TO THE MEMORY OF THOMSON
« Ye who from London’s smoke and turmoil fly To seek a purer air and brighter sky,
Think of the bard who dwelt in yonder dell, Who sang so sweetly what he loved so well; Think, as ye gaze on these luxurious bowers,
Here Taomsox loved the sunshine and the flowers : He who could paint, in all their varied forms, Aprils young bloom, December’s dreary storms. By yon fair stream which calmly glides along, Pure as his life and lovely as his song, There oft he roved. In yonder churchyard lies
All of the deathless bard that ever dies;
For here his gentle spirit lingers still,
In yon sweet vale, on this enchanted hill, Flinging a holier interest o’er the grove,
Stirring the heart to poetry and love,
Bidding us prize the favourite scenes he trod,
And view in Nature’s beauties Nature’s God. »
Nous ne savons ni qui écrivit les vers ni qui les a placés là. Un correspondant les communiquait, le 15 août 1864, au Ladies Own Journal, et demandait s’ils avaient été écrits par le « présent Poète-Lauréat ». A coup sûr ils n’en ont guère l’apparence.
1. Édit. in-8 de 4749. Une édition irlandaise, de format in-12, paraissait la même année.
en 1750 une édition ! des œuvres où plusieurs corrections de détail étaient apportées au texte de l’auteur. Mais il prenait plus au sérieux sa mission. [1 prépara plus tard une édition d’où le poème serait sorti à peu près méconnaissable. L’ « Hymne » devait disparaitre, et quelques-uns des vers de cette magnifique prière, non pas tous, auraient trouvé place en différentes parties de l'ouvrage. Tout ce qui, dans la philosophie du poète, pouvait paraître suspect à l’exigeante orthodoxie de l'éditeur était modifié ou supprimé: Certains vers étaient transposés ; tout ce qui semblait à Lyttelton ou dur ou obscur, ou d’une correction grammaticale insuffisante était consciencieusement rectifié sinon élagué. Les changements de termes étaient extrêmement copieux. Heureusement ce beau dessein ne se réalisa point, et Thomson n'eut pas à souffrir de cet étrange abus de confiance *. L’opposition aussi sensée qu’énergique de Murdoch eut raison du zèle intempestif de Lyttelton. Quant à celui-ci, il s’était donné quelque satisfaction en faisant paraître une version de « La
1. Suivie d’une nouvelle édition en 1752 (puis d’une 3° en 1758). Lyttelton à Doddridge pour lui annoncer l'envoi d'un exemplaire de cette édition :
« Hill Street, March 22, 1750.
« By the Northampton coach of next week, I shall send Mrs. Doddridge a new, compleat and correct edilion of Mr. Thomson's works made under my care, which 1 beg the favour of her to accept. You will find this edition much preferable to any of the former, though not entirely free from false prints. Great corrections have been made in the diction and many redundancies have been cut off... so that upon the whéle I am persuaded you will think Mr. Thomson a much belter poet, if you take the trouble to read over his works in their present form, than you ever thought him before... » (PnizLimore’s Memoirs of Lyttelton, vol. I, p. 322.) — Voici quelles sont les principales modilications apportées au texte de 1746 par l'édition de Lyttellon : la dédicace, l’avant-propos et 87 vers de V « Automne » sont supprimés. Ces vers sont rétablis avec des variations comme un appendice au poème sous ce titre : « The Return from the Fox-chase, a burlesque poem in the manner of Mr. Phillips ». (vol. I, p. 239). On voit que Lyttelton ne goûtait pas le mélange du plaisant au sévère. — Quant à la Liberté elle perdait 4400 vers! Deux strophes sont supprimées dans le « Château d’Indolence », Chant I, str. LV et LVI.
2. La bibliothèque de Hagley conserve l’exemplaire interfolié sur lequel Lyttelton.avait exécuté son travail de remaniement. :
La bibliothèque du Musée Britannique possède un exemplaire de l’édit, de 1158 sur lequel des notes manuscrites reproduisent les corrections préparées par Lyttelton. (Brit. Mus., 11632, c. 51.) On y lit cette indication :
« The copy now in the possession of the present lord Lyttelton. It was. given to lord Spencer by Matthew Montagu Esq. who Le it Se
the books of Mrs. Montagu. »
RP Tr
ENS PURPPMAUNE
Liberté » où, grâce à une manipulation énergique, le nombre des chants était ramené de cinq à trois‘. Le mal était moins grave, et sans doute Murdoch eût consenti à sacrifier « La Liberté » s’il avait fallu payer ce prix pour sauver les « Saisons * ».
