Macbeth, acte IT, sc. ur, v
la plus capricieuse fantaisie. Jamais en réalité nous ne perdons terre entièrement. Les joutes d’esprit de « Peines d'amour perdues » mettent aux prises des personnages quintessenciés et précieux, dans un milieu très réel de prairies et de bois où croissent les pâquerettes mi-parties et les violettes bleues, où chante l’alouette joyeuse et le coucou moqueur; où les jeunes filles font sécher leurs jupes d'été !; où résonnent les chants rustiques de vrais et simples paysans. A l’action compliquée et fabuleuse du « Marchand de Venise » se mêlent des scènes à la fois délicieuses et d’une surprenante valeur de réalisme ?. Les petits êtres surnaturels du « Songe d’une Nuit d'Été » sont en commerce si intime avec les plantes et les fleurs de la campagne anglaise que nous sommes prêts à voir en eux les génies et l’âme même de ces bijoux vivants *. Dans les comédies aussi bien que dans les drames la nature est utile et nécessaire au poète. S'il ne nous y emporte pas en plein pays des songes vaporeux, ce n’est pas seulement parce que mille traits d’une observation psychologique exacte nous rappellent au sentiment de la réalité, c’est aussi parce que le milieu dans lequel se meuvent ces êtres de fantaisie est toujours le monde réel.
Et de fait, n'est-elle pas bornée et incomplète la psycho- ‘logie qui ignore l'importance dans la formation d’une âme de ces mille influences des choses qui sans cesse, et même dans les conditions de vie les plus factices, nous pénètrent et nous modèlent? Shakespeare n’isole jamais quant à lui ces deux termes de l’étude du poète, l’âme humaine, le monde. Il semble même que, pour lui, ces sensations fournies par les forces ambiantes forment les premières assises et le fond denotreêtre intellectuel. Ce sont elles qui remontent à la surface quand les autres influences s’affaiblissent. Ophélie privée de raison chante les fleurs des champs et des bois *, le vieux Lear se couvre de fleurs sauvages °, Falstaff mourant joue avec des fleurs et parle des prés verts ‘.
. Love’s Labour’s Lost, acte V, sc. 11, v. 904 et suiv.'
. The Merchant of Venice, acte V, sc. 1, v. 54 et suiv.
. A Midsummer Nights Dream, acte II, sc. 1, v. 8 et suiv. . Hamlet, Prince of Denmark, acte IV, sc. v.
Ds « Nature’s above art in that respect. »
(King Lear, acte IV, sc. vi, v. 86.)
6. The Life of King Henry V, acte II, sc. m1, v. 17. — Sur le rôle de la
Edmund Spenser.
A côté du grand peintre de l'humanité, voici, dans LR glorieux « épanouissement de là Renaissance anglaise, un poète bien dif férent. Nous ne chercherons pas chez lui cet équilibre du pou voir d'observer et de l'imagination inventive qui fit de She ‘4 kespeare un phénomène unique. Spenser ne prend à là réalité > sensible que les éléments de ses créations idéales. Pour alimenter chez lui un intarissable houillonnement de visions et d'images, il suflira des souvenirs de l'antiquité classique et d'un minimum de formes et de couleurs. Son œuvre nous transporte dans un autre monde que celui qui nous entoure, et que Shakespeare à dépeint. Sous là magie de ses vers, Imimême a pris soin de nous dire ce qui se trouve. Ce n'est « que « l'illusion d'une peininre, — et nul de ceux qui respirent l'air « de la vie ne sait — où se trouve cet heureux pays des Fées « — que je célèbre tant et ne montre nulle part : ».
Entendons par KR qu'il ne le fixe en amcun point de la terre. Mais il ne se lasse pas de nous le montrer. Les descriptions de paysages se pressent daBs SO poème aussi nombreuses que celles des êtres animés *; il ne s'y arrète pas avec'une moindre