LONDRES. — LES DÉBUTS D'UN POÈTE. — L'HIVER
Presque tous les biographes fixent au mois de mars 1725 l’époque de l’arrivée de Thomson à Londres ‘. Ils n’ont pour cela qu’un seul motif, c'est que la lettre à Cranstoun, annonçant l’'embarquement comme prochain, est supposée être de la fin de février ou du commencement de mars. Or c’est là une hypothèse parfaitement gratuite : la lettre peut aussi bien être d’une date quelconque de février, et nous croyons qu'il convient de modifier l'indication des biographies. Le document positif sur lequel doit s'appuyer toute recherche à ce sujet, c'est une lettre écrite de Londres à Cranstoun, à la date du 3 avril, Dès les premiers mots elle nous apprend que notre voyageur à déjà écrit une fois à son ami, et qu’il en a reçu, depuis plusieurs jours, la réponse désirée. Si nous songeons au temps que prenait alors l’échange des correspondances entre Londres et un village écossais, nous conclurons que l’arrivée de James doit être notablement antérieure au 5 avril. D'ailleurs
4. Wright place le voyage en 1724 (édit. de 17170, note viu). Allan Cunningham le fixe au mois d'avril 4725 (Biographie, p. xvi); un autre biographe à l’automne de la même année. L'erreur dans chacun de ces cas est évidente. C’est uniquement entre février et mars que nous avons à choisir.
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cette même lettre indique plusieurs démarches faites auprès de diverses personnes; elle nous montre le jeune homme aux trois quarts découragé, songeant même à retourner en Écosse. Évidemment cela suppose un séjour à Londres, non pas de quelques jours, mais de quelques semaines. Nous pouvons encore rapprocher les dates extrêmes entre lesquelles doit être placé ce voyage. Thomson raconte à son ami, dans la même lettre, qu'il à assisté, à Drury-Lane, à une représentation d'Oroonoko. D’après les annales du théâtre, cette représentation ne peut être que celle du lundi 1° mars. Notre voyageur mentionne des pièces jouées postérieurement, mais non pas celles qui ont été représentés le 25 et le 27 février. Si nous admettons, comme il est extrêmement probable, qu’il n’a guère laissé passer de jours avant de se rendre au théâtre, nous sommes amenés à conclure qu'il a dû arriver à Londres à une date très voisine du 1° mars ‘.
Cest donc dans les derniers jours de février 1725 que James Thomson mit le pied sur le sol anglais et sur le pavé de la grande ville *. Sa première visite fut, dit-on, pour Mallet qui se trouvait habiter, avec la famille Montrose, Hanover Square. La route était longue et l’attention de notre provincial était sollicitée par mille objets nouveaux. Les monuments fameux dans le voisinage desquels il avait abordé, le tumulte de ces quartiers où s’agitait la population bruyante et bariolée du port, l’activité de la Cité où battaitalors comme aujourd’hui le cœur de l’Angleterre commerçante, puis et surtout l’élégance et le luxe, inouïs pour un Écossais, de ces quartiers de l’Ouest où il cherchait son ami, tout cela était bien fait pour le surprendre, le charmer et l’étourdir. Un pickpocket plus
habile qu’heureux lui vola le paquet de lettres qui faisait le
4, Mr. E. Cuninghame, dans une note intéressante à laquelle nous empruntons la date de la représentation d’Oroonoko, est enclin à penser que l’arrivée de Thomson doit être placée au lundi 1* mars (Notes and Queries, 4°-série, vol. VI, p. 341). Ce jour était la fête de saint David, et, dans le tumulle des réjouissances populaires et des processions, la mésaventure qui signale la première promenade de notre poète à Londres s’expliquerait d’autant mieux. La supposition est ingénieuse, mais il est difficile de croire que, malgré tout son désir de voir enfin un théâtre de la capitale, Thomson ait assisté à une représentation, le jour même où il débarquait après un long voyage.
