Spring, v. 241 et suiv.; Summer, v. 61 et suiv
l’heure de son lever ‘. Il avait tort évidemment. Mais, n'oublions pas qu'il travaillait volontiers la nuit et se couchait souvent au petit jour. En somme, ce détail si souvent rapporté prouve une distribution peu raisonnable de son temps, plutôt qu’un sacrifice de ce temps à l’oisiveté. L’indolence de Thomson a consisté dans une réelle aversion pour le mouvement, les déplacements, les aventures de route et d’auberges, mais surtout pour cette agitation égoïste et fiévreuse qui poursuit la richesse et les biens du monde. Il à un jour ainsi perdu, par dédaigneuse nonchalance, la charge dont il vivait. Il ne semble pas qu'il s’en soit jamais repenti. La fortune ne lui paraissait pas valoir un effort pour l’atteinüre. Mais cet indolent à qui, pour une lettre à rédiger, la plume était lourde « comme rame en galère » fut un écrivain singulièrement actif et très fécond. Jusqu'à son dernier jour, il a repris, limé, développé son poème des « Saisons ». L'œuvre de la fin de sa vie, « le Château d’'Indolence », se déroule dans une forme artistique où les difficultés techniques sont à plaisir accumulées. Enfin sa vie n’a pas été longue, et l’œuvre qu’il a fournie suffirait à la réputation de plus d’un laborieux. Elle n’est pas inférieure au chiffre considérable de 20 000 vers.
Nous pouvons donc négliger, sans plus nous y arrêter, les attaques de critiques malveillants ?, le reportage posthume de bavards peu scrupuleux *, ou certaines petites anecdotes scan-
1. Lettre de Cave à Birch, citée plus haut (voir p. 130, n. 1.)
Dans les Memoranda de Park nous lisons :
« Park. I hear he kept very late hours?
Rogserrson. No, sir, very early : he was always up at sunrise, but then he had never been in bed. »
2. « He (Johnson) allowed high praise to Thomson as a poet; but when one of the company said he was also a very good man, our moralist contested this with great warmth, accusing him of great sensuality and licentiousness of manners. » (BosweLL’s Johnson, Mai 1768.)
De son côté Boswell, parlant en son propre nom, s'exprime ainsi dans sa « Vie de Johnson » : «My own notion is that Thomson was a much coarser man than his friends are willing to allow ».
3. John Taylor, qui nous a transmis, en l’imputant à Chalmers, l’histoire controuvée du mariage secret de Thomson, met en scène un autre personnage pour lui attribuer un jugement très malveillant sur notre poète :
« The character of his (l'homson’s) works and the conduct of his life were essentially different... My friend Mr. Donaldson who resided at Richmond when Thomson lived at the same place, and was very intimate wilh him. assured me that when once in company with Thomson, and several gentlemen were speaking of the fair sex in a sensual manner, Thomson expressed his admiration of them in more beastlÿ terms than
daleuses qui, pour la vraisemblance et pour l’atticisme, sont dignes de Pigault-Lebrun ou de Paul de Kock ’. La vie de Thomson et son œuvre, où ne se trouve pas «€ un seul vers qu’en mourant il voulût effacer * », sont le véritable commentaire et l’éclatante justification de ce jugement que nous ont laissé ses amis : Q Il fut, à tous égards, un gentleman *? ».
Il fut plus et mieux encore. Il fut un homme d’un grand cœur. Sous des dehors dont la simplicité a pu tromper quelques « snobs », il y avait chez lui un fond d’extrême sensibilité ‘et de bonté exquise. Jamais homme n’a eu moins d’ennemis. Jamais homme n’a eu plus d'amis, ni de plus divers, ni de plus inaltérablement dévoués. C’est le fait le plus frappant qui se détache de l’histoire de sa vie que cette séduction exercée sans artifice, sans coquetterie ou besoin de plaire, par la seule et involontaire influence d’une nature droite, aimante et sincère, sur tous ceux qui l’ont approché. Qu'on se rappelle les éléments hétérogènes qui ont composé le groupe de ses amis. La liste en va de Richard Savage, le chevalier d’industrie paresseux, menteur et fanfaron, qu'il aimait sans doute
any of the company, and such as, though I well remember, I do not think proper to preserve... » (Records of my Life by the Lale Jon TayLor, ‘ vol. I, chap. xv, p. 185.) +
4. « I have heard or read an anecdote of his conduct while living in the family of Lord Binning given as characteristic of his sensibility and indolence. À young lady of the family had attracted his passionate admiration. The ceiling was slight; the lover contrived to bore a hole through which he could enjoy a bird’s eye view of what passed in his mistresss chamber. One evening she and her maid were alarmed by the loud snore of a person asleep. The peeping-hole was discovered, and the inhuman Abigail, by applying the candle to the orifice, roused the poor lover very abruptly perhaps from a dream of happiness. » (RoBerr Herow, The Seasons with a Life, etc., Perth, 1793, p. 9 et suiv.)