Il ne rendit pas seulement à Thomson ce service d'empêcher une mutilation de son œuvre. Lui-même publia en 1762, avec Andrew Millar, une magnifique édition des œuvres complètes, en deux beaux volumes in-4, ornés de portraits du poète, de nombreuses gravures illustrant les poèrnes ou les œuvres dramatiques, et précédés d’une biographie. Le texte était celui de la petite édition de 1752 5. Murdoch avait, ici encore, opposé une énergique résistance aux tentatives de Lryttelton pour corriger l’œuvre du poète ‘. L'ouvrage était publié par sous-
4. L'édition fut publiée par A. Millar. Dans une préface au lecteur, l'éditeur dit à propos de Liberty : « The author was sensible of its being too long. It has been therefore considerably shortened, by reducing the five parts into three. »
La première partie a pour titre Ancient and Modern Italy compared, et contient 485 vers; la deuxième, Greece, a 443 vers, et la troisième, Brilain, en a 985. «
2. Lyttelton a rendu à son ami un hommage plus acceptable dans ses « Dialogues des morts », tout en continuant à faire ses réserves sur les défauts qu’on l’a empêché d’ élaguer. Dans le Dialogue in Elysium between Boileau and Pope, nous lisons :
« Boileau. — Who is the poet that arrived soon after you in Elysium, whom I saw Spenser lead in and present to Virgil, as the author of a poem resembling the Georgics? On his head was a garland of the several flowers that blow in each season, with evergreens intermixed.
Pope, — Your description points out Thomson. He painted nature exactly
and with great sirenglh of pencil: His imagination was rich, extensive
and sublime : his diction bold and glowing, but sometimes obscure and affected. Nor did he always know when to stop or what to reject.... »
3. Celle-ci reproduisait le texte de 1744, sans les modifications qu’y fit l'auteur pour l'édition de 1746. (Voir plus haut, p. 164, n. 4.)
4. Le Rév. John. Wooll a publié, dans sa biographie de Joseph Warton, la lettre où ce modèle des éditeurs oppose son refus formel de concours aux entreprises projetées par Lyttelton sur le poème de leur ami. Nous en a) ons les passages saillants :
From Dr. Murdoch to Mr. Millar (sans date).
« Dear sir, .« With regard to the alterations proposed to be made in Mr. Thomson’s Seasons, having now fully considered that matter, and seen how few and inconsiderable his own last corrections were, I am confirmed in my first
opinion — so much, that I shall retract most of my concessions, and even some of the alterations which I thought I had made for the better. In a
word, I can have no hand in any edition that is much different from the
cription. Le roi figurait en tête de la liste pour une somme de cent livres. Après lui venaient la Reïine et la princesse douairière de Galles, cette veuve de Frédéric, à qui Thomson avait dédié une de ses tragédies. Parmi les noms qui suivent ceux de la famille royale, se trouvent, mêlés aux amis survivants du poète, plusieurs des représentants de l’aristocratie et quelques-unes des célébrités des lettres. Ce sont par exemple : le docteur Akenside, le docteur Armstrong, le comte de Bute, Madame Bontems, James Boswell, le docteur Blair, James Craig, sir David Dalrymple, J. Forbes of Culloden, David Garrick, John Gray(deux exemplaires), le Dr. Gusthart, Andrew Mitchell, envoyé extraordinaire en Prusse (deux exemplaires), le Très Honorable Onslow, le duc de Queensbery (cinq exemplaires), Quin, Mrs. W. Robertson, G. Lewis Scott, Mr. Jos. Spence, Mr. Jos. Warton, Mr. Thomas Warton, John Wilkes Esq.
Le produit de cette belle publication ! était destiné à assurer
small one of 1752... It is pity indeed that Mr. T. aided by my lord L. did not correct and aller many things himself; but as that went no further than a bare intention, it is too late to think of it now, and we can only say « Emendaturus, si licuisset, erat »…. What if after all some of my Lord's alterations should prove bad? this would produce a second edition and then a third, which would end in a total contempt of Mr. Thomson’s works, or in a restitution of them from the copies published by himself (and with so much deliberation and care, that his printers were tir’d to death, as you well remember.) — Spring (I. 65) ended with « greatly independent liv’d. » He, in some intemperate fit of zeal turn’d it into
« scorn’d All the vile stores corruption can bestow. »
in the stile of a party-pamphleteer.... I have therefore altered it from the subscription edition. ;
«…. As to the Hymn, if a word or lwo are alter’ d it needs give his Lordship no pain, if it is compar’d with that of Milton. There are notinit all two lines so bad, for the numbers and sense, as
« Moon that now meets (sic) Lhe orient Sun, now fly’st With the fixt Stars, fixt in their orb that flyes. »
and the theology of it, allowance made for poetic expression, is orthodox. … As to Mr. Th.s diction, of which my Lord’s acquaintances so much complain, I would recommend to these gentlemen to read Milton with care, and the greatest part of that objection would vanish.…. Certain it is that Mr. Thomson's language has been well-received by the publick, excepting those my Lord speaks of, who are more disposed to find blemishes than capable of feeling beauties.... His numbers and manners have been adopted by good authors, and, since he began to write, our poetry is become more nervous and rich... » (Biographical memoir of the late Rev. Joseph Warton, p. 252, lettre XXXI.) 3 QUES
1. Une nouvelle édition en fut publiée en 1768 par les mêmes édi-
au poête, quatorze ans après sa mort, un monument digne de lui et digne de l'Angleterre. Un cénotaphe lui fut élevé dans l'Abbaye de Westminster; et, si l’œuvre d’art est à peine médiocre, l'honneur est grand pour Thomson de figurer, à côté de Shakespeare, dans le « Coin des Poètes ! ».