2, Le lieu de débarquement était Billingsgate, d’après Shiels (Cibber’s Lives), ou Wapping, d’après Buchan.
plus clair de sa fortune. (était un fâcheux début. Il lui fallut écrire de nouveau en Ecosse pour faire remplacer les lettres perdues. Noussavons que Cranstoun recommença sur nouveaux frais celle qu’il avait adressée à Mr. Elliot de Londres. La lettre du 3 avril nous apprend que Thomson a « trouvé » le cousin de Cranstoun, et qu'il a fait plusieurs visites. Le désastre est donc à peu près réparé. Il laisse cependant encore une impression désagréable et contribue peut-être à inspirer au jeune homme naguère si confiant ses réflexions pessimistes sur la vanité etla méchanceté du monde‘. Plus tard, il n’en conserva qu’un souvenir joyeux; ses amis et lui s’égayeront plus d’une fois en rappelant cette première expérience des mœurs de la capitale ?.
Nous savons avec quel empressement il a voulu connaître le théâtre dès son arrivée. Le 3 avril il avait déjà fait à Drury- Lane cinq visites, et, s'il s’en est tenu là, dit-il, c'est que sa bourse «ne marche pas de pair avec ses désirs ». Il a vu jouer Oroonoko, Hamlet, A Trip to the Jubilee et Cato. Il est évident que Londres, ses théâtres, ses acteurs et ses actrices étaient en Ecosse un sujet d'entretien familier des deux amis. Il semble que Cranstoun ait lui-même demandé ces renseignements que ne comportait pas la première lettre de Thomson ; et celui-ci donne des détails sur les pièces (la tragédie lui a causé quelque déception), sur les acteurs en vogue : Booth, Wilks, Cibber, etc., sur les actrices surtout : Mrs. Oldfield, Mrs. Porter, Mrs. Booth dont il admire le jeu et plus encore la beauté avec un enthousiasme fort expansif *.
Quant aux objets plus sérieux qui occupent James, ils tiennent moins de place dans cette lettre, sans doute parce que notre voyageur n’a rien d’heureux à apprendre à son ami. Tout le monde lui dit que son projet (quel qu’il soit) sera prodigieusement difficile à réaliser. Il se propose bravement
1. « The more I see of the vanity and wickedness of the world, I am more inclined to the sacred office. »
2, «I remember having heard at old Strahan's (the translator of the six first. books of the Æneid) in Suffolk Street, Johnson and Mallet repeating the story with glee. » (Bucnan, Essay on the Life of Thomson, p. 255.)
3. « She (Mrs. Booth)..., dances so deliciously, has such melting lascivious motions, air, and postures. indeed the women are generally the handsomest in the house, and better actors than the men, but pérhaps their sex prejudices me in their favour. »
d'essayer encore, et s’en fie pour le résultat à la Providence. Il croit que les choses sont déterminées nécessairement par la chaine des événements, mais il se promet de lier toujours sa fortune au travail et à l'honnêteté. Enfin, il se résigne à la pensée de poursuivre et d'achever ses études de théologie. A défaut de mieux, il lui faudra peut-être entrer dans le ministère, et il prépare son ami à cette évolution, non sans prévoir les moqueries qu’elle lui vaudra !.