2. C’est la traduction donnée par de Baraute du vers célèbre de Lyttelton : « One line, which dying he could wish to blot » (Prologue to Coriolanus).
3. « Lord Chatham, Lord Temple, Lord Lyttelton, Sir Andrew Mitchell, Dr. Armstrong, Mr. Gray, of Richmond Hill, and the oily man of God, I have often had the pleasure to hear on the subject of Thomson. All of them agreed in the testimony of his being a gentleman at all points. » (D. S. EarL or BucaAn, Essays on the Lives etc., p. 255.)
4. Les preuves les plus sérieuses nous en sont données par ces passages de ses lettres et de ses œuvres où s’exprime la vraie, la bonne sensibilité, celle qui s’émeut du malheur des êtres chers, et qui se traduit par des. actes. Nous pouvons noter en outre combien vivement le poète ressentait les émotions d’ordre esthétique : « Thomson was so oppressed by a passage in Virgil or Milton when he attempted to read, that his voice sunk in ill-articulated sounds from the bottom of his heart. » (D’IsrAgL1, Liler- ‘ary Characters : Enthusiasm, p. 142.)
LS
pour ce qu'il aurait pu être plutôt que pour ce qu’il était, jusqu'aux noms les plus illustres et les plus respectés de la société de son temps. Il semble qu’il désarme les jalousies les plus inquiètes. Il gagne sans effort la bienveillance des poètes ses confrères. Pope le traite sur un pied d’intime familiarité ?, collabore à son œuvre avec zèle et avec bonne foi, et n’a pas à son adresse une seule épigramme. Des hommes que séparait une hostilité violente se trouvent rapprochés dans une commune amitié pour lui : Pope et Hill, par exemple, ou Hill et Quin. Il trouvait tout naturel de solliciter de Pope un secours pour le vieux Dennis; et il l’obtenait. Il s’est fait de nouveaux amis jusqu’à la fin de ses jours, et ces derniers venus n’ont pas été les moins chers ni les moins dévoués : témoin Lyttelton et Collins. Mais il n’a jamais perdu que par la mort ceux qu’il s'était attachés ?.
Voilà le caractère dominant de cette âme, tel qu’il ressort de toute la vie que nous avons racontée. James Thomson, avec son accent provincial, sa mise négligée et sa bonhomie nonchalante, Sans le charme des dehors, et sans la fascination de l’esprit, a exercé, sur un grand nombre d'hommes distingués et sur quelques hommes supérieurs, l'influence qui peut rayonner d’une âme d'élite. C’est à sa bonté simple et large qu'il dut cette puissance, et avec elle les meilleures joies de sa vie.
N’avions-nous pas raison d'annoncer que sa biographie, à défaut d’aventures pathétiques ou de piquantes curiosités psychologiques, placerait cependant devant nous un spectacle qui a bien son intérêt et sa beauté?
4. Il lui avait envoyé, pendant le voyage de Thomson en France et en Italie une épitre versifiée. (était un rare privilège. Mais il n’a pas inséré cette pièce dans ses œuvres et en a transporté une partie dans sa célèbre épitre à Arbuthnot.
« Park. Pope, as 1 have heard, used often to visit Thomson?
Ricuarpson. Yes, frequently. Pope has sometimes said : Thomson, ll walk to the end of your garden, and then set off Lo the end of Kewfoot-lane and back. Pope, Sir, courted Thomson, and Thomson was always admitted to Pope, whether he had company or not... » (Parx's Memoranda.)
2. Il n’a jamais manqué de leur donner dans ses œuvres une place qui les fait participer à son immortalité : témoin Aikman, Hammond, miss Stanley, Talbot et Rundle.