décrire le Château et le site où il s'élève. Puis nous entendons les chants du magicien, ses promesses et l’énumération des joies qu’il assure à ses adeptes ‘. Des nombreux auditeurs que. sa voix attire, beaucoup se pressent pour entrer dans le palais. Quelques-uns plus sages hésitent méfiants. Ceux qu’il peut atteindre et toucher perdent toute force et deviennent ses prisonniers ?. — Nous suivons dans le Château la foule de ces hôtes nouveaux. Nous les voyons, sous la direction du gras et somnolent gardien de la porte, échanger leurs vêtements pour des robes flottantes et de souples chaussures. Ils vont boire à la fontaine d’Oubli qui jaillit au milieu de la cour, et ils se dispersent dans la silencieuse-étendue des jardins, invités par le maitre à vivre selon la devise du lieu : Fais ce que veux; ne prends point souci de ce que fait ton voisin; mérite ton bonheur en évitant de gêner les autres*.

Alors vient la peinture de ce séjour merveilleux où nul bruit importun ne trouble la paix des hôtes, où les mets les plus recherchés sollicitent leur appétit ou leur gourmandise, où tous les raffinements de l'élégance et de la richesse s’unissent pour assurer à leur paresse la demeure la plus luxueuse,

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