Il nous est assez facile de comprendre à quelles difficultés devait se heurter notre jeune Écossais. De toutes les parties de la Grande-Bretagne affluent dans la capitale tous les aventuriers qui attendent la fortune de leur savoir-faire, de leur talent ou de la protection de quelque patron. Thomson est à ce moment dans toute la vigueur de ses vingt-cinq ans, actif et énergique (en dépit de la réputation d’indolence qu’il s’est plus tard acquise), grand et fort, avec cette fraicheur de teint qui caractérise ses compatriotes et une physionomie ouverte qui lui gagne facilement les sympathies. Mais il faut aussi nous le représenter à Londres comme un étranger dont le langage même a quelque chose d’emprunté et d’exotique. Ces nombreux Écossais, qu’il compare lui-même à des vols de vautours s’abattant sur la capitale *, parlent un anglais appris dans les livres, une langue artificielle, tendue et pompeuse, que les Anglais ont peine à comprendre *. Pour arriver à percer au milieu de cette foule de gens en quête de places, il faudra solliciter beaucoup, réveiller fréquemment le bon vouloir des patrons qui ont promis leur appui, et ce sont là des choses dont s’accommode mal la délicatesse un peu fière de notre poête. Il faudra surtout s’armer de patience pour attendre
4.« He (Mr. Elliot) received me affably enough, and promised me his assistance, though at the same time he told me, which everyone tells me, that it will be prodigiously difficult to succeed in the business
-— you know I design. However, come what will come, I shall make an effort,
and leave the rest to Providence. There is, [ am persuaded, a necessary fixed chain of things, and I hope my fortune, whatever it be, shall be linked to diligence and honesty.…. Succeed or not, I firmly resolve lo pursue divinity as the only thing now I am fit for... I was going to bid you’ suppress that rising laugh, but I check myself severely again for suffering such an unbecoming thought of you to enter into my mind. »
2. « Scotland is really fruitful of surgeons; they come here like flocks of vultures every day. » (Lettre à Cranstoun, du 20 juillet 1725.)
3. J. Ramsay, Scotland and Scotsmen in thex vin century, vol. 1, p.25; vol. II, p: 543.
l’occasion favorable, et l’état de ses finances ne lui permet pas une attente trop prolongée.
L’affection de sa mère s’employait cependant à lui fournir les moyens de poursuivre sa tentative. Elle voulait vendre sa part de la propriété de Widehope pour lui procurer les ressources nécessaires. C’est un dernier trait de dévoûment de la noble femme que les biographes n’ont pas relevé. Au moment même où cette vente allait se faire, James apprit que sa mère était morte, le 10 mai!, dix semaines environ après leur séparation. Sa douleur fut extrême, et la trace nous en est restée dans les vers qu’il écrivit à ce moment. Il énumère les vertus de celle à qui il devait la meilleure partie de ce qu’il y avait dans son talent et dans son cœur de délicatesse et de force. Il rappelle avec une émotion d’une éloquente sincérité la vie de la pauvre veuve toujours en pleurs, toujours en lutte, qui n'aura connu qu'au ciel le repos et le bonheur.
Il fallait vivre cependant, et, renonçant aux rêves ambitieux qui l’avaient conduit à Londres, Thomson était prêt à accepter la plus modeste situation. Il avait jusqu'ici reçu l’hospitalité de Mallet et du duc de Montrose, ou vécu de ses deniers dans les auberges de Londres. Il est alors hébergé dans la famille de lord Binning, gendre de lady Grizel Baillie de Jerviswood et, par conséquent, allié à cette famille des Home à laquelle Thomson lui-même se rattachait par sa mère *. Pour s’y rendre utile il se chargea de l'éducation du jeune Thomas, fils aîné de lord Binning. L'enfant n’avait que cinq ans, et la tâche répondait mal aux goûts de notre poète. Les promesses de concours de la noble dame aboutissaient à un médiocre résultat. Il ne semble pas même que le cousin-précepteur reçût de salaire. Il s’efforça pourtant de faire bon visage à la fortune sous la forme peu engageante où elle se présentait. Dans une lettre à son ami Cranstoun, du 20 juillet
4. « When I came up here I brought very little money along with me, expecting some more upon the selling of Widehope, which was to have been sold that day my mother was buried. » (Leltre à Cranstoun, du mois de septembre.)
2. Charles, lord Binning, septième comte de Haddington, avait épousé Rachel, seconde fille et héritière de George Baïillie de Jerviswood. Lord Binning recevait donc chez lui un parent de la famille de sa femme. Thomson était chez lui un parent pauvre en visite plus exactement qu’un précepteur. C’est un des points de la biogr aphie du poète sur lesquels la constatation d’un lien avec les Home jette ur jour nouveau.