Rien dans l’église de Richmoud ne disait quel mort illustre elle abritait quand, en 1792, le comte de Buchan fit placer une plaque de cuivre contre le mur nord-ouest de St. Mary Magdalene, au-dessus du point où se trouvaient les restes du poète. On y peut lire encore l'inscription qui y fut alors gravée.
teurs. Le format de cette dernière est in-8. Murdoch y corrige quelques erreurs de la biographie de 1762.
Entre la mort du poète et la publication de ses œuvres complètes en 1768 nous avons la série suivante des éditions de ses œuvres, qui nous montre combien le génie de Thomson prend possession de la faveur publique :
1749. Œuvres complètes (Millar),.3 vol. in-8.
1150. OEuvres complètes {Millar), 4 vol. in-12.
4750. OEuvres complètes (Millar), in-8 (Brit. Mus., 11631 c.). S
1752. OŒEuvres complètes (Millar), 4 vol. in-12 (Lowndes parle d’une édition in-18 de la même année).
1758. Saisons (London), in-8 (Brit. Mus., 11631. b. 43).
1758. Saisons (Dublin), in-16 (Brit. Mus., 11632. a. 36).
1760(?). Saisons (Dublin), in-12 (Brit. Mus., 1465. b. 40).
1761. Saisons (Dublin), in-8 (Brit. Mus., 11632. a. 31).
1762. OEuvres complètes, in-4.
1766. Saisons, in-12 (Brit. Mus., 11633. aaa. 45).
1168. OEuvres complètes, in-12 (Brit. Mus., 11632. 6. 50).
Dès l’année suivante, nouvelle édition des « Saisons » publiée à Glasgow 1769, in-12 (Brit. Mus., 238. a. 39), avec la biographie de l’auteur et l’Ode de Collins; et, en 1770, l'édition avec biographie, illustrations et notes de Wright, London, in-8 (Brit. Mus., 991. a. 35).
4. Le monument est placé entre celui de Shakespeare et celui de Rowe. Il a été composé par Rob. Adam et exécuté par H. Spang, et leur fait peu d'honneur. La composition est prétentieuse, l’exécution lourde et malhabile. Thomson, en costume antique, est assis, le bras gauche appuyé sur un piédestal; il tient de la main droite un livre et le bonnet phrygien. Sur le piédestal un bas-relief représente les saisons, et un amorino montre d'une main le bas-relief en même temps que de l’autre il offre une palme au poète. Sur le piédestal cette inscription :
Ætatis 48. Obiit 27 August 1748.
et ces vers extraits de l’ « Été » :
« Tutor’d by thee, sweet poetry exalts
Her voice to ages; and informs the page With music, image, sentiment and thought, Never to die! »
In the earth, below this tablet, are the remains of JAMES THOMSON Author of the beautiful Poems entituled « The Seasons », the « Castle of Indolence » etc. who died at Richmond on the 27 th of August and was buried on the 29 th O. S. 1748.
The Earl of Buchan, unwilling that so good a Man, and sweet a Poet should be without a memorial, has denoted the place of his interment, for the satisfaction of his Admirers, in the year of our Lord M>,DCC+XCIT.
Si ces admirateurs étaient alors nombreux les amis qui avaient connu le poète étaient devenus bien rares. De ses sœurs, Jean était morte en 1781 ‘, et Mary en 1790 *. Un
“4: « At Lanark, Mrs. Thomson, wife of Mr. Robert Thomson, and sister of Mr. James Thomson, author of the Seasons », etc. Cette coupure de journal recueillie par Mr. Maidment ne donne pas la date de ce décès que nous trouvons dans la biographie de sir Harris Nicolas : le 3 septembre 1781.
