What is the adored Perfection, say
What but eternal never-resting soul
Who fills, surrounds and agitates the whole. » (Canto IT, str. XLvr.) Comparez Spring, 848-854.
petitesses et des misères sociales. Après avoir fourni un vol gracieux, elle éprouve assez vite le besoin de reprendre terre. Et cependant cette impuissance à planer dans les régions de la grande poésie ne va pas sans quelque compensation. Son épopée c’est dans les « Saisons » que Thomson nous l’a donnée. Il a su montrer là assez de haute aspiration et une noblesse d'exécution assez soutenue pour satisfaire les plus difficiles. Mais son dernier poème, par cela même qu’ilest moins solennel et plus familier, nous révèle certains aspects nouveaux de l'esprit et du génie de l’auteur; il complète heureusement pour nous sa physionomie littéraire. Il y avait chez Thomson un fond de gaîté joyeuse et non pas sans malice que laissent deviner ses lettres intimes, mais non pas ses premières œuvres poétiques. À peine un passage de |’ « Automne » (le repas des chasseurs) montre-t-il un essai de plaisanterie. Encore cette page est-elle surtout une satire d’allure, il faut le dire, un peu lourde. Au contraire le « Château » abonde en traits où nous voyons que le grand peintre de la nature, le solennel historiographe de la liberté, le majestueux poête tragique avait aussi, dans quelque coin de son génie, le don du sourire et des malicieuses ironies. C'est un des éléments qui concourent à donner au ravissant poème sa tonalité dominante. L’auteur ne croit pas lui-même à son conte, et il ne veut pas que nous le prenions au sérieux. Il raille quand il décrit les séductions de ce séjour où il a passé de si douces heures, et je crois bien qu'il sourit encore au moment où il décrit les horreurs funestes de la paresse. Ces touches d'humour sont très légèrement posées; elles ne risquent jamais de faire dégénérer l’œuvre au vulgarisme d’un poème burlesque. Elles suffisent à nous rappeler que féerie, magiciens et chevaliers ne sont pas pour nous faire illusion, et que nous n’avons pas à attendre ici les récits toujours nobles et graves d’un Spenser.
Voici par exemple les salles du château, toutes tendues de tapisseries. L'auteur nous en décrit les sujets et il en prend occasion pour railler les fausses sentimentalités des élégies et des bucoliques, au contraste de la franche et fraîche beauté d la nature. z
« Mainte douce histoire y était tissée... Des amants inclinés « l’un vers l’autre, dans un vallon solitaire, épanchaient avec « abondance leur cœur délicieusement torturé; ou bien, expri-
Re PE nes
« mant leur passion par de tendres regards, ils enflaient la « brise et enseignaient à l’écho charmé à retentir de leur souf- € france, tandis qu’autour d'eux les troupeaux, les bois et les € ruisseaux inspiraient le repos et la paix !. »
Les scènes contemplées dans le « globe magique » fournissent une ample matière aux ironies du philosophe. Nous y voyons l’avare à son bureau, entouré de ses registres, tout rongé de soucis et de besoin, et voici que « de cette ei « vile et sale sort en Hocunt l'héritier, prodigue éblouis- € sant : il est tout éclat et gaîté; il est tout émaillé d’ or, hôte € sans cervelle de l’air d’un jour d'été ? ».
A côté de ceux-ci, les savants € toujours dans leurs livres, € tournant et retournant sans cesse la page : souvent ils sai- « sissent la plume comme s'ils étaient inspirés et pleins des € fureurs de Thespis; et alors ils écrivent et raturent de façon € à nous toucher de compassion * ».
La peinture des politiciens affairés, qui vient ensuite, n’estelle pas digne de la bonhomie narquoise de Goldsmith?
€ Ils étaient réunis en de mystérieux conciliabules eten con- € seils nocturnes; et tantôt ils se chuchotaient quelque chose € à l'oreille, tantôt un haussement d’épaules disait le poids de € leur opinion; puis comme pour recueillir un surcroît de « lumière, leurs yeux clignotants se fermaient ‘. »
Ces traits ne font pas défaut, on doit s’y attendre, aux portraits où l’auteur s’est amusé à peindre les amis qui ont avec lui savouré les coupables plaisirs de l’indolence. Voici Paterson et Armstrong unis € pour une promenade silencieuse (d’un « silence plein de profondeur, car ils ne parlaient jamais) 5 », A côté de ces taciturnes personnages, le jeune Forbes représente au contraire le mouvement et la gaîté. Mais l’excès en
toute chose est fâcheux, et cette exubérance joyeuse devient un
fléau quand elle nuit au sommeil :
« De même qu’aux premiers jours de juin une mouche au « corsage d’or bruni... entonne son chant au milieu des vastes « salles, et d’abord berce doucement la foule des heureux dor- « meurs, mais ensuite, tourbillonnant autour de leurs lits, « chasse, des sons profonds de sa trompe, leur doux som-
« meil 5... »
ve SS
1. Canto ÏJ, sir. xxxvr. — 2. Canto I, str. Li. — 3. Canto I, str. Li. —
- 4, Canto JE str. ENS Can ONE SEE Lx: 0321632. 16. rte I, str, LxIv.
Enfin, pour finir, rappelons une strophe où sont raillés avec bonne humeur ces clercs que toutes les satires ont aimé à charger, et l'excellent Murdoch qui avait persévéré avec plus de constance que son ami, sinon avec une plus réelle vocation, dans la voie qui conduit au ministère ecclésiastique :
« Très souvent notre sol était foulé par de saints pieds; de « clercs on aurait pu observer grand’foison. Dans la foule il « en est un que je remarquai entre tous, un homme de Dieu, « petit, rondelet, gras et onctueux. Il avait dans l’œil certain « scintillement fripon, et sa prunelle brillait d’un éclat humide € qui n’avait rien de religieux quand une damoiselle bien prise « venait à passer. S'il était remarqué, le faucon rentrait dans « sa mue et tout à coup se rappelait sa dévotion :. »
Cest là une note en poésie que nous entendrons chez un bien petit nombre des contemporains de Thomson. L'esprit, chez les poètes, se manifeste alors autrement. Il apparaît dans les satires personnelles où Pope, avec une verve fort éloignée de toute bonhomie, cingle ses ennemis de distiques cruels comme des coups de fouet. On le trouve encore dans la parodie, soit légère et gracieuse comme dans l’ « Enlèvement de la Boucle », soit prolongée et mordante comme dans les satires de Martinus Scriblerus ou dans le Tom Thumb de Fielding. Mais ces traits de malice mêlée de bienveillance, cet esprit rehaussé par la fantaisie poétique et par l’évocation pittoresque des objets ?, ces caractères essentiels de l'humour dont Thomson nous a fourni plusieurs exemples, il faudra descendre le cours du siècle jusqu’à Goldsmith pour les retrouver.
À considérer le « Château », non plus au point de vue du sujet ou de l’inspiration qui anime l’œuvre, mais à celui de la forme, du style et de la versification, le poème nous apparaît encore comme un phénomène isolé, comme une anomalie saillante