1795, il parle de ses occupations nouvelles. Il est à East Barnet, à la limite du comté de Hertford, à dix milles de Londres, et semble assez satisfait de se retrouver à la campagne. Il mentionne ses déceptions avec une philosophie résignée, et compte revenir à ses études de théologie. Il n’a plus comme autrefois Qune idée méprisable de ce qui est proche et une idée roma- « nesque de ce qui est étranger ». Il recommande au frère de son ani la carrière ecclésiastique comme « honorable, utile et certaine », et regrette d’en avoir autrefois parlé avec trop de dédain. Pour le moment, il interrompt de temps en temps, par un voyage à Londres, la monotonie du séjour de East Barnet. Du reste il travaille, et, le 10 juillet, envoie à son ami Mallet un « Hymne sur la Solitude » composé la veille pendant une promenade du soir.
La troisième lettre de Thomson à Cranstoun est du mois de septembre !. Il est toujours à East Barnet, fort bien traité mais fort peu payé dans la famille de lord Binning. Il a dû faire des dettes pour se procurer les objets les plus indispensables : vêtements, linge ?, etc. (il n’ajoute pas visites aux théâtres, mais il parle un peu plus loin du plaisir que lui ont causé Miller et Cibber dans Love makes a Man, or the Fop's Fortune). Les créanciers demandent avec insistance à être remboursés, et James prie Cranstoun de lui prêter une somme de douze livres. Widehope va être vendu et il pourra prochainement s'acquitter envers son ami. Cette première partie de la lettre dut lui coûter à écrire. Sous la simplicité vaillante avec laquelle il expose sa situation, il nous est facile de lire le désenchantement et l’humiliation dont il souffre. Voilà plus de six mois qu’il est à Londres. Il avait voulu fuir la médiocrité d’une carrière telle que celle de son ami, et le voilà réduit à apprendre à lire à un bambin de cinq ans, et à implorer, pour une somme misérable, le secours du modeste docteur.
1. La lettre ne porte pas de date; la marque de la poste indique qu’elle fut écrite à East Barnet. Elle fut publiée pour la première fois dars le London Magazine de novembre 1824, p. 413, à la suite de lavis suivant : « The following very interesting letter has been recovered from oblivion, or at last from neglect, by our friend Elia, and the public will no doubt thank him for the deed..….. »
2. Ainsi s'explique le fait rapporté par Johnson avec une apparence de dédain conire laquelle Buchan s'élève indigné : « His first want was à pair of shoes » (Life of Thomson).
42 JANES THOMSON.
Mais, d'autre part, la deuxième partie de sa lettre nous montre qu’en dépit de ces déboires, cette sorte de retraile à quelques milles de Londres, dans un pays monotone et plat *, sans les nécessités d’un travail assidu, ni les attractions des plaisirs, était (il ne s’en doutait pas) la plus précieuse faveur que pût lui assurer la fortune. Car dans ce loisir fructueux de East Barnet il mürissait l’œuvre qui allait, du premier coup, faire de lui un des grands écrivains de son temps. Déjà la lettre à Mallet, du 10 juillet, mentionnait un « poème » que Thomson soumettait aux observations de son correspondant. Il s’agissait très probablement de l’ « Hiver » . Ici l'œuvre est expressément indiquée. Le poète se propose une description de la nature sous son costume le plus lugubre. Suivant l’exemple donné par Riccaltoun dans la pièce qu’il admire si vivement, il fait le tableau des scènes horribles et grandioses que présente la dure saison : inondations, tempêtes, etc. L'hiver est précoce cette année, et, sans parler des souvenirs de Southdean, il a sous les yeux le modèle de ses peintures.