C'est cette Jean Thomson que Boswell vit en 4717 et qui lui communiqua des renseignements sur son frère. Boswell plaça comme élèves chez son mari, à Lanark, deux de ses neveux. Elle avait eu un fils Robert, qui étudia la médecine à Édimbourg et mourut jeune, et deux filles dont l’une, Élisabeth, était née avant la mort de Thomson, et l’autre, Béalrix, épousa Mr. Thomas Prentice de Jerviswood.
2. « Death. At Edinburgh, Mrs. Mary Thomson, widow of Mr. William Craig, merchant in Edinburgh, and sister of the author of the Seasons, She was inlerred in the Grey Friars Churchyard, on the 22"4 (being the birth-day of her brother) beside the remains of the mother of Thomson. » (The Scots Magazine, MDCCXC, vol. INT, p. 466. Edinburgh. Printed by Murray and Cochrane.)
La même annonce se trouve dans V'Edinburgh Courant qui fixe la date èn septembre. — L'indication des deux journaux est incomplète. Après la mort de Mr. Craig, Mary avait épousé un Mr. Milne, meunier.
Le fils de Mary Thomson, James Craig, l'architecte qui fit le plan de la nouvelle ville d’'Édimbourg, mourut en 1195.
Enfin Elisabeth, la Lizzie des lettres de Thomson, morte en 1747, avait eut deux fils : l’un, le docteut James Bell, ministre de Coldstream, prépara une édition variorum des œuvres de son oncle, était en relations avec Buchan en 1791, et lui donna ce renseignement que, au dire de Mrs. Thomson, dé Lanark, on avait trouvé dans les papiers laissés par le poète à sa mort le canevas d'un beau poème. L'autre fils, Thomas Bell, était négociant et mourut à la Jamaïque.
James Bell eut une fille qui vivait encore, il y a peu d'années. Quand,
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cousin cependant, Robert Thomson, celui qui, jardinier comme son père, à Minto, avait connu Thomson enfant, vivait encore au commencement de ce siècle, et mourut en janvier 1802 !.
Quant aux amis que le poète avait eus pendant quelque temps pour compagnons dans le voyage de la vie, de tous ceux qui s'étaient avancés plus loin que lui pas un seul ne restait sur la route. Hill était mort en 1750, la duchesse de Somerset en 1754, Gilbert West en 1756, Collins en 1759, Dodington en 1761, Robert Symmer et Shenstone en 1763, Young et Mallet en 1765, Millar, Riccaltoun et Gray en 1769, John Forbes en 1772, Lyttelton en 1773, Murdoch en 1774. George Lewis Scot pouvait se croire le dernier, quand, en 1777, un critique, admirateur de Thomson, lui dédiait un « Essay » sur les « Saisons », comme « au seul survivant de cette société « dont le poète était l’un des membres les plus aimables ? ». Cependant, lorsqu'il mourut, en 1780, il laissait encore derrière lui le docteur De La Cour que ses habitudes d’intempérance ne condamnèrent pas à une fin prématurée, puisqu'il vécut jusqu’en 1781, George Ross et enfin Robertson, deux des amis qui avaient assisté aux derniers moments de Thomson, et qui moururent, le premier en 1786, l’autre en 1791.
La disparition de ces derniers témoins de sa vie ne laissait pas sans fidèles la mémoire du poète. Dans cette Écosse qu’il avait illustrée, et qui toujours a eu le culte de ses grands hommes, une sorte de religion s’était établie en l’honneur de Thomson, avec ses dévots, ses ministres et ses rites. En 1770, une société d’Édimbourg, « the Knights Companions of the Cape », célébra solennellement la date anniversaire de la naissance du poète. Le samedi 22 septembre, un Festival
en 1876, on plaça dans la nouvelle église paroissiale de Southdean, un vitrail en l'honneur de Thomson, le Rév. John Mair reçut la souseription de Miss Bell, petite-nièce du poète, alors âgée de quatre-vingt- . ans. ,
. « At Broughton, at a very advanced age, Robert Thomson, a cousin “ our immortal Scottish Bard, the author of the Seasons », etc.
(Date manuscrite de Mr. Maidment : January 1802);— pas d’ indication de provenance; il est probable que la coupure était fournie comme les frée ue par un numéro du Scots Magazine.
2. « Strictures Critical and Sentimental on Thomson’s Seasons, etc., by J: More. London MDCCLXXVII. » L'ouvrage est dédié à « George Lewis Scot Esq., one of His Majesty’s Commissioners of Excise, as a friend of the author of the Seasons, and the sole Surviver-of that. . society of which our Author was one of the most amiable members... PE VE à
musical réunissait les membres de la société. Une sorte d’oratorio avait été écrit pour la circonstance et mis en musique par Mr. Smeiton. Les récitatifs, les airs, les duos, les chœurs se succèdent, rappelant les œuvres, le talent et la gloire du « barde », avec ce refrain, que tous les adeptes chantaient à l’unisson dans le chœur final :
Raiïse to Thomson, raise the lay,
Haiïl with joy his natal day!
