Huco Arwor, The History of Edinburgh, p
4. « The Council enacted that, whereas the not obliging all persons to repair timeously to their lodgings at night, is one of the greatest causes of the abounding of drunkenness, uncleanness, night-revellings, and other
n’est pas de ceux où l’on contracte des habitudes de sévère discipline et de parfaite sobriété. Supposons du moins qu’autour des tables malpropres, dans les sous-sols obscurs des ruelles d'Édimbourg, James Thomson et les amis qu'il fréquentait : Cranstoun, Pettie ‘, le joyeux Mass John ?, et Malloch * s’enivraient moins de bière faible que de gais propos, de projets d'avenir et de hautes spéculations sur les choses de la science, de la philosophie et de la poésie.
Nous comprenons toutefois que le milieu ait semblé à Thomson peu favorable à l’éclosion des idées poétiques qui germaient en lui. Il saisissait avec empressement toutes les occasions de quitter l’école et la ville pour retrouver l'air, la lumière et la paix des campagnes. La résidence de son ami Cranstoun à Ancrum, entre Jedburgh et Selkirk, fut un de ses séjours de prédilection pendant les périodes de vacances. La «manse », où sans doute le jeune médecin habitait avec son père, ministre de la paroisse, était située sur les bords de l’Ale, En amont du bourg on remarque sur les rives rocheuses une quinzaine de grottes creusées dans des parties d'accès difficile, et qui sans doute avaient servi de lieu de refuge aux habitants, au temps des guerres du Border. James avait adopté une de ces grottes, la plus voisine de la marse, pour y rêver et y écrire. Son nom s’y voit, dit-on, sur le plafond, gravé peut-être de sa main; et elle est appelée encore « Thomson’s cave », la grotte de Thomson ‘.
immoralities and disorders, both in houses and upon the streets, and is a great hinderance to sober persons in their worshiping of God, in secret, and in their families, therefore they prohibit all persons from being in taverns, cellars, etc., after ten at night, under penalties, at the discretion .of the magistrates,.… and declare their resolution to hold « two courts in the week, allenarly for cognoscing and punishing of immoralities, such as cursing, swearing, drunkenness, breach of the Lord’s day », etc., and to give informers the third part of the fines as their reward. » (Council register, v. 36, p. 862, — cité par ArNorT, p. 193.)
4. Patrick Muroocu, D.D., F.R.S., « the oily man of God », du Château d’Indolence, l'ami fidèle et le biographe de Thomson. Il devint un mathématicien distingué, et mourut à Londres le 12 novembre 1174.
2. Mass Joux où Misyoux, le boute-en-train, semble-t-il, de cette troupe
de jeunes gens, se nommait Gabriel Wilson et devint ministre de Maxton, …
du presbytère de Selkirk.
3. MarLocx, l'écrivain gagé de Walpole, l'éditeur posthume de Bolingbroke, trop connu pour qu’il soit utile de présenter sa biographie, Il changea son nom en celui de Mallet comme plus euphonique. a
4. Goopavex, The English Gentleman’s library Manual, p. 256. — The
Le jeune poète cependant poursuivait longuement le cours de ses études. Devenu en 1719 étudiant en théologie, il recevait le 2 novembre 1720 une bourse du « presbytery » de Jedburgh !. Les livres de l’université mentionnent des exercices exécutés par lui en février 1720, février 1722 et mai 1724. Sa bourse est, le 1°' janvier 1724, renouvelée pour une année, et (réserve qui paraît montrer qu’on soupçonnait l’aspirant ministre de tiédeur), il est invité à envoyer au « presbytère » des certificats de son assiduité à suivre le cours du professeur de théologie.