Cependant le poème se développe. Ces descriptions où Thomson voyait d’abord un amusement destiné à être abandonné pour tout autre sujet qui lui viendrait à l’esprit ?, il commence à penser qu’elles peuvent se grouper et s’organiser en une œuvre nouvelle à la fois par le sujet et par la forme. Il pense qu’elle lui permettra d’affronter le jugement de ces critiques et de ce public à qui il demande de l’accueillir parmi les poètes anglais. Mais il faut préparer cette publication; il faut se rapprocher de Londres où sont les éditeurs qui lancent les ouvrages, les critiques dont l’opinion assure le succès, et les patrons qui récompensent le mérite. Thomson dit donc adieu à ses humbles occupations auprès du noble bambin. Il quitte lord G. Binning. Leurs relations restent d’ailleurs excellentes; et, deux ans plus tard, il songera à lui dédier le poème qui doit succéder à l’ € Hiver »*. Il partagea son temps,
1. « This country I am in is not very entertaining; no variety, but that of woods, and them we have in abundance; but where is the living stream? the airy mountain? or the hanging rock?»
2. « .…. Being only a present amusement, it is ten to one but I drop it whenerve another fancy comes across. » (Lettre à Cranstoun, de septembre 11725.)
3. Quelques-uns des renseignements sur Thomson que Boswell put fournir à Johnson lui venaient de sir David Dalrymple, plus tard lord Haiïles, cousin du jeune Thomas, l'élève de Thomson.
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LES DÉBUTS D'UN POÈTE. 43 après ce départ d’East Barnet, entre Twyford ‘, la résidence d'été de la famille Montrose, et Londres. Il y trouvait son vieil ami, Mallet; il y eut bientôt aussi pour ami le plus jeune des élèves de celui-ci, lord George Graham. Peut-être est-ce à cette époque qu'il fréquenta Hammersmith et la taverne où la tradition prétend qu'il écrivit une partie de son poème. Entre les deux € Malls », en face d'un coude de la Tamise d’où l’on aperçoit un paysage étendu, nu, plat et auquel l’hiver donne un aspect de désolation lugubre, subsiste encore un petit cabaret qui
prenait jadis le titre de café. Plus modeste aujourd’hui l’en-
seigne qui se balance au-dessus de la porte, dans la ruelle étroite par où l’on accède à l'établissement, porte seulement ce nom « The Doves », les Colombes. « Thomson s’y rendait « volontiers quand la Tamise était gelée, et tout le pays couvert « de neige. Le fait est bien établi, et beaucoup de personnes « viennent visiter l’endroit », disait Faulkner vers 1830 ?. La tradition n’a pas disparu depuis lors. Les admirateurs de Thomson ne s’y rendent plus aussi nombreux, et c’est dommage, car ils trouveraient là quelques restes curieux du vieux village suburbain. La taverne des Colombes, comme plusieurs des petites maisons qui bordent le fleuve, date au moins du temps de la reine Anne. Il n’est pas sûr que le mobilier soit aussi ancien. Cependant la patronne de l'établissement, qui sert à boire aujourd’hui plus souvent aux terrassiers du voisinage qu’à des poètes, vous montre la table « où s’asseyait le grand Thomson pour écrire les Saisons ». La tradition, on le voit, a gagné en précision depuis Faulkner. La brave femme a même entendu dire que Thomson habitait la maison voisine. Le silence de Faulkner sur cet intéressant renseignement nous fait craindre que la tradition ne se soit enrichie d’additions apocryphes.
Une autre indication, dont l’origine est difficile à contrôler, nous dit qu’il vint habiter dans la maison de Millan le libraire, et qu’il y acheva le poème dans une chambre au-dessus de la boutique .
- 4, Dans le Hampshire, entre Winchester et Southampton.