Hail the happy, happy morn!
When great Nature’s Bard was born t.
Le programme de la cérémonie était complété par une dissertation de l’un des membres sur les poèmes de Thomson, et par l’exécution de tous les chants, qui se trouvent dans les œuvres du poète, adaptés à une musique écossaise par Mr. Smeiton.
Dix ans plus tard, les mêmes chevaliers se réunissent dans leur hall. La salle était décorée de fleurs et d’une lyre qu’entouraient le laurier, la gerbe de blé et la faucille. La fête comprenait deux parties : dans la première on récita une invocation aux Muses et aux amis du génie, on lut un poème du Dr. Langhorne, « la lutte des Saisons », et les vers de Lyttelton sur le mérite de Thomson comme auteur dramatique. Dans la deuxième, on récita un passage des quatre Saisons, chacun étant suivi d’un chant qui s’y rapportait; puis le lecteur rappela le patriotisme de Thomson, et l’on chanta en chœur Rule Britannia. Après quoi la compagnie « nombreuse et choisie » soupa et but à la mémoire de Thomson et de ses amis.
En 1790, la même pieuse célébration réunit les chevaliers. Le cérémonial suivi est à peu près le même. Mr. Woods récite un poème de sa composition ?. Un des compagnons, avant
1. Toute cette enthousiaste poésie nous est conservée sous la forme d’une brochure de 14 pages : « À musical entertainment performed by a Society of Gentlemen in Edinburgh, upon the anniversary of the Birth-Day of James Thomson, author of the Seasons, etc. Septembre 22, M, DCC, LXX. » (14 pages sans nom d'auteur, d’éditeur, ni de lieu de publication.)
2. « Occasional poem on the Birth-Day of Thomson, Celebrated at Cape- Hall, on Wednesday sept. 22 "4 1190. Written and recited by Mr. Woods. » (3 pages petit in-8.) — La pièce est aussi publiée par le Scois Magazine vol. 52, p. 504, oct. 1190. . :
Ed
d'arriver à la réunion, avait assisté à l’enterrement de Mary, la dernière sœur de Thomson.
Indépendamment de cette célébration décennale à Édimbourg, tous les ans l’anniversaire du 22 septembre réunissait au village d'Ednam les admirateurs du poète. La cérémonie eut en 1791 un éclat particulier. Elle fut présidée par lord Buchan. L’excentrique grand seigneur prononça un pompeux éloge de Thomson, puis il couronna de laurier le buste de l’écrivain et un exemplaire de l’édition princeps des « Saisons » !. C’est à l’occasion de cette solennité que Burns avait écrit, sur la demande de Buchan, son adresse aux mânes « du barde d'Ednam » *. — Mr. Gilbert Eliot avait obligeamment prêté, pour servir de siège au président, la chaise sur laquelle le poëte avait travaillé à l’ « Hiver » . — En 1796, la solennité eut encore un éclat exceptionnel. Lord Buchan choisit cette date
1. Le discours figure dans l’ « Essay » publié l’année suivante par le comte
sur la vie de Thomson. On peut le lire aussi dans les Jlustrations de Nichols, vol. VI, p. 494; dans le Gentleman’s Magazine, vol. LXI, p.p. 1019-1083, et dans une note supplémentaire du Thomson, de R. BELL. — « À couple of casts from Thomson’s statue, in Westminster Abbey, have been sent to the Earl of Buchan by Mr. Coutts, who generously offered the mould also, that they might be uniques; but lord Buchan chose rather that casts should be multiplied for the gratification of the taste and patriotism of the public.» (Edinburgh Journal de la fin de sept. 1790.) — On voit que Robert Bell a tort de relever ce qu'il appelle une erreur de sir Harris Nicholas, et de déclarer que Buchan couronna non pas un buste mais un exemplaire des œuvres. La vérité est que le lyrisme du comte s’exerça tout à la fois devant le moulage envoyé par M. Coutts et devant un exemplaire de l'édition de 1730. Cet exemplaire se trouve encore aujourd'hui à la Bibliothèque de l’université d'Edimbourg: Il porte à la première page cette inscription de la main du comte : « This copy of the Seasons was given to Henry David, Earl of Buchan, by Andrew Millar, as from the author, and Was covered with Ivy by David Stewart, Earl of Buchan, on Ednam Hill, september 22 "4 1791 ». - 2. La lettre où le poète envoie ses quelques strophes à Buchan et regrette de ne pouvoir, retenu qu'il est par la moisson, assister au couronnement du buste, est de 1791. Il est singulier que les Chambers la reproduisent avec la date (september) 1190.