Le moment approchait où il faudrait prendre un parti. Thomson pouvait comme Riccaltoun, comme Cranstoun, comme Murdoch ou Wilson entrer dans la carrière ecclésiastique, et se réserver d’en rompre la routine monotone, en continuant les exercices poétiques de ses années d’études. Il lui aurait fallu, pour accepter cette disposition de sa vie, moins de vocation poétique et plus de goût pour le ministère religieux. Mais il était poète; le fait devenait chaque jour plus évident, et les vers l’occupaient chaque jour davantage. Ce n’était pas que ses productions rencontrassent une approbation unanime. Murdoch, près de quarante-ans plus tard, parlait encore avec amertume de ces critiques d'Édimbourg qui n’avaient pas su comprendre le génie de son ami, et qui, dans ces œuvres de jeunesse, n’apercevaient que des défauts. Thomson ne prenait pas si fort à cœur ces opinions défavorables. La même sûreté de goût et la même indépendance de jugement qui jadis lui faisaient, à Southdean, immoler gaiment ses propres œuvres lui permettaient aussi d'apprécier à leur valeur les critiques favorables ou hostiles. Il savait écouter les avis de Riccaltoun quand celui-ci combattait une tendance naturelle à l’emphase ?; il
New Slatistical Account, etc., vol. III, p. 244. — La grotte est devenue, par suite d’éboulements, impossible d'accès. Le Rév. John Mair, de Southdean, y parvint, non sans peine, il y a une trentaine d'années, et constata l’existence des initiales J. T.
1. Scotr's Fasti, etc., part. IV, p. 519. Le renseignement a haine aux plus récents biographes. Sir Harris Nicolas affirme même que Thomson n’obtint pas de bourse, et l'opinion est endossée par P. Cunningham.
2. Bien des années après, Riccaltoun écrivant à un ami au sujet de poésies d'un Mr. Muir, d'Urwell, qui lui avaient été soumises, s’exprimait ainsi : « [ have looked over the specimen you sent me Ai his poetic talents; and, had I the same opportunities, I would treat him as I did Mr. Thomson, and still do all my friends in that way; viz. to discourage to the utmost of my power indulging that humour where it requires more
savait dédaigner sans s’abandonner au découragement les condamnations inintelligentes et malveillantes des juges dont parle Murdoch. Mais il semble avoir conclu que, malgré les chaudes approbations de quelques amis, son talent ne trouverait pas à Édimbourg la considération à laquelle il devait prétendre. La capitale écossaise pouvait assurer une renommée de clocher à des poètes chantant, comme Allan Ramsay, dans le dialecte local, les coutumes, les costumes, les menus événe-. ments de la ville et de ses environs. C'était autre chose que voulait James Thomson. Il entendait exercer sur de plus vastes sujets le don de poésie qu’il sentait en lui. Il voulait pour instrument, non pas la langue du spirituel perruquier devenu libraire, du poète lauréat du club des Sans-Souci ‘, mais celle de Spenser et de Milton. Et il tournait vers l’Angleterre et vers Londres ses regards et ses espérances. Il fallait dès lors renoncer à la carrière pour laquelle il allait être prêt. Il était, nous pouvons le croire, disposé à le faire sans regrets. C'était, comme le dit Murdoch, le choix de son père et non pas le sien qui avait orienté sa vie vers ce but. Il n’avait pas hérité de la foi de Thomas Thomson. L'Église presbytérienne, avec son dogme austère et sombre, avec sa discipline inquiète et intolérante, éloignait le jeune homme dont le cœur s’ouvrait confiant à tout sentiment de large humanité, et l’esprit à toute influence de joyeuse et enthousiaste admiration. Il semble même que la vieille cité presbytérienne n’ait pas réussi à fermer ses portes à ce vent de scepticisme frondeur qui soufflait de l'Angleterre. L'esprit des Bolingbroke et des apôtres de l’incrédulité commençait-il à recruter des adeptes jusque sur les bancs de la faculté de théologie? On le croirait assez d’après le ton de ces
deux ou trois lettres qui ont conservé pour nous, comme les fragments d’un miroir, quelques reflets brisés de l'esprit de James. « May I be damned, if... », écrit ce jeune lévite, au début de sa lettre de 1720 à Cranstoun; et, cinq ans plus tard, dans une lettre au même ami, il demande à Mass John, de joyeuse mémoire, comment il a pu « trainer avec lui un tel
judgment than everybody is master of to keep imagination and fancy to their proper province.» (Lettre écrite de Hobkirk, le 80 avril 1759.)