2. An Historical and Topographical Account of Fulham; including the hamlet of Hammersmith, by T. FAULKNER, p. 859.
3. « T. Park bas written on his copy of the 1‘ edition of Spring, now
in Mr. Bolton Corney’s possession : John Egerton told me that he
(Thomson) lived some time with Millan. J. Egerton, the bookseller, was Millan’s successor at Whi'ehall. » (P. Cunnixeuan, Correspondence of
En quelque lieu que ce soit, il termine le poème pendant Pautomne de 1795. Tout en poursuivant son travail, il s’est créé peu à peu des relations dans la société de la capitale. Avec Mr. Elliot, dont James lui-même disait à Cranstoun l'accueil aimable, un de ses premiers protecteurs fut Mr. Duncan Forbes de Culloden !, le « Lord-Advocate », que ses fonctions retenaient alors à Londres, auprès du Parlement. Il avait vu en Écosse quelques poésies de son compatriote. Il s’intéressa chaudement à lui, le reçut et le fit connaître à plusieurs de ses amis, grands seigneurs et hommes d’État, écrivains illustres ou artistes en vogue : le duc d’Argyle*, le comte de Burlington, sir Robert Walpole, le Dr. Arbuthnot, Pope, Gay, le peintre
Thomson and Mallet, p. vi.) — Rob. Bell dit de son côté: « Removing from Barnet to the house of Millan, the bookseller, in Charing-Cross, he completed the poem in the apartment over the shop ». Et le biographe ajoute une note où il indique la maison avec une précision qui semble devoir donner confiance. Malheureusement lindication est inexacte en ce qui concerne l’adresse de Millan à ce moment et la valeur de tout le renseignement s’en trouve diminuée d’autant. J. Millan, que les biographes confondent souvent avec son confrère A. Millar, n’habite alors ni Whitehall ni Charing-Cross, mais, comme le disent les ouvrages sortis de son magasin, la maison de Locke’s Head, dans Shug-Lane, près de l'extrémité supérieure de Hay-Market. Nous le trouvons établi dans New Street en 1727 (édit. de Summer), à Pall Mall en 1728, et près de Scotland Yard, Whitehall, vers 1730. Il ne se fixe près de Charing-Cross que plus tard.
1. Cet homme d’État distingué était né en 1685. I1 avait débulé au barreau d’Edimbourg en 1709, et le duc d'Arygle lui avait confié l’administralion de ses biens. Sa carrière au barreau fut rapide et brillante. Il est nommé « Deputy-Advocate » en 1716, envoyé au Parlement en 1722 et, en 1725, devient « Lord-Advocate ». Dix ans plus tard il occupe une des hautes fonctions de la magistrature écossaise comme l’un des « Justiciary Lords ». En 1737 enfin, il est nommé « President of the court of session », c’est-à-dire principal juge pour les affaires civiles. Il rendit en cette qualité de précieux services pendant l’insurrection de 1745, et s’efforçca de calmer l’animosité de partis hostiles, d'amener la paix et de la rendre durable. Il mourut en 1747 et laissa la réputation d’un magistrat intègre et d’un homme d'État habile. Les savants, les écrivains et les artistes écossais trouvaient en lui un protecteur aussi éclairé que bienveillant.
2. John, duke of Argyle, né en 16178, hérite en 1703 de la pairie écossaise de son père, et est élevé à la pairie anglaise en 1705. Il servit avec distinction sous Marlborough, fut ambassadeur en Espagne, et devint un des orateurs de marque du Parlement, ainsi que l’a rappelé Pope :
« Argyle the state’s whole thunder born to wield, Aud shake alike the senate and the field. »
Commandant en chef des troupes écossaises, il réprima avec vigueur et avec habileté la rébellion de 1715. Après quelques années de retraite il mourut en 1743. Tous les poètes du temps ont vanté, outre ses qualités de guerrier, de diplomate et d'homme d’État, son goût pour les lettres et sa bonne grâce parfaite.