3. Ce fauteuil est encore conservé au musée de Kelso. C’est un siège canné de solide construction. Une plaque de cuivre y a été fixée, disant que ce fut le fauteuil.de Thomson, et qu’il a été donné au musée par la famille de W. Ker Esq. Avant Ker, sir William Bennet (of Grubpbat) paraît avoir été le possesseur de cette relique.
L'authenticité de son origine a. été mise en doute, mais non pas controuvée. On a même remarqué sur l’un des pieds les traces d'un commencement de combustion, et l’on s’est rappelé qu’une tradition rapportait que Thomson avait un jour failli être brûlé vif pour s’être endormi sur un siège placé trop près du foyer.
pour consacrer à la mémoire de Robert Burns une urne de marbre qui fut placée dans le « Chapter-House » de Dryburgh, auprès du buste de Thomson.
La date du centenaire fut pour les chevaliers compagnons de la « Cape » l’occasion d’une fête plus pompeuse encore que les précédentes. Dans la grande salle d’un hôtel d’Edimbourg, richemeut ornée de fleurs, de lauriers, de gerbes et de faucilles, une très nombreuse assistance s’assit à la table du banquet’. À l’une des extrémités avait été placé le portrait original de Thomson, en face du président du club («the Sovereign ») qui portait sur la poitrine, retenue autour du cou par un ruban, une miniature du poète *. Un « temple » de feuillages avait été dressé dans la salle, et, au milieu, un buste de Thomson était entouré de nombreuses lumières. Après le repas, lecture et chants de fragments variés des œuvres du maître. Mr. Woods, l’infatigable ordonnateur de la fête en 1800 comme en 1790 et en 1780, avait ajouté une PPS nouvelle à celles que le même anniversaire lui avait inspirées - La société des Chevaliers annonçait alors son intention de célébrer également en 1810 la date du 22 septembre. Il n’est guère douteux que cette intention ait été réalisée. L’anniversaire de la naissance de Thomson se trouvait coïncider avec celui de la victoire remportée par. Wallace à Stirling-bridge. La gloire du grand patriote et celle du grand poète furent associées dans les fêtes célébrées en 1714. Le comte de Buchan inaugura la statue colossale de Wallace, dont le piédestal portait ce simple vers de | « Automne » : « Great Patriot Hero! Ill-requited Chief! » Aussitôt après, il se rendit à Ednam pour
assister au diner annuel en l'honneur du 1 poète. Après avoir 3 : sUY PE
1. Quatre-vingts personnes, disent les journaux locaux. :! £3
2. Ce portrait, sans doute une copie de celui de Slaughter, fut, le 22 sept. 1818, donné par lord Buchan au club d’Ednäm. Il est aujourd’ hui la propriété du Rév. John Burleigh, ministre d’Ednam, qui a bien voulu nous en communiquer la description: « The picture is oval;tthe poet is wearing a red cap; has dark DER no hair seen; face shaven; brown coat ».
3, L' Edinburgh Evening Coréen et le Caledonian Er oi don: nent d’abondants détails sur cette fête: — L’élucubration poétique de Mr. Woods fut imprimée : « Verses introductory to the Recitation of passages from the Seasons... at the commemoration of Taomsox’s Bimru Davy, held on Monday, sept. 22. 4800 » (Edinburgh. Printed by Géo. Reid and Co. Opposite Magdalene Chapel, Cowgate), petit in-8 de 3 pages. : : 1:
bu «le toast du jour », on écouta une ode écrite pour la cir- Constance par George Noble de Jedburgh; et le trésorier du comité formé pour l'érection d’un monument commémoratif de la naissance de Thomson fit son rapport !. Ce ne fut pas cependant avant le 24 novembre 1819 que la première pierre fut posée. Le plan du monument avait été dressé par Mr. William Elliot de Kelso. I] devait consister en un obélisque de cinquante pieds de hauteur. Toutes les loges maçonniques des environs s'étaient réunies, et marchèrent de Kelso à Ednam en un cortège précédé d’une fanfare ?.
Cet enthousiasme, qui n’allait pas sans quelque exubérance un peu puérile, s’est aujourd’hui calmé. La commémoration annuelle du 22 septembre cessa après cette année 1819. Sans doute l'Écosse est toujours fière du poète né à Ednam; sans doute aussi son œuvre continue à faire partie de ce petit nombre de livres qui ont le privilège de charmer les lecteurs de tout âge et de toutes conditions. On pourrait encore aujourd’hui comme au temps de Coleridge trouver, dans lachaumière d’un paysan écossais, à côté de la vieille bible, un exemplaire DS et maintes fois corné des « Saisons * ». Mais il est pro-
“4 Il y constate que, sur les 300 livres souscrites, 150 met ont dre versées, bien que la souscription soit ouverte depuis plusieurs-années;-et il Sioute qu’il a bien du mal à faire rentrer le reste. Voilà l'explication ‘du long retard apporté à l'érection du monument.