1. The Easy Club conféra cette distinction à Allan Ramsay vers 4712. It n'y avait pas longtemps qu’il avait renoncé à son premier métier de perruquier. :
« bagage de bonne humeur à travers les sentiers épineux des « systèmes et de la théologie scolastique ». Enfin notre jeune homme n’était pas dépourvu d’ambition mondaine ‘, et nous savons que l’Église écossaise n’avait à offrir à ses prêtres qu’une position fort humble ?. Pas de hiérarchie; pas de riches bénéfices comme ceux de l’Église anglicane, et, pour l’acquisition des postes les meilleurs, le choix d’assemblées près desquelles l'affectation d’un zèle extrême comptait parfois plus que le talent, le caractère ou la vertu modeste.
Tels étaient donc les désirs d'indépendance, de gloire et de fortune, qui flottaient dans l’âme de Thomson, attendant l’accident, le choc léger qui les ferait cristalliser. Il ne tarda pas à se produire, et aussitôt, de toutes ses répugnances pour l’avenir qui lui avait été préparé, de toutes ses aspirations vers un autre idéal de vie naquit la résolution de quitter l'Écosse.
Il suivait depuis plus d’une année le cours de théologie de M. William Hamilton *, quand ce maître lui fixa comme tâche une dissertation explicative d’un psaume ‘“. Le jeune homme lut son travail dans la grande salle de la faculté de théologie, le 27 octobre 1724. L'effet produit par son langage coloré et
4. « There is another life after this, which depends as to its happiness on our virtue, as this for the most part on our fortune. » (Lettre à Cranstoun, écrite à la veille du départ d’Edimbourg.)
2. Il est vrai que l’Église anglicane avait aussi pour quelques-uns de ses humbles serviteurs une médiocre générosité : 40 livres par an, c'était Je salaire, à Pallas, du père de Goldsmith, le modèle de l’immortel pasteur de Wakefield.
3. Le Révérend William Hamilton, ministre de Cramond en 1694, fut nommé professeur de théologie en 1709, et devint, en 1730, principal du collège de Jacques VI. Il mourut en 1733. Il passait pour un homme « distingué pour sa piété, son savoir et sa modération ». (Scorr’s Fasti, p.67; — Sir ALexanper GRANT, The Slory of the Universily of Edinburgh, vol. II, p. 238.) —J. Ramsay of Ochtertyre dit de lui « qu’il y avait une sincérité, une bonté et une veine de libéralité dans tout ce qu’il disait ou faisait qui lui gagnait le cœur de ses élèves, et leur faisait épouser chaleureusement ses opinions et ses sentiments » (Scofland and Scotsmen in the xvi* century, p. 228).
4. C'était la 10° section du psaume CXIX, Il s'agissait d'une sorte de sermon sur un texte indiqué. Nous n’avons pas à supposer un moment ‘que Thomson ait donné à la place une pièce de vers. C’est ce qu'ont cru cependant plusieurs biographes. Shiels avance même que ce que le Révé- - rend professeur blâma principalement fut le choix de vers non rimés; il - les jugeait indignes d’un pareil sujet. — La vérité est qu’une confusion s’est établie entre cette homélie sur un fragment du psaume CXIX et la paraphrase poétique du psaume CIV, dont nous avons parlé déjà comme ayant élé écrite par Thomson à Édimbourg.
magnifique fut tel que l’auditoire éclata en applaudissements. Mais le professeur fut plus sévère. Il loua le talent de l’écrivain, mais il en déclara l’emploi inopportun. Il fit observer au jeune poète que l'éclat et la richesse du style ne sauraient remplacer les facultés plus modestes grâce auxquelles un ministre du culte met la parole divine à la portée d’une humble congrégation. C'était autre chose que des qualités littéraires qui pouvaient assurer le succès dans la carrière ecclésiastique. L'autorité personnelle, la bienveillance et la largeur d'esprit de M. Hamilton rendaient l’avis particulièrement significatif. Thomson ne voulait pas renoncer aux lettres; il renonça à la carrière ecclésiastique ‘.