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Aikmann ! avec lequel Thomson se lia d'une étroite amitié. Mallet l’introduisit dans une société moins élégante et moins correcte : celle des auteurs qui attendaient encore le succès et la fortune. IL y avait bien des éléments dans ce groupe très mélangé. Tout n’y était pas édifiant. Mais on y avait de l’esprit, de la verve, une gaieté facile; et, après la réclusion d’East Barnet ou les élégances cérémonieuses des Montrose ou de Mr. Forbes, Thomson retrouvait sans doute avec quelque plaisir cette société un peu bohème. Nous le voyons lié avec Richard Savage, le prototype d’une classe d'écrivains nom- © “2 Y breux alors, qui, avec quelque talent, peu de scrupule et beaucoup d’orgueil, aspiraient à la gloire la plus haute, mais, en attendant, mettaient leur plume au service des hommes d’État ou des libraires sans regarder de trop près à la nature des besognes imposées. Un autre personnage curieux du groupe D Le) (>
est le poète Clio, de son vrai nom, Martha Fowkes ?. Elle aimait les lettres, et les hommes de lettres. Ses mœurs étaient fort légères et ses bonnes grâces réparties avec une libéralité déplorable entre les jeunes poètes du jour. Mais eles étaient réservées, paraît-il, exclusivement à cette portion de la société londonienne *. Mallet semble én ce moment être en fort bons termes avec elle. Elle se montre au moins avec tous obligeante et bon camarade. Dix ans plus tard, Aaron Hill, homme sérieux et de vie très digne, apprenait avec une vive douleur la mort de cette Muse de Grub-Street *.
1. Né en Ecosse én 1682, se destinait au barreau et montrait un goût très vif pour la peinture. Il fut élève de Médina, et, après un voyage en Italie, renonca au droit, pour s’adonner entièrement à l'art. Le duc d’Argyle le patronnait en Ecosse, et de nombreux encouragements l’appelèrent à Londres. Il y peignit les portraits du duc, celui de la comtesse de Burlington, de lady Grizell Baillie, de ces mêmes hauts personnages qui favorisaient les débuts de Thomson. Mais il fut atteint d’une maladie qui, après de longues souffrances, l’emporta en 1731. Nous verrons que Thomson consacra quelques vers à son souvenir. Le portrait que fit Aikman de son ami date de cette année 1725. :
9, Elle était née en 1690 et mourut en 1736. Fille d’un officier, le major Fowkes, elle épousa un Mr. Arnold Sansom. Curll avait publié d’elle certaines « Épitres à Clio »,après quoi elle prit ce nom comme pseudonyme, jusqu’à ce que, sur le conseil de Mallet, elle l’eût remplacé par celui de Mira. :
3. M. Bolton Corney (Alhenæum, 26 juil. 1859, p. 78) donne une liste terriblement longue des écrivains qu'elle aurait tour à tour distingués : Bond, Mitchell, Mallet, Thomson, Aaron Hill, Rich, Savage, Dyer. Ce der-
nier soupire et meurt pour elle dans la plupart de ses pelites pièces. 4. « Poor C — o! It is long since I met with an affliction more sensible
Le poème achevé, ce fut encore l’officieux Mallet qui se chargea de trouver un éditeur. Il se mit en campagne, dit un biographe, par une journée de novembre, et, accompagné d’un autre ami de l’auteur, s’en fut offrir l’ouvrage à tous les libraires du Strand et de Fleet Street. Pas plus alors que depuis on ne trouvait facilement acquéreur pour les vers d’un poëête inconnu; et, quand enfin on eut décidé John Millan à tenter l'aventure, il paya, dit-on, trois livres sterling, soixante-quinze francs, l’œuvre sur laquelle Thomson comptait pour forcer les portes de la renommée.