2. La première pierre fut posée par le Right Worshipful Master, John Rutherford, de la loge St Jean à Kelso. Nous savons que James Thomson avait été recu maçon dans une assemblée que présidait Richard Savage (voir p. 123).
James Craig, l’architecte mort en 1195, avait eu auparavant le projet d'élever un monument à la mémoire de son oncle. Il lui aurait donné la forme d’un pilier; il s'était même adressé au poète Beattie pour lui demander une inscription latine. Beattie répondit qu’il trouverait ridicule de célébrer en latin la gloire d’un poète anglais.
- L’obélisque, construit sur la colline d'Ednam, à peu près à mi-chemin éntre ce village et Kelso, fait plus d'honneur à la piété des admirateurs du poète qu’au talent de l’architecte.
3. « Coleridge, on seeing a little shabby soiled copy of Thomson's Seasons .lying on the window- seat of an obscure country ale-house, exclaimed : « That is true fame ! » ARE CROP by W. Hazzrrr,
Édit. 1867, I, p. 65.)
bable que, de l’autre côté du livre saint, un tout petit volume ferait pendant aux « Saisons », un recueil de vers moins grandioses, moins épiques, mais plus variés et plus vibrants de vie et de passion : les poésies de Robert Burns ‘. La popularité de Thomson dans sa patrie a souffert de cette concurrence redoutable. Nous ne pouvons être surpris que les chants du poète-paysan aillent plus droit au cœur des hommes du peuple que les nobles périodes et les calmes descriptions des « Saisons ». Le poète national de l’Ecosse, celui dont le nom, le souvenir, l’image et les œuvres sont à tout moment rappelés au voyageur au nord de la Tweed, c’est Burns. Il y a un peu d’injustice et d’engouement dans cette préférence. On peut supposer que, même au pays où se parle la langue dans ‘laquelle écrivait le « barde de l’Ayrshire », le jour viendra où l’on se rappellera que Thomson, moins bouillant, moins nerveux, moins lyrique, moins passionné et moins divers, a cependant un génie plus large et plus fécond. Il est peu d’œuvres qui aient eu sur la littérature de l’Angleterre une influence plus puissante que les « Saisons »; il n’en est pas peut-être qui en ait eu à l’étranger une aussi grande.
Dès 1750 Voltaire rendait hommage au talent du poète qu’il avait connu vingt ans auparavant ?, et ce sincère jugement
1. Burns lui-même a du reste exprimé plus d’une fois son admiration pour Thomson,en dehors de la pièce qu’il lui a consacrée (voir p. 189 etn. 2). Il le cite parmi ses auteurs favoris dans une lettre à Mr. John Murdoch {Lochlea, 15% January, 1783), et aussi dans une phrase de son Commonplace Book (August 1784). Il le nomme dans The Vision comme un maître inimitable :
Thou canst not learn, nor can I show To paint with Thomson’s landscape glow.
L'addition à sa bibliothèque de jeune paysan des œuvres de Thomson en 1715, marque un des événements notables dans le développement de son talent poétique. Les citations empruntées à notre poète sont fréquentes dans sa correspondance et dans ses œuvres. Voir par ex. The Farewell, qui a pour épigraphe neuf vers d'Edward and Eleonora; la première lettre à Mrs. Dunlop, 1786 ; la lettre autobiographique au docteur Moore ; le Commonplace Book à la date du 14 juin 4788; etc.
La poésie de Burns est toute pleine de ressouvenirs des « Saisons ». Un très grand nombre en ont été relevés dans l'édition annotée de Thomson de Mr. Logie Robertson.
2. Voltaire à Lyttelton (pour accuser réception d’un exemplaire de l'édi-.
fait oublier les opinions dédaigneuses émises à d’autres occa-
tion des œuvres de Thomson, que lui envoyait Lyttelton), Paris, 47 mai 1750. La leltre est donnée in extenso dans le Memoir de Phillimore, vol. I, p. 323, et dans le Gentlemans Magazine, 1845, New Series, vol. 24, p. 443. Nous la reproduisons presque in extenso comme un document intéressant. On y voit comment Voltaire écrivait en anglais vingt ans après son court séjour dans ce pays :
« À Paris, 171 May, 1750. N. S.