Dès ce moment, il s’occupa de préparer son départ. Que se proposait-il de faire à Londres? Nous ne le savons pas exactement. Ses lettres renferment quelques vagues allusions € au grand projet » qu’il nourrissait. On a supposé que peut-être il songeait à entrer dans le clergé de l’Église anglicane. Il ne nous semble pas admissible que ce projet eût pris corps au moment où il quittait l'Écosse. Son but dernier était assurément de devenir homme de lettres, et sans doute il espérait qu’à la gloire poétique viendrait s'ajouter pour lui, comme pour bien d’autres, quelqu'un de ces bénéfices laïques dont les hommes d’État et les grands seigneurs disposaient. Quant aux ressources à se procurer immédiatement, il comptait sur. sa bonne étoile avec cette confiance qui soutenait le courage de tant d’Écossais venant chercher fortune à Londres. Son ami Mallet, l’humble fils d’un aubergiste des Highlands, le € janitor » du High-Schoo!l d’'Edimbourg, n'était-il pas attaché comme précepteur à une riche et puissante famille ?? N’avait-il pas lui-même à compter sur de précieux concours? L’auditeur Benson après avoir pris connaissances de quelques-unes des pièces écrites par le jeune homme, lui prédisait le succès et lui promettait son appui. Une dame de qualité, lady Grizel Baillie, parente de Mrs. Thomson et poète elle-même *, s’en-
4. Mr. William Hamilton ne sut pas mauvais gré à son élève de cette décision. Il s’intéressa à la carrière du jeune poète, et nous le voyons figurer parmi les souscripteurs à la 1° édition des « Saisons ». Fa
2. Le duc de Montrose ayant besoin d’un précepteur pour ses fils s’était adressé au collège qui lui envoya Mallet.
3. Elle appartenait à cette grande famille des Home à laquelle, nous
gageait à aider James à Londres. Il se munit en outre de lettres de recommandations, Cranston lui en donne une pour un cousin habitant la capitale !, et une autre pour un Mr. Elliot ?, frère sans doute de Sir Gilbert Elliot. Thomson en sollicite une aussi d’un Mr. Colden, et se plaint avec une certaine amertume de l'indifférence du digne homme qui se borne à lui offrir ses souhaits et ses prières. Tous les préliminaires du voyage sont enfin terminés, et il s’'embarque à Leith, par une nuit agitée * de février 1725, accompagné jusqu’au bateau par sa mère. Il emportait pour tout bagage beaucoup d’espérances, et très peu d'argent, une forte dose de résolution, quelques fragments
poétiques, et ses lettres de recommandation enfermées dans un mouchoir noué.
l'avons dit plus haut, la mère de Thomson se rattachait (voir, p. 8, note 1). — Elle est l’auteur d’une chanson pleine de saveur et qui fut très populaire.
« Were na my Heart licht I wad dee. »
La petite pièce parut cette même année 1725 dans l'Orpheus Caledonius et fut reproduite par A. Ramsay dans The Tea-Table Miscellany. Cette femme d’esprit, qu'on aime à trouver parmi les premiers patrons du jeune Thomson, était aussi une femme de cœur. Elle avait dix-huit ans quand son père, sir Patrick Home de Polwarth, fut compromis dans le mouvement d’insurrection presbytérienne auquel s’est attaché le nom de Jerviswood qui en avait été le promoteur et en fut la victime. La jeune fille, pendant un temps prolongé, servit de messagère à son père qui s'était caché dans un souterrain du cimetière de Polwarth; elle lui. portait de la nourriture, lui transmettait les avis utiles, et lui sauva la vie. Plus tard elle épousa le fils de ce Baillie de Jerviswood, l'ami malheureux de sir Patrick Home. Au moment où nous la voyons s'intéresser à Thomson elle dispose d’une influence considérable. Son mari est membre de la Chambre des Communes; son père est ou va devenir lord Marchmont.
4. La lettre à Cranstoun (Edimbourg, février 1125), telle qu’on la lit dans VAldine Edition porte : « Your letter to my cousin, I do not doubt, will be considerably useful to me, if I can find him out ». Il faut évidemment lire « your » au lieu de «my cousin ».
2, Probablement le Mr. J. Elliot que nous voyons figurer parmi les souscripteurs à la première édition des « Saisons », entre le capitaine Wil. Elliot et Mrs. Elliot.