C’est là un des détails les plus connus de la vie de notre auteur. Ce prix payé pour une des œuvres maîtresses de la poésie anglaise est devenu un des documents célèbres de l’histoire anecdotique des écrivains et de leurs rapports avec les éditeurs. Ni le libraire qui a acheté la propriété du « Paradis Perdu » ?, ni celui à qui Savage vendit son Wanderer*, nicelui à qui Johnson abandonna son poème satirique, London ‘, ni les Griffiths et les Newbery qui exploitèrent à si peu de frais le talent fertile d'Olivier Goldsmith, aucun de ces industriels n’est arrivé à ce taux resté fameux des trois livres payées par Millan pour l’ (Hiver ». C’est un « record » que l’honnèête libraire établissait là sans s’en douter. — Telle est l’opinion généralement accréditée. En réalité la négociation est beaucoup moins remarquable. Ce chiffre de trois livres nous vient d’une autorité très suspecte, car, dans la note où il figure, le renseignement est accompagné de plusieurs autres dont l’inexactitude est manifeste . D'ailleurs les paroles du biographe qui a la respon-
than the information you sent me concerning her. » (Hir’s Works, édit. 1752, lettre du 23 juin 1736.)
4. The Seasons, édit. 1710. — Life by Murdoch with notes by Wracnr, (note vu).
2. L'auteur recevait 5 livres, et devait en recevoir encore 5 après la vente de 1 300 exemplaires.
3. Savage vendit la propriété de ce poème pour 10 guinées dont il rendit 2, afin que les deux dernières feuilles qui avaient été imprimées de façon incorrecte fussent recommencées. (Jonnsow’s Li/e of Savage.)
4. Acheté par Dodsley en 1738 pour 10 guinées. Le même éditeur donnait, en 1149, 15 guinées de la satire, On the Vanity of Human Wishes.
5. « The Poem on Winter was written by Mr. Thomson in1724, a few months after his coming to London. He had no friend here but Mr. Mallet, his schoolfellow; who, with an intimate acquaintance, walked one day in the month of November to all the booksellers in the Strand and Fleet Street to sell the copy of his season and at last agreed with Mr. Millar (who then
sabilité de l’anecdote ont reçu une interprétation précise qu'elles ne comportent pas. «Le libraire, nous dit-il, ne voulut «avancer que trois livres. » Cela ne signifie pas nécessairement qu’il ait acheté le poème pour cette somme. De fait nous savons que l’argent reçu de Millan pour l’ « Hiver » n’a en rien gêné Vauteur quand il commença, dès 1728, à recueillir des souscriptions pour les «quatre Saisons », ni quand il vendit le poème complet à Millar. Cela suffirait à montrer que le premier éditeur n’avait pas acquis un droit de propriété. Mais nous avons un autre document qui ne laisse guère de place au doute. Un jugement de la Cour du Banc du Roi, qui a contribué à fixer pour longtemps en Angleterre la jurisprudence en matière de propriété littéraire, est intervenu, en 1769, à la requête de Millar, poursuivant le libraire Taylor pour avoir imprimé les « Saisons » ‘. Après un long débat où toutes les circonstances de la publication des diverses parties‘du poème furent rappelées et vérifiées, les juges rendirent une sentence qu’accompagnent entre autres les considérants suivants : «James Thomson Esq. Qa fait d’abord publier et imprimer « les Saisons » pour son « propre usage et bénéfice »..…. «Andrew Millar en 1729 acheta « l’ouvrage, pour une somme importante, à James Thomson, « l’auteur et le propriétaire?. » L'éditeur de l’intéressant opus-
lived in a little shop in Fleet Street), and the chief motive with him was that the autor was his countryman; for after several arguments he would advance no more than three pounds for it... This poem sold so well that Mr. Millar gave Mr. Thomson fifty pounds for that on Spring and increased the copy money for the Summer and Autumn. » (The Seasons. with Life.…., by G. WRiçur, note vi.)
La note fourmille d'erreurs. Thomson vient à Londres et écrit | «Hiver » en 1795 et non en 1724. Le poème est publié par Millan et non par Millar. Ni l'un ni l’autre de ces deux éditeurs n’habitait alors Fleet Street.