« Sir, You was beneficent to Mr. Thomson, when he lived, and you is so to me in favouring me with his works. I was acquainted with the author when 1 stayed in England. I discovered in him a great genius, and a great simplicity. I liked in him the poet and the true philosopher, I mean the lover of mankind. I think that without a good stock of such a philosophy a poet is just above a fidler, who amuses our ears and cannot go to our soul.
« I am notsurprised your nation has done more justice to Mr. Thomson's Seasons than to his dramatic performances. There is one kind of poetry of which the judicious readers and the men of taste are the proper judges; there is another that depends upon the vulgar, great or small; tragedy and comedy are of these last species. They must be suited to the turn of mind and to the ability of the multitude and proportioned to their taste : your nation two hundred years since, is used to a wild scene, to a crowd of tumultuous events, to an emphatical poetry mixed with low and comical expressions, to murthers, to a lively representation of bloody deeds, to a kind of horrour which seems often barbarous and childish, all faults which never sullied the Greek, the Roman or the French stage. And, give me Jeave to say, that the taste of your politest countrymen differs not much in point of tragedy from the taste of the mob at beargardens. Tis true we have too much of words if you have too much of action, and perhaps the perfection of this art should consist in a due mixture of the French taste and English energy. Mr. Addison, who would have reached to that pitch of perfection had he succeeded in theamorous part of his tragedy as well as in the part of Cato, warned often your nation against the corrupted taste of the stage, and since he could not reform the genius of the country, I am afraid the contagious distemper is past curing.
« Mr. Thomson’s tragedies seem to me wisely intricated, and elegantly writ; they want perhaps some fire, and it may be that his heroes are neither moving nor busy enough, but taking him all in all, methinks he hasthe highest claim to the greatest esteem; your friendship, Sir, is a great vouchsafer for his merit..…. j
« Your most obedient servant, « VOLTAIRE. »
La correspondance et les œuvres de Voltaire renferment un assez grand nombre d’autres allusions à Thomson. Dans une lettre du 28 février 1164, on lit : « Je l’ai connu, il y a quelque quarante ans. S'il avait su être un peu plus intéressant dans ses pièces et un peu moins déclamatoire, il aurait réformé le théâtre anglais que Gilles Shakespeare à fait naître et a corrompu. » (OEuvres, XLIIT, p. 140.)
Ailleurs il apprécie le choix fait par Thomson du sujet de son grand poème, et juge que ce thème convenait peu à un Ecossais :
« They sadly gather their inferior, insipid apples, while we see under
sions pour flatter tel ou tel correspondant ‘. — Montesquieu, après son voyage en Angleterre, entourait son « château gothique » « de bois charmants » où il élevait des souvenirs en l’honneur de Théocrite et de Virgile, de Thomson, de Shenstone et de Gessner ?. — L’influence du poète anglais sur notre grand « descripteur » français n’est guère douteuse, et
our windows a hundred boys and girls dancing round the cars which they have loaded with delicious grapes. Thomson did not dare to touch this subject. » (OEuvres, XLVI, 350.) On est tenté de croire qu’il avait mal lu ou se souvenait peu, car les « Saisons » parlent de la vendange dans le Midi.
Tout cela était connu déjà. Mais dans un ouvrage tout récent (Voltaire’s Visit lo England, London 1893) Mr. Ballantyne a donné la traduction de lettres manuscrites de Voltaire qui n’ont pas encore été publiées et où se trouvent d’autres mentions de Thomson. Ecrivant à un Mr. George Keate, il dit : « .……. If Addison could have put more warmth into his Cato, he would have been the writer for me. You still have a Thomson whose verses are not amiss, but his is an iced genius... » (Brit. Mus., Add. Mss., 30991. f. 15. — BALLANTYNE, p. 279.)
Au même correspondant Voltaire écrivait, le 11 mai 1768, une lettre en français dont la traduction renferme ce passage : «. At last, Sir, Î have received and read the beautiful verses (on Ferney)... lt seems to me that your verses are a good deal in the taste of Thomson, but I think you are much superior to him in the amenity which you diffuse over all your writings.…. » (Brit Mus., Add. Mss., 30991. f.-42. — BALLANTYNE, p. 283, 4.)
Nous relevons dans le même ouvrage une très heureuse citalion de Thomson faite par Voltaire en réponse à Boswell qui lui adressait une de ses questions saugrenues : « ] asked himif he could give me any notion of the situation of our ideas which we have totally forgotten at the time, yet shall afterwards recollect. He paused, meditated a little, and acknowledged his ignorance in the spirit of a philosophical poet, by repeating as a very happy allusion a passage in Thomson's Seasons : « Aye, said he, where sleep the winds when it is calm? » (Extrait du London Magazine d'avril 11783, et de l’un des soixante-dix « Essays » qu’y publia Boswell de 1711 à 